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Hold-up à la MCB : l?ultime affrontement

19 avril 2005, 20:00

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Il est 11 h 25. Le Premier ministre est seul dans l?hémicycle. Il fait son entrée en chantonnant, mais n?a pas pour autant l?air très détendu. Ses lieutenants sont bientôt là. Pas un mot déplacé, pas de commentaires malveillants, ils écoutent attentivement la réponse du chef du gouvernement à ce qui sera probablement la dernière Private Notice Question (PNQ) du présent mandat. Ils sont tous solennels. Pour l?heure.

Cette dernière PNQ est axée sur les hold-up et meurtre à la Mauritius Commercial Bank (MCB), le 11 février dernier. Le Premier ministre précise que c?était au ministre des Finances de répondre à cette question mais ?puisque c?est la dernière séance, j?ai décidé de répondre pour qu?on ne dise pas que nous cachons des choses?? Personne ne relève le commentaire. Seuls fusent quelques ?hum hum? du côté de l?opposition?

Paul Bérenger explique que l?enquête policière dans l?affaire du hold-up est toujours en cours. Dix suspects ont été appréhendés à ce stade, dont 6 ont été libérés sous caution; 3 sont en détention préventive alors qu?un des suspects est toujours en détention policière. La police est toujours à la recherche de Jacques Désiré Sambarkie, un habitual criminal. La police est d?avis que ce dernier se trouve toujours au pays. Une fois l?enquête complétée, le dossier sera référée au Directeur des poursuites publiques. A ce stade, ajoute Bérenger, il n?y a pas d?indications qu?il y a d?autres suspects ? et cela comprend des employés de la MCB.

Montant du vol

C?était le jour du crime à 9 h 30 que le general manager (GM) de la MCB a informé le gouverneur général de la Banque de Maurice (BoM) qu?il y a eu un crime aussi bien qu?un hold-up dans le main vault de la banque. Le GM informe la BoM qu?une lettre suivra dans laquelle seront inclus le montant du vol et d?autres détails concernant le hold-up. Cette lettre a été écrite le 14 février. Le montant du vol déclaré : Rs 51,8 millions.

Le gouverneur de la banque et le first deputy governor visitent la banque et à la suite de cette inspection et des questions aux employés quant à la méthode utilisée pour déterminer le montant du vol, estiment qu?il n?est pas nécessaire de mener une enquête indépendante pour vérifier la version de la MCB quant à la somme volée. Paul Bérenger se rassied. Navin Ramgoolam se lève.

Il veut savoir si effectivement, la police a reçu trois appels téléphoniques l?avertissant du hold-up. Bérenger affirme qu?il y en avait deux: le premier était inexact et le second, reçu après le hold-up. ?Madame Monvoisin n?a pas été très coopérative depuis?, annonce Bérenger avec un froncement de sourcils. Le leader de l?opposition veut aussi savoir pourquoi la BoM en tant que superviseur de la MCB n?a pas mené une enquête indépendante pour vérifier le montant du vol.

Bérenger commence à perdre patience et cherche dans ses notes. ?? après leur visite, le gouverneur et son adjoint ont discuté avec les employés et ils ont décidé de ne pas aller de l?avant avec une autre enquête.? Le PM affirme que ?ce sont les faits mais j?ai aussi posé la question et le gouverneur de la banque m?a assuré qu?il n?y avait absolument aucune raison de douter du montant que la MCB a mis en avant. Une vérification aurait entraîné a lot of work, a lot of physical stocktaking? Il n?y avait absolument aucune raison de le faire?, répond Bérenger. Ce dernier reprend qu?aucun dépositaire n?a perdu d?argent puisque c?est l?argent de la banque elle-même qui a été volé. Ramgoolam insiste. Bérenger riposte, mécontent : ?Je ne vais pas dire que la BoM aurait dû mener une enquête indépendante. Je ne le dirai pas.?

?Comment savez-vous que Rs51,8m est l?actuelle somme volée ?? demande Ramgoolam imperturbable. Bérenger est agacé mais garde un ton raisonnable. ?La BoM n?a aucune raison de douter? et une vérification aurait été trop de travail?, répète Paul Bérenger. ?Fermez la BoM dans ce cas-là !? s?impatiente Navin Ramgoolam. Madan Dulloo s?interpose : ?Pe disoud parlman, disoud BoM si !? sous les protestations de la majorité, qui jusqu?ici s?était retenue.

