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Hommage à Pierre Salinger
Pierre Salinger, journaliste américain qui fut le porte-parole des présidents Kennedy et Johnson, est mort, samedi 16 octobre, à l'hôpital de Cavaillon (Vaucluse). Il était âgé de 79 ans.
«L'une des principales vedettes du journalisme international pendant près d'un demi-siècle», écrivait en 1995 dans Le Monde André Fontaine à l'occasion de la sortie de son livre De mémoire, Pierre Salinger était sans doute aussi connu en France, où il avait choisi de passer ses dernières années, qu'aux Etats-Unis. «Il était très contrarié par le système électoral américain. Il disait : ?Si George Bush est élu président, je quitterai le pays, et c'est ce que nous avons fait?, a raconté Nicole, sa quatrième épouse, avec laquelle il a passé ses dernières années en Provence. Grand amateur de bonne chère, de vins, de cigares et de femmes, Pierre Emil George Salinger était né le 14 juin 1925 à San Francisco, d'un père juif américain, ingénieur des mines et mélomane, et d'une mère originaire de Belfort qui dirigeait le journal de la communauté française de la ville. Pianiste virtuose dès son plus jeune âge, élève brillant, la guerre interrompit ses études et il prit le commandement d'un chasseur de mines.
Etudiant le jour, journaliste débutant, la nuit, au San Francisco Chronicle, il se fera un nom avec un reportage sur les prisons de la ville où il s'était fait enfermer pour mieux en connaître la réalité. Puis il se lança, cette fois pour Collier's Magazine, dans une enquête sur les liens entre le crime organisé et certains syndicats qui le fit remarquer par Robert Kennedy ? qui enquêtait lui aussi sur ces affaires ? et qui le présenta à son frère John. Ce fut le début d'une grande aventure. Aux côtés de JFK, il ouvrit à la presse les portes de la Maison-Blanche, organisant les premiers entretiens télévisés en direct avec le président. «C'était incroyable, dira-t-il un jour. Qu'est-ce qu'il pouvait y avoir de meilleur que de se lever le matin, d'aller à la Maison-Blanche, de travailler avec un homme comme John Kennedy, en ayant la sensation que vous contribuiez à des décisions affectant votre pays ?»
De fait, Salinger était beaucoup plus qu'un simple attaché de presse. Il géra les relations de JFK avec les médias en jouant l'ouverture plutôt que la rétention d'informations, devenue depuis si fréquente. Il fut l'un des proches conseillers du président, qui l'envoya en mission à Moscou. Bouleversé par l'assassinat de son idole, il s'attacha aux pas de son frère Bob, lui aussi assassiné en 1968. Entre-temps, Pierre Salinger avait quitté le président Johnson en 1964 pour tenter sa chance à une élection sénatoriale dans son Etat natal. Ce fut un échec. Mais sa carrière de journaliste était lancée, grâce à son talent, son bagout et une liste de contacts à travers le monde à nulle autre pareille. Il passera de nombreuses années en France où, devenu une sorte de «M. Amérique» il s'efforça de faire comprendre son pays. Sans négliger sa fidélité à JFK, auquel il consacra un livre : Avec Kennedy.
Chef de bureau d'ABC News à Paris, contributeur à L'Express, Pierre Salinger continua de s'intéresser aux grandes affaires du monde. Seule ombre au tableau de chasse de ce grand fauve de l'info, ses efforts pour faire croire que l'avion de la Pan Am qui s'était écrasé à Lockerbie en 1988 avait été victime d'une erreur des services antidrogue américains, et que l'appareil de la TWA qui s'était abîmé en mer en 1996 près de New York avait été touché par un missile de la Navy. Mais on peut pardonner ces erreurs à un homme qui aura mis tant d'enthousiasme et trouvé tant de bonheur dans un métier souvent si décrié. Pierre Salinger était, écrivait un de ses anciens collègues du Chronicle, «très fougueux, un de ces journalistes à l'ancienne, déterminé à faire la lumière sur une histoire, à enquêter en profondeur et à exposer les méchants».
Patrice de Beer
@ LE monde news service
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