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Horizon brumeux
Priorité à l?économie. C?est le leitmotiv du gouvernement pour l?année 2004. Le Premier ministre en a fait la pierre angulaire de son mandat. Il sait que la performance économique du pays déterminera tout le reste sur le plan sociopolitique. Le retour de l?Alliance gouvernementale aux affaires, après les prochaines élections, en dépend. C?est ainsi que l?exécutif tout entier est aux ordres pour réaliser les objectifs fixés par l?équipe économique du Conseil des ministres.
Ces trois dernières années, plusieurs chantiers ont été ouverts et les bases pour un développement à venir ont été jetées. Les Mauriciens sont appelés à attendre le temps de la moisson pour récolter les fruits des efforts fournis. Toutefois, il est permis de se demander qui profitera vraiment des sacrifices consentis, des énergies dépensées et des démarches entreprises.
Entre-temps, politiques et experts continuent à arguer sur la couleur des indicateurs économiques et les classements effectués par les institutions internationales. Mais, pour le citoyen lambda, les enjeux sont plus terre à terre. Ils se résument essentiellement à son pouvoir d?achat et à sa sécurité d?emploi. Ces deux questions conditionneront l?ambiance dans laquelle évoluera le pays pour le reste du mandat gouvernemental.
Depuis un moment, le Mauricien moyen assiste, impuissant, à l?érosion de son pouvoir d?achat. Il s?adapte en baissant son niveau de consommation tant dans le volume que dans la qualité. Les études révèlent que le consommateur développe des stratégies alternatives pour s?approvisionner. Tantôt, il profite des promotions, tantôt il achète une marque moins cher. Quand il n?a plus de choix, il réduit ses achats.
La population sait que la situation est difficile. Elle admet qu?aujourd?hui le contrôle des prix n?a aucune pertinence et que le coût des produits importés est tributaire des facteurs exogènes comme le taux de change et des coûts de production dans les pays d?origine. Néanmoins, les Mauriciens s?attendent à une action de ses élus pour leur apporter un soulagement. Mais le gouvernement ne peut rien faire pour changer la donne dans ce secteur. Et c?est là le drame.
Sur le front de l?emploi, l?optimisme n?est pas de mise. Les opérateurs de la zone franche ne cessent de tirer la sonnette d?alarme, alors que les gouvernants, eux-mêmes, soulignent la précarité du secteur industriel. Les propos des uns et des autres sur ce chapitre ne laissent aucun doute : tôt ou tard Maurice devra faire le deuil de son secteur manufacturier traditionnel. Si demain, les hongkongais s?en vont et les grosses entreprises mauriciennes délocalisent, la mort programmée du secteur textile-habillement arrivera plus tôt que prévu.
Le gouvernement tente bien de sauver ce qui peut l?être, en multipliant les initiatives pour que les produits mauriciens continuent de bénéficier des traitements préférentiels. Mais ces démarches ne peuvent qu?accorder un sursis aux employés menacés de licenciement. Rien n?a été fait pour combattre le mal à la racine.
Le ministère de l?Emploi n?a rien fait pour prévenir le décalage entre les emplois offerts et les attentes des Mauriciens. Si Sangeet Fowdar avait accordé un peu plus d?attention à ce dossier, on aurait pu faire preuve de plus de sérénité.
Dans les cinq prochaines années quelques dizaines de milliers de Mauriciens seront contraints à changer de secteur d?activité. Comme ils n?ont pas bénéficié d?une formation poussée, les promesses d?emplois dans la cybercité et le secteur financier n?ont pas de grande signification à leurs yeux. Et comble de malheur, la logique implacable du cycle de pauvreté fait que très peu d?enfants de ces milieux ont pu réussir un parcours éducatif leur permettant de prendre le train du développement proposé par l?actuel gouvernement. Et c?est parmi les enfants d?ouvriers que l?on retrouve les 30 % de recalés du « Certificate of Primary Education. » La réforme Obeegadoo est empreinte de promesses, mais elle prépare le surlendemain. Sur le court terme l?horizon est toujours brumeux.
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