Publicité

Halte aux tronçonneuses !

10 décembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Dans Voie médiane du lundi 6 décembre, Raj Meetarbhan commente les prises de position des protagonistes du débat autour de la construction de l?autoroute du sud-est, ou la route de Ferney. Son billet est perturbant, et m?interpelle pour plusieurs raisons.

Le ton adopté quand il se réfère à ceux qui sont contre la construction de la route et à leur position est extrêmement dédaigneux. Choisir d?utiliser le diminutif écolo au lieu d?écologistes dans un article de cette nature est en soi révélateur. Ensuite, selon M. Meetarbhan, ces écologistes ne sauraient pas de quoi ils parlent parce qu?ils n?ont su qu?après que certains arbres menacés ou abattus étaient présumés disparus, et ils seraient guidés par des ?pulsions?. L?enjeu est beaucoup trop grave pour qu?un débat, s?il doit avoir lieu, s?engage sur de telles prémisses.

L?absence de mouvements d?écologistes dans le débat est aussi perturbant. Hormis des Old Royals et deux journalistes, Nicholas Rainer et, surtout, Shenaz Patel, aucune ONG (sauf le MWF qui a fait paraître un court communiqué) ne s?est manifestée publiquement. Et c?est aussi pour cela que j?ai décidé de prendre ma plume pour dire ?non? à la destruction d?une forêt originelle au nom d?une conception étriquée du développement.

Le principal argument en faveur de la construction de cette route serait d?ordre ?économique?. Cette route permettrait aux touristes de gagner 45 minutes sur le trajet Mahébourg- Bel Air et au tourisme de faire un ?bond significatif dans l?est?. Ainsi, selon M. Meetarbhan, si on s?y oppose, on s?opposerait au développement. Mais s?est-on posé la question de savoir ce que vont penser les touristes, quand ils sauront que pour leur faire gagner 45 minutes, on a détruit une grande partie de la forêt originelle de Maurice, déjà en lambeaux, qui a mis des milliers d?années à se constituer et que des espèces extrêmement rares datant de plus de 300 ans ont été massacrées ? Avons-nous mis dans la balance ce que veulent réellement les touristes d?aujourd?hui, ce qu?ils recherchent en venant dans un pays comme Maurice ? Voudront-ils toujours venir dans ce pays ? Comment la MTPA va-t-elle concilier la destruction de la forêt de la Vallée de Ferney et le tourisme vert qu?elle vend sur les marchés européens ? Il ne s?agit pas là de quelques monuments à déplacer, mais de la destruction de 76 000 m2 de forêt.

De plus en plus de par le monde, la corporate social responsibility et la responsabilité face à l?environnement, sont partie intégrante des bilans des entreprises et des indices de développement des Etats. Dire non à la route de Ferney, ce n?est pas dire non au développement ; c?est dire non à un type de développement qui ne prend pas en compte l?environnement et le social. La logique économique que prône M. Meetarbhan est la même que celle qui fait passer une autoroute là où c?est plus ?économique?, quitte à couper un village en deux. Elle est aux antipodes du développement durable.

La construction de cette route n?est pas le fait de promoteurs privés qui veulent une route plus rapide pour faire venir des touristes dans leurs hôtels ou leurs IRS afin de satisfaire uniquement leur business plan. Elle est le fait de l?Etat qui doit, selon les principes de bonne gouvernance et de démocratie, prendre en compte l?intérêt général à long terme, et non l?intérêt de particuliers à court terme. Ce qui pousse à se demander si l?Etat était en possession de toutes les données avant de décider d?aller de l?avant avec la construction de cette route. Il faut croire que non, car le PM a décidé en août 2004 de mettre sur pied un comité pour mener une étude environnementale de la région. Une initiative réconfortante, même si une telle étude aurait dû avoir été menée plus tôt.

Autre question que la construction de cette route soulève a trait à la politique d?infrastructure routière. la construction de cette route meurtrière est-elle vraiment la priorité quand on sait que le coût de la congestion routière dans la conurbation s?élève à des centaines de millions de roupies par an ? Où est la logique économique dans ce cas ?

La route de Ferney ne doit pas être construite pour quatre bonnes raisons :

La justification économique avancée relève d?une conception du développement étriquée et dépassée.

Ce serait un véritable désastre écologique ? et transplanter quelques arbres, ou dévier la route de quelques mètres n?y changera rien.

Ce serait aller totalement à l?encontre du développement durable.

L?image de Maurice dans le monde prendrait un sérieux coup, d?autant plus que nous accueillons en janvier 2005 la conférence SIDS, où la question de l?environnement sera centrale.

Il n?y a pas de voie médiane dans le cas de Ferney. Il faut arrêter définitivement les tronçonneuses et les bulldozers.

par Adi TEELUCK

Publicité