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Harry Tirvengadum comparaît en cour sur une civière
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Harry Tirvengadum comparaît en cour sur une civière
Il n?est plus que l?ombre de lui-même. L?ancien président-directeur général d?Air Mauritius, Harry Tirvengadum, est arrivé en cour, hier, en civière et par ambulance. Accompagné de son épouse Lady Elahe et de son beau-frère Amine. Amaigri, affaibli et hagard. Sa venue est cause de remous à la cour intermédiaire.
Premièrement, on ne l?a pas reconnu tout de suite sous son béret noir qui lui barrait le visage. Une fois son identité révélée, nombreux sont ceux qui ne s?attendaient peut-être pas à l?aspect physique de Harry Tirvengadum sommé de se présenter en cour après qu?un mandat d?arrêt eut été lancé contre lui après plusieurs absences aux audiences.
C?est un homme assoupi qu?on conduit dans la salle d?audience sous des regards ébahis et des chuchotements qui en disent long. Comparaître dans cet état, cela ne se voit pas tous les jours? Mais il lui a fallu quitter sa maison pour venir en cour car le tribunal n?était pas satisfait des faits avancés, hier, dans ses certificats médicaux.
Pour rappel, l?ancien patron de la compagnie nationale d?aviation fait face, de même que Robert Rivalland et Derek Taylor, à une accusation de complot pour commettre une fraude de Rs 85 millions. Il leur est reproché d?avoir mis en place un mécanisme de paiements de commissions spéciales non dues à Rogers, plus connu comme le scandale de la caisse noire d?Air Mauritius.
En cour, hier, la présence de Harry Tirvengadum est aussi requise pour dire s?il accepte le désistement de ses avocats, en l?occurrence Me Yousuf Mohamed S.C. et Me Ravind Chetty. Questionné au sujet de cette requête, Harry Tirvengadum ne répond pas tout de suite. Il semble ne pas entendre l?huissier qui l?interroge. ?Je ne comprends pas ce que vous me dites?, finit-il par lâcher d?une voix cassée. Sur ce, les magistrats Benjamin Marie Joseph, Nicolas Oshan Bellepeau et Renuka Dabee réservent leurs décisions.
<B>Mandat d?arrêt</B>
Auparavant à l?ouverture de l?audience, Me Yousuf Mohamed avait présenté deux certificats médicaux pour expliquer l?absence de son client en cour. Le premier est de son cardiologue, Dr Cassam Hingun, et le second de son neurologue, Dr Dominique Lam Thuon Mine. Il argue que l?état de santé de son client ne lui permet pas de se présenter en cour. Il ajoute que le neurologue est prêt à venir en témoigner en l?absence du cardiologue absent du pays pour assister à une conférence.
Me Yousuf Mohamed explique que les problèmes cardiaques de Harry Tirvengadum, ont eu un impact sur son cerveau ayant provoqué des complications cérébrales. Il demande à la cour de considérer l?option de se rendre à la résidence de ce dernier pour un constat de visu.
Les magistrats se retirent pour en décider. Non satisfaits des explications médicales fournies, ils émettent un mandat d?arrêt que des policiers, affectés à la cour intermédiaire, sont détachés pour mettre à exécution. Lorsqu?ils arrivent à la résidence de Harry Tirvengadum à Floréal, ils apprennent que celui-ci est déjà en route pour le tribunal.
14 h 30. Une ambulance débarque un homme couché sur une civière. Ce n?est autre que Harry Tirvengadum qui est aussitôt conduit dans la salle d?audience. Appelé à la barre des témoins, son neurologue, Dr Lam Thuon Mine, explique que son patient, examiné en cinq occasions depuis mars dernier, souffre de pertes de mémoires, de dépression, d?anxiété et d?insomnies et qu?il est sous traitements antidépresseur et sédatif. Il ajoute que Harry Tirvengadum est encore plus affecté depuis qu?il a appris qu?il est un patient à risque d?arrêt cardiaque. De plus, il a décelé une lésion cérébrale au niveau du lobe frontal du patient. Selon le neurologue, des tests de mémoire révèlent aussi que l?esprit de Harry Tirvengadum s?est affaibli, diminuant ainsi sa faculté de comprendre. Il parle même des possibilités de symptômes d?Alzheimer ou de démence vasculaire. Il estime que seul le temps dira ce qu?il en est.
<B>Verdict médical
L?audience est interrompue. Lady Elahe, l?air inquiet, fait remarquer que son mari a des tremblements. Les magistrats lèvent l?audience, le temps pour le neurologue d?examiner le patient. Verdict du médecin : rien de grave. Harry Tirvengadum fait comprendre par gestes qu?il a soif. Un policier s?en va lui chercher un verre d?eau qu?il avale avec difficulté.
La séance reprend avec un exposé de Me Yousuf Mohamed. ?C?est difficile pour nous de continuer à défendre l?accusé dans les circonstances présentes. On ne peut faire justice à notre client. Comment une personne, dans l?état tel que décrit le neurologue, peut-elle comprendre le déroulement du procès ou les dires des témoins ? On nous demande de représenter un accusé qui est sous sédatif et qui dort. Ce n?est pas un procès équitable.?
Me Gaytree Manna, l?avocate de la poursuite, n?en démord pas. Elle demande que Harry Tirvengadum soit examiné par un panel de médecins désigné par la cour. Les magistrats rappellent que la cour doit présentement décider si elle va accéder à la motion de désistement de ses avocats. Ils encouragent la poursuite et la défense à se concerter sur la question avant d?en informer la cour ultérieurement. Il faudra donc attendre pour connaître le dénouement...
Le beau-frère de Harry Tirvengadum attire l?attention sur ses palpitations. Ce dernier est immédiatement conduit à l?ambulance qui l?attend devant l?enceinte de la New Court House.
EXPLICATIONS
<B>?Le magistrat n?avait pas d?autre choix?
■ Me Raouf Gulbul, avocat et ancien magistrat, apporte un éclairage sur la décision arrêtée hier par la cour intermédiaire. ?Lorsqu?un accusé est libéré sous caution à la suite de son arrestation, il s?engage à se présenter en cour au moment ou il sera appelé à le faire. S?il ne se présente pas à son procès, techniquement le magistrat n?a pas d?autre choix que d?émettre un mandat d?arrêt. Sauf si l?accusé s?est absenté pour une raison valable. Si le magistrat est satisfait des explications pouvant justifier son absence, il peut annuler le mandat d?arrêt. C?est à la discrétion du magistrat. Lorsqu?un accusé est malade et ne peut faire le déplacement en cour, il peut présenter un certificat médical par l?intermédiaire d?une autre personne. Le magistrat peut également ne pas être d?accord avec le contenu du certificat médical. Dans ce cas, le médecin est appelé à s?expliquer sur son certificat médical. Le magistrat ne peut ordonner à une personne qui est mourante de comparaître en cour. Sauf si celle-ci feint la maladie ou la folie. L?avis des médecins est alors primordial pour déterminer si elle est apte à faire face à un procès. Tout dépend de cet avis.?
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