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Harry Potter et l?Ordre du Phénix
Dépendant de la chance que vous avez (salle/séance), une projection de ce film peut prendre les allures d?une assemblée générale d?un club de jeunes gens civilisés, tous admirateurs de l??uvre de J. K. Rowling. Et, à moins d?être assis à proximité de malpropres (non-initiés) occupés à s?empiffrer, il y a pour une fois, quelque chose de réconfortant à entendre les conversations des voisins tout au long du film. Car il s?agit des commentaires du genre ?sa bout la parey kouma dan liv !?. Ce qui signifie que non seulement ces jeunes gens sont capables de suivre un film, mais qu?en plus ils lisent. L?épais roman que constituait Harry Potter et l?Ordre du Phénix a été réduit par le scénariste Michael Goldenberg à un film compact de 2 heures et 15 minutes. Certains passages intéressants ont donc disparu, mais l?essentiel du livre a été gardé pour donner un film mouvementé, mais limpide. Ce cinquième épisode a son identité propre en tant que film, mais reste fidèle au texte original.
Le réalisateur David Yates aura su retenir les passages qui se prêtaient au grand écran, comme le survol de Londres en rase-mottes le long de la Tamise, ou la bataille finale (c?est à se demander si J. K. Rowling n?y a pas elle-même pensé en les écrivant). À de telles séquences, David Yates ajoute sa touche personnelle : il nous offre sa représentation de la prison d?Azkaban.
L?image est une vraie vision de cauchemar et le fait qu?elle fasse partie du film illustre bien cette liberté que prend le réalisateur, qui fait preuve d?autorité bien qu?ayant un CV moins impressionnant que ceux de ses prédécesseurs. Il rejoint cependant Mike Newell dans sa vision de l?univers d?Harry Potter : un monde gris et sinistre, envahi par les ténèbres. La magie qui procurait un émerveillement dans les deux premiers films est à présent devenue menaçante.
On voit dans Harry Potter et l?Ordre du Phénix se définir les lignes d?un combat final qui (dans deux épisodes) opposera Voldemort (Ralph Fiennes) et ses sbires d?un côté et Harry Potter (Daniel Radcliffe) et ses amis de l?autre. Ce qui fait beaucoup de personnages.
Au fil des épisodes, les aventures d?Harry Potter ont fini par devenir l?occasion d?un emploi saisonnier pour tout le bottin du cinéma anglais. Celui-ci affiche tant de grands acteurs qu?il serait fastidieux de les mentionner tous. En fait, loin de toute magie, il est avant tout question dans cette histoire d?adolescents qui deviennent des adultes et donc de personnages qui évoluent, devenant plus complexes et plus intéressants. La jalousie, colère (d?adulte), l?envie et les attirances sexuelles ont fait leur apparition et dans une scène qui a créé un certain émoi, Harry fait l?expérience de son premier baiser.
L?interaction entre Harry, Ron et Hermione est différente de celle des films précédents et on sent que les talents des trois jeunes acteurs ont mûri. Chez les adultes, l?acteur Alan Rickman (Snape) n?a rien perdu de sa capacité à générer l?antipathie, mais son personnage est cette fois dépassé par cette Dolores Umbridge qu?interprète Imelda Staunton. Son sourire figé d?inquisitrice bureaucrate et sadique habite littéralement le film.
Sa présence incarne aussi l?autre aspect de ce cinquième épisode, le propos bien senti sur les politiciens qui, faute de projets concrets, endorment les populations à coups de discours sur le ?retour aux bonnes vieilles méthodes?. Il est question ici d?un ministre magouilleur qui sabote l?éducation de jeunes citoyens et aussi d?une presse complaisante. Comme quoi la fiction, même quand elle est fantasmagorique, peut arriver à refléter la réalité.
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