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Harold Chan Lam : le pédagogue donne ce qu?a reçu l?enfant

20 août 2006, 20:00

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Si Harold Chan est l?âme de son collège London (voir l?express de lundi dernier), on peut tout autant attribuer en grande partie la réussite de cet établissement scolaire à l?éducation également exemplaire que Michel et Marie Louis Chan Lam donne à leurs enfants.

Le directeur du collège London ne nous en voudra pas, espérons-le, de faire remonter, au-delà de ses qualités personnelles, entre autres, pédagogiques et humaines. Il s?agit des sources premières de l?état d?esprit, composé de multiples vertus, dont la volonté, la persévérance, la patience, la débrouillardise, la capacité de rebondissement et de relèvement dans l?adversité, mais aussi de fraternité, de solidarité, d?entraide, état d?esprit ayant assuré le succès non démenti du collège London pendant quatre décennies. Des valeurs que lui inculquent ses parents dès son plus jeune âge. Puissent seulement les élèves du collège London, ceux de 1966 comme ceux de 2006 et de demain, être, pour leurs enfants, d?aussi bons éducateurs que l?ont été Michel et Marie Louise Chan Lam pour les leurs.

Michel et Marie Louise Chan Lam sont boutiquiers à Centre de Flacq. Tout Mauricien bien né ne connaît-il pas la boutique Saint-Jean, avenue Charles-de-Gaulle, Centre de Flacq où trônait, dans les années 1970, derrière la caisse principale, le frère d?Harold ou encore sa belle-s?ur qui n?étaient pas peu fiers de la fraternité les unissant au collège London ? Michel Chan Lam est natif de Plaine-Magnien. Il est assez intelligent et ses parents assez débrouillards pour qu?il soit admis au collège Royal de Curepipe. Le manque de ressources financières l?oblige toutefois à quitter cette Alma Mater après avoir complété sa Form II. Sa femme, Marie Louise, lui apporte en dot la boutique Saint-Jean à Flacq. Il en fait le centre, l?âme, de cette localité.

Oeufs bouillis comme cadeau

L?enfant Harold naît l?année précédant le début de la Seconde Guerre mondiale. C?est alors le temps des rations et des rationnements. On améliore autant que faire se peut la production des cultures vivrières et on demande à la mer d?être plus nourricière que d?habitude.

Il doit aider ses parents à tenir la boutique, ouvrant sept jours sur sept, de 6 à 21 heures, du 1er janvier au 31 décembre. Il faudra attendre Guy Rozemont et les années 1950 pour que les heures d?ouverture et de fermeture de nos boutiques et magasins soient réglementées pour les uns mais pas forcément pour les autres.

Les jours d?école, il a droit à deux ?cashes? d?argent de poche qui lui permettent quand même de renouveler son stock personnel de pistaches, de poudre de maïs, de grams bouillis, de pudding de manioc et posséder de quoi jouer aux ?cannettes? ou à ?sapsiwaye ?.

Il y a aussi les parties de pêche dans les rivières flacquoises, suivies de tumultueuses baignades, de festins de mangues en saison. Harold se souvient plus particulièrement et avec attendrissement des deux ?ufs bouillis (?ufs rôtis) auxquels il a droit, chaque année, en guise de cadeau d?anniversaire.

Le passage à l?adolescence et au cycle d?études secondaires nécessite le séjour, en semaine, à Port-Louis, chez une grand-mère. Le jeune Harold ne rentre au Centre de Flacq qu?en fin de semaine. Ses parents savent et lui enseignent que les meilleurs investissements sont d?ordre éducatif. Il n?oubliera jamais cette leçon, pleine de bon sens et de sagesse, tout à fait conforme aux philosophies chinoises les plus inspirées.

Son enfance aux nombreuses vertus familiales, parentales, commerciales, studieuses, laborieuses, ludiques, prédispose le jeune Harold à la brillante carrière pédagogique que l?on connaît. Elle s?enracine dans une île Maurice aux mille visages où le meilleur côtoie parfois le pire. Elle lui permet aussi de découvrir les bas-fonds de la société mauricienne là où la paresse, la fainéantise chronique, les ravages de l?alcoolisme, mais sans rien perdre des précieux repères moraux que lui inculquent ses parents.

Il retiendra essentiellement de cette école de vie qu?est l?enfance que tout être humain peut se désembourber et progresser dans la bonne direction, pour peu qu?il possède la volonté personnelle requise et que des hommes de bonne volonté lui en donnent les moyens et le soutien nécessaires. Ajoutons cela une confiance inaltérable de la bonté du Mauricien et nous voilà à quelques pas de la recette assurant la réussite pédagogique non démentie du collège London.

Son ouverture en 1966 n?est pourtant pas une chose facile. Harold Chan Lam n?hésite pas à frapper à toutes les portes possibles et imaginables pour obtenir l?aide financière et technique, le soutien moral qui lui font toujours défaut. Les choses ne sont pas aussi aisées que pourrait le faire croire le succès continu du collège London. C?est que le nombre de collèges-champignons est déjà de 127, dans les années 1960, pour 76 946 collégiens.

Une cheville ouvrière

Les consultations commencent avec des amis pédagogues, avec des membres influents de la communauté mauricienne d?origine chinoise et autres éventuels bailleurs de fonds. Elles se poursuivent avec ceux qui prêtent foi à ses promesses. Les différentes options s?offrant à Harold et à ses compagnons concepteurs, y compris l?alliance avec des collèges existant déjà, sont examinées et étudiées. Ils décident finalement la création d?un nouveau collège auquel Harold tient à donner le nom de la capitale britannique, la Mecque du savoir universitaire, à ses yeux.

Le collège London ouvre ses portes, à la rue Rémy-Ollier, Port-Louis, en janvier 1966, avec moins de 100 élèves et moins de dix enseignants. Il faut aussi faire avec une visiteuse non annoncée et donc pas attendue : la menace cyclonique Denise. Il faut davantage cependant pour briser la détermination d?un Harold Chan Lam, la cheville ouvrière du collège London, l?établissement scolaire de ses rêves, comme celui de ses collaborateurs, de ses élèves, de leurs parents. Conseil d?amis : pas touche à sa bonne réputation, devant eux. Il pourrait vous en cuire.

Le collège London dispose au départ de trois départements, situés notamment dans la résidence familiale de Michel et Marie Louise Chan Lam, les parents d?Harold, à la rue Rémy-Ollier, Port-Louis, le deuxième à la rue Pope-Hennessy (ouverture en 1968) et le troisième à l?angle des rues Rémy-Ollier et Jummah-Mosque.

Il fermera ses portes en 1974 pour ouvrir un nouvel établissement à la rue Seeneevassen. C?est là que sont regroupés, depuis 1997, dans un vaste complexe scolaire de quatre étages, les 1 400 collégiens, âgés de 11 à 20 ans, du collège London d?aujourd?hui. Le corps professoral est composé de 74 membres auxquels s?ajoutent les employés administratifs.

Depuis septembre 1971, le collège London innove en enseignant les sciences agricoles à une partie de ses élèves grâce à l?acquisition d?un terrain de deux arpents et demi à Petit-Verger, Pointe-aux-Sables.

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