Publicité
Hommes asservis ou libres, la misère subsiste
Par
Partager cet article
Hommes asservis ou libres, la misère subsiste
Un assemblage de tôles et de plaques clouées en contreplaqué? Les maisons de la Cité EDC de Rivière-Noire se ressemblent toutes. Elles paraissent entassées les unes sur les autres. Ce n?est pas un bidonville mais loin s?en faut. Nicole Papèche vit dans une minuscule cour achetée en 1966 par ses parents, décédés.
Elle y a construit sa maison, à l?arrière de celle de sa s?ur. Plusieurs de leurs enfants et petits-enfants y vivent. Le jour où nous nous y rendons, trois à quatre jeunes femmes, assises dans l?étroit passage menant à la maison des Papèche, bavardent gaiement, en jetant un ?il sur le nourrisson qui dort dans une poussette, et sur les deux enfants qui déambulent avec pour tout habit une couche-culotte.
Nicole Papèche arbore fièrement ses tresses africaines. Elle est la septième des neuf enfants d?un charbonnier. Celui-ci a été bouté hors de la dépendance que lui et les siens occupaient à Case-Noyale, après de longues années de service, à cause de sa santé précaire. Cette quadragénaire nourrissait un rêve qu?elle n?a jamais pu réaliser : poursuivre ses études primaires.
Optimiste-née
Dit comme cela aujourd?hui, cela peut sembler une ineptie, surtout avec la gratuité de l?éducation. Mais à son époque, la scolarité était payante et lourde à assumer pour de nombreuses familles. Faute d?argent et malgré de bons résultats scolaires ? elle était parmi les premières de la classe, spécifie-t-elle ?, Nicole Papèche a dû quitter l?école sans terminer le cycle primaire.
A 10 ans, elle devient bonne à tout faire auprès des enfants du boutiquier du coin. Scolarisés à Port-Louis, ils ne peuvent accomplir ce trajet tous les jours. Son salaire mensuel est de Rs 10.
Bien qu?elle ne rentre chez elle qu?une fois par mois, sa nature qui la pousse à toujours voir les choses du bon côté la console. Elle se dit qu?au moins la maison où elle vit s?éclaire à l?électricité et possède un des rares téléviseurs existants à Maurice à cette époque. Tout comme elle est consciente d?assister à un événement majeur : le lever du premier drapeau mauricien le 12 mars 1968, au Champ-de-Mars.
Les bagarres raciales la ramènent à Rivière-Noire. Mais elle reprend rapidement de l?emploi comme bonne à Quatre-Bornes et à Curepipe. Son mariage avec un habitant de Rivière-Noire la ramène dans ce village. Leurs cinq enfants la maintiennent sur place, l?empêchant même d?envisager le travail en usine. Finalement, à la mort de son mari, elle doit cumuler deux emplois de bonne, dont l?un pour la Mauritius Wildlife Foundation.
Nicole Papèche a toujours eu des contacts avec la direction du Centre Nelson Mandela. Quand Colette Lechartier, aide-documentaliste et officier de recherche de cet institut, lui propose de faire des recherches à l?état civil pour retracer ses ancêtres, Nicole Papèche accepte d?emblée. Ce projet de six mois est financé par le Mauritius Research Council. Deux fois par semaine, Nicole Papèche épluche les registres de l?état civil accompagnée de Colette Lechartier et Vijaya Teelock, chairperson à l?Aapravasi Ghat Trust Fund.
Son fil conducteur est son grand-père paternel, Jean-Pierre Papèche. Il a vécu à Chamarel et épousé Marie Léoncia Lamoureux. Les registres finissent par livrer leurs secrets. Nicole Papèche découvre que son aïeul était un certain C?ur de Lion vivant à Flacq en 1848. Elle ne peut remonter plus loin, mais est convaincue que les C?ur de Lion sont des descendants d?esclaves.
Nicole Papèche s?estime privilégiée d?avoir pu effectuer de telles recherches. ?Mo ti panse mo zistoir komens ici mem. Sa bann resers-la inn fer moi situe moi mie e sa li enn gran risess?.
Pèlerinage sacré
Nicole Papèche est une habituée de la commémoration de Trou-Chenille. Plus qu?un devoir de mémoire, ce déplacement s?apparente à ses yeux à un pèlerinage religieux. Elle l?évoque d?ailleurs avec des trémolos dans la voix. ?Pou moi sa enn gran pelerinaz. Mo pren enn fler e mo al depose li anba lamontagne. Sa enn gran zafer dan leker sa ?, dit-elle en désignant son c?ur du doigt. ?Pou moi, li kouma dir 1er zanvie. An omaz a nou anset, mo ti a contan ki gouvernema garde sa lieu la sacre.?
Ses sentiments, 170 ans après l?Abolition de l?esclavage ? ?Mo enn descendan esklav. Seki inn sange se ki mo enn fam lib. Me kan ou get bien, la miser touzour la. Sinon kifer mo ti pou oblize fer de travay.?
Comme les Verts, Nicole Papèche est en faveur du versement d?une compensation aux descendants d?esclaves, bien qu?elle considère que l?argent ne n?effacera jamais les souffrances endurées par les asservis et leur descendance. Les grands propriétaires terriens devraient en faire les frais. Mais là où d?autres réclament une redistribution immédiate des dédommagements, Nicole Papèche se dit en faveur de la constitution d?un fonds destiné à financer les études des jeunes générations de descendants d?esclaves.
Elle croit dans le pouvoir de l?éducation comme instrument de la mobilité sociale. ?Ledikasyon enn zafer ki pli importan ki tou. Mo ti aret lekol en Standard V alor ki mo ti le fer Standard VI. Mo pa finn reussi ariv kot mo ti bisin arive. Avek ledikasyon gratis, tou mo ban cink zenfan inn al ziska Form V me zot pa finn kapav pous pli loin lakoz fees Higher School Certificate ti tro lour. Enn mo tifi ti bon dan sante et ti le fer konservatoir. Me kot ti pou capav paye sa ? Tou mo ban zenfan pa finn kapav arriv kot zot ti le arive. Mo espere mo ti zenfan pou kapav fer li??
Publicité
Publicité
Les plus récents