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Hold-up à la MCB de St-Pierre
Il n?est pas toujours facile à la guéguerre politique d?accaparer les feux de l?actualité, en dépit de toutes les astuces que savent inventer les politiciens, et plus particulièrement les manipulateurs de l?opinion publique, pour que la presse parle d?eux en long et en large mais si possible en termes flatteurs. Dans le temps, Sir Radhamohun Gujadhur, ancien député de Flacq (No 9) et ancien vice-président de notre Assemblée législative, dénonçait volontiers les « hold-up » politiques ou parlementaires, pour stigmatiser les abus de pouvoir et autres dénis de démocratie et de liberté d?expression, que commettaient à l?occasion ses anciens compagnons de lutte travaillistes, demeurés au pouvoir, en décembre 1976, malgré leur score électoral étriqué et au prix d?une coalition de fortune avec le PMSD de Gaëtan Duval, honni par l?Hôtel du Gouvernement de 1974 à 1976 et même après jusqu?en 1982.
Le 26 avril 1983, c?est bien un hold-up, au sens propre du terme, et non pas au figuré, qui vient de nouveau ravir, à la politique, les feux de l?actualité. La principale victime de ce braquage est la Mauritius Commercial Bank Ltd, ou plus exactement sa succursale de Saint-Pierre et trois de ses employés, à savoir Mme Marie Hélène Coombes, le messenger Vijay Bhayroo et Gérard de Spéville.
Hospitalisé à la Clinique Mauricienne, à Réduit, M. Bhayroo raconte. Comme tous les jours ouvrables, il s?en va prendre les clés du bâtiment, abritant cette succursale, au poste de police de Saint-Pierre. Il se dirige ensuite vers elle. Il lui revient d?entrouvrir la porte d?entrée, de la refermer sur lui-même et d?effectuer le nettoyage du bâtiment, en attendant l?arrivée des autres employés. Le personnel se prépare alors à accueillir les membres du public, à l?époque entre 10 et 14 heures.
En ce 26 avril 1983, une mauvaise surprise attend Vijay Bhayroo. A son arrivée, c?est à peine s?il remarque une voiture, stationnée à proximité de sa succursale, ni plus particulièrement ses occupants, affichant peut-être la mine patibulaire qu?on prête généreusement aux gangsters. S?il ne leur accorde guère attention, eux, en revanche, l?attendent avec impatience, fébrilité même, et ne perdent rien de ses faits et gestes, pourtant des plus routiniers. Il s?affaire ainsi à ouvrir la porte de service de la succursale. Il est soudainement agressé, malmené, maîtrisé par des malfaiteurs qui s?engouffrent avec lui à l?intérieur de la succursale. Son traumatisme commence.
Donne-nous la clé du coffre-fort !
Elle est avec M. de Spéville.
Qu?à cela ne tienne. Nous l?attendrons.
Ils ligotent Vijay Bhayroo, le bâillonne avec du sparadrap, l?aveugle même et l?enferme dans un cagibi. Plus tard, quand il parviendra à signaler sa présence, il sera délivré par les policiers, venus enquêter sur ce hold-up. Ils conduiront M. Bhayroo à la Clinique Mauricienne car il demeure en état de choc, après une telle agression.
C?est qu?entre-temps arrivent Mme Marie Hélène Coombes et Gérard de Spéville. Ils sont à leur tour maîtrisés par les malfaiteurs. Ceux-ci blessent même à la main M. de Spéville qui tente de se défendre. Il est finalement contraint de leur remettre les clés du coffre-fort. Ils s?en vont après avoir emporté environ un million de roupies qui s?y trouvent, selon les premières estimations, et s?évanouissent dans la nature. L?affaire fait alors grand bruit car, en ces temps de sécurité plus grande, le hold-up survient épisodiquement et non pas aussi fréquemment, un quart de siècle après.
Le hold-up ou braquage signifie techniquement un cambriolage, au sein duquel les victimes sont, au péril de leur vie, menacées d?armes à feu ou tranchantes, tenus en respect (les mains levées) et dans l?impossibilité de se défendre ou de défendre leurs intérêts. En tant que tels, il ne figure pas, par exemple, dans l?index des matières du précieux livre d?Antoine Chelin, Une île et son passé. Parmi les premiers hold-up retracés dans la presse mauricienne, se trouve celui de Highlands. La Cour suprême maintient, en février 1959, une condamnation de trois ans de prison aux dépens de leurs auteurs. On note aussi une tentative de hold-up chez Oxenham and Co, en janvier 1966, pour un butin de Rs 8 000. Au début de mars 1972, survient le fameux hold-up de Magenta, au cours duquel l?administrateur de la propriété sucrière de Tamarin, M.J. Merven, est blessé d?un coup de feu. Il est, en passant, question du hold-up de Magenta, lors du conflit MMM-MSM (également 25 ans d?âge et ce n?est pas fini). Des militants pro-Jugnauth allèguent avoir reconnu des personnes, impliquées dans le hold-up de Magenta, dans la foule, venue servir une douche froide, devant l?hôtel de ville des Quatre Bornes, aux futurs membres du MSM. Quand on vous dit qu?à Maurice, tout finit par la politique.
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