Rôle de la BOM

Bérenger explique que ?les responsabilités de la Banque centrale sont contenues dans les lois. Le rôle de la BoM est celui de régulateur et pas de policier !? Mais Ramgoolam ne l?entend pas de cette oreille : ?Son rôle est aussi de superviser. Dans tous les pays du monde, le superviseur aurait mené une enquête indépendante. C?est une honte que la BoM n?ait pas vérifié. And the Prime minister should take them to task.?

Bérenger revient sur le fait que c?était au ministre des Finances de répondre à la question. ?Mais je ne veux pas donner l?impression que nous avons des choses à cacher??. Et l?opposition de lancer des remarques ironiques, ce qui irrite Bérenger. ?Je ne répondrai pas aux questions?, dit-il vexé. ?Fou sa dehor?, entendons-nous du côté de la majorité alors que le leader de l?opposition reprend son interrogatoire.

Le Premier ministre revient sur sa réponse et ajoute que ?c?est après tout l?argent de la MCB, il n?y avait aucune raison de contre-vérifier. Je ne suis pas prêt à dire que la BoM aurait dû contre-vérifier?. Navin Ramgoolam réfute la thèse que c?est l?argent de la MCB : ?Cet argent y a été déposé, la banque est cotée en Bourse?, ajoute-t-il. Bérenger saisit l?occasion : ?Le stock exchange est un autre régulateur et il a aussi fait son travail.?

Madan Dulloo veut, lui, savoir si la police a enquêté sur des liens éventuels entre les différentes affaires MCB. ?Il n?y a pas de lien?, répond sèchement Bérenger. Dulloo insiste : ?Est-ce que la police s?est assurée que les enquêteurs n?ont aucun liens avec les suspects ?? Il fait référence aux inspecteurs Monvoisin et Meeterjoye. Et les passions se déchaînent. Les députés s?en donnent à c?ur joie. ?Shame, je ne vais pas répondre à ce rubbish. Malprop !? lance le Premier ministre hors de lui. Et à l?adresse du speaker : ?Vous auriez dû le mettre à la porte. Malelve, fouf !? ajoute Bérenger. Dulloo persiste et signe. ?Tout ce que je dis, c?est qu?il fallait examiner le profil des enquêteurs pour s?assurer qu?il n?y a pas de connexions avec les suspects.? ?La honte. Je ne répondrai pas aux allégations malpropres?, réplique Bérenger.

Du côté de la majorité, les qualificatifs s?enchaînent : ?Rasis, sekter, lahont, malang.? Et à Dulloo de réfuter que ?la vérité finira par sortir dans ce pays-là?.

?L?argent du contribuable?

Le Premier ministre s?est par ailleurs évertué à expliquer que ce qui est dans le rapport n?Tan n?a rien à faire avec le hold-up. Bérenger concède que la MCB ?a fait preuve d?arrogance en contournant le plafond de crédit mais l?argent n?est pas parti. Le NPF n?a pas perdu d?argent. C?est la MCB qui en a perdu?.

Xavier Duval se met debout et d?un ton très raisonnable demande au Premier ministre quelles sont ?les mesures qui ont été prises pour faire de sorte que ceux qui ont perdu de l?argent, les actionnaires, n?en perdent pas plus.? Bérenger répond d?un ton tout aussi aimable : ?En tant que régulateur, la BoM a fait son travail. Personne n?a perdu de l?argent à part la banque elle-même. Que les actionnaires prennent les décisions qu?ils doivent prendre.?

Navin Ramgoolam ne lâche pas prise. ?Comment ? Personne n?a perdu de l?argent ? La BoM a perdu de l?argent parce qu?une somme aurait dû être déposée à la Banque centrale. C?est l?argent du contribuable qui a été perdu.? Bérenger réfute : ?Il ne faut pas faire de telles déclarations?? mais il sera interrompu par Dulloo. Il n?est pas content et se rassoit. ?Je ne répondrai pas tant que ce mad man n?arrête pas de parler?, dit-il agacé.

Ramgoolam n?en peut plus. C?est la dernière PNQ et il n?a toujours pas de réponse qu?il juge satisfaisante. ?Rien n?est élucidé. Dans l?affaire de Grand-Baie, nous ne savons toujours rien.? Il est interrompu par Bérenger qui n?aime pas l?allusion. ?Je ferai une déclaration à cet effet plus tard. J?espère que vous serez là.?

Ramgoolam est furieux : ?Je ne reçois pas d?ordre de vous et je ne serai pas là !? lance-t-il. La PNQ prend fin dans un chahut terrible. Pravind Jugnauth profite de l?occasion pour faire entendre sa voix. Ramgoolam répond mais ses mots sont noyés dans le brouhaha?

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