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Halte au pillage !

5 août 2007, 00:00

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Halte au pillage !

Le gouvernement a finalement décidé de prendre le taureau par les cornes. « D?ici le 15 août, le désordre et la confusion qui règnent dans le secteur du recyclage des déchets métalliques, caractérisé par le pillage de biens publics et privés, un système de collecte et de transport désorganisé, l?impossibilité de retracer les vendeurs et d?exercer un contrôle satisfaisant sur le mode de fonctionnement des opérateurs, seront choses du passé. »

La déclaration de Rama Valayden, Attorney General et ministre de la Justice, a le mérite de poser tous les problèmes liés à cette activité lucrative? mais souvent illégale.

C?est une nouvelle réglementation : les Consumer Protection (Scrap Metal Regu-lations 2007) qui viendront faire le ménage dans ce secteur où, il faut le dire, l?opacité règne. Ce texte de loi régira un vaste panel d?activités, allant du plus petit collecteur de ferraille aux gros exportateurs et transformateurs des déchets de ce type.

Cette réponse à une délinquance liée au vol de fer s?est fait attendre. Entre-temps, le pays a déjà payé le prix fort pour avoir laissé ce secteur évoluer selon le bon gré de l?offre et de la demande mondiale.

Résultat : les Indiens, qui ont plusieurs longueurs d?avance sur les opérateurs mauriciens, ont profité de l?aubaine. Ils ont littéralement neutralisé la capacité des opérateurs locaux à être proactifs face à l?évolution du marché, et ce, en imposant la règle du jeu. Ils ont même aidé à l?émergence d?une nouvelle classe de travailleurs : des collecteurs de déchets.

Cette activité, qui initialement paraissait bénéfique au combat contre la pollution de l?environnement et à la lutte contre le chikungunya, s?est vite transformée, pour certains, en une véritable opération de pillage. L?outrecuidance des collecteurs de déchets n?ayant pas de limites, ils se sont attaqués à tout ce qui peut être métallique : panneau de signalisation, canon de l?époque coloniale, bouches d?égouts, installations de la Central Water Authority, pylônes et autres câbles électriques et téléphoniques.

Un véritable SOS au gouvernement

Les plus téméraires se sont même improvisés démolisseurs en sciant plusieurs parties de la structure du pont désaffecté de Grande-Rivière-Nord-Ouest. Quand il ne s?agit pas des biens publics, ce sont les encadrements de fenêtres ou de portes fraîchement posées qui tombent dans l?escarcelle des malfrats. Et malgré sa bonne volonté, la police n?a pas été en mesure de stopper la frénésie des collecteurs de déchets, bien déterminés dans leur quête de biens? mal acquis.

Pris dans la tourmente, les opérateurs locaux (exportateurs de fer ou fonderies), incapables de proposer la moindre résistance, lancent un véritable SOS au gouvernement pour une intervention urgente. « Le problème sera résolu si on interdit totalement l?exportation des déchets. C?est un paradoxe que nous devons en importer pour notre fonderie, alors qu?un important volume quitte chaque jour le pays », s?insurge Rajiv Gowressoo, directeur de la fonderie Samlo Koyenco Steel Co Ltd (SKS). Une solution que rejettent avec force Marc Técher et Keseven Runghen, respectivement propriétaires de Steel Scrap Ltd et de G. Runghen & Co, deux pionniers de l?exportation de déchets métalliques.

Pire, prises dans l?engrenage de leur politique axée sur l?exportation, les autorités n?ont pu exercer un tant soit peu de contrôle sur les activités des exportateurs étrangers implantés à Maurice. Mais à en croire Rama Valayden, les choses vont bientôt changer.

La mise en place d?un système

« Entre une école de pensée qui souhaite l?interdiction pure et simple de l?exportation, et une autre qui voudrait maintenir le statu quo, il nous faut trouver une entente. Il est ainsi possible de considérer favorablement le principe de réserver exclusivement à des Mauriciens le droit d?exporter de la ferraille. L?analyse de la situation qui a prévalu dans ce secteur depuis ces derniers temps permet de justifier une telle décision », affirme le ministre de la Justice. Rama Valayden prône la mise en place d?un système qui permettra de retracer la provenance des déchets, d?identifier le vendeur, de repérer le numéro d?immatriculation du véhicule qui les a transportés au dépôt, dans le cas où une cargaison serait soupçonnée de provenir d?un vol.Pour améliorer la traçabilité et permettre éventuellement à la police de mieux enquêter, les exporta-teurs seront, en outre, tenus de garder pendant une période donnée la ferraille qu?ils auront achetée, avant de pouvoir l?exporter.

« Plus question de livrer la ferraille 24 heures sur 24 comme c?est le cas chez certains en ces temps-ci. Et les heures d?ouverture des dépôts seront réglementées. De même, les dispositions du code pénal se rapportant au recel seront revues. L?objectif est de renforcer les peines et les sanctions actuelles infligées à toute personne convaincue de recel devant une cour de justice », annonce Rama Valayden.

Avec des recettes de Rs 479 millions, le secteur de l?exportation de déchets métalliques est loin d?être une activité négligeable. Et il était temps qu?on la réglemente pour qu?elle ne soit pas administrée par les quelques règles du marché, certains hommes d?affaires étrangers, et une bande de truands sévissant aux quatre coins du pays.

UN MARCHE MONDIAL EN SURCHAUFFE

Que vous soyez en Europe, en Asie, en Afrique ou au Maroc, vous verrez des petits malins tirer discrètement ici ou là des chariots remplis de ferraille. Provenant d?arrière-cours dans certains cas, mais aussi de rapines dans d?autres.

Comme en France, où les plaques d?égout sont depuis quelque temps déjà la cible préférée des chasseurs de ferraille.

Et avec l?explosion de la demande mondiale pour le fer, due notamment au boom de la construction en Chine, en Inde et dans plusieurs autres pays en développement, le métal se fait rare. La demande est telle que les matières premières constituées à base de minerai de fer ne suffisent plus. D?où la ruée vers l?alternative que sont les déchets ferreux et non ferreux. Sur le marché du rachat de la ferraille, les Indiens prennent une place de plus en plus importante.

Au Sénégal, par exemple, ils sont considérés comme de vrais maîtres du marché. Ils achètent toutes les sortes de métaux : cuivre, aluminium, laiton, acier, et même des batteries d?automobile usées. Mais l?autre ogre a encore plus d?appétit.

Et domine désormais carrément le marché des 67 pays producteurs de métaux au monde. Et ce, en utilisant aussi bien les minerais en provenance de ses carrières que la ferraille récupérée aux quatre coins du globe. Ainsi, un rapport de l?Union européenne (UE) en 2006 prévoyait déjà la montée en puissance de la Chine comme premier consommateur mondial de métaux : « La Chine est devenue le plus grand producteur de métaux (excepté pour le cuivre et le nickel) et un concurrent majeur de l?Union européenne. En 2004, l?UE était encore le plus gros consommateur d?aluminium, de cuivre, de plomb et de nickel. Mais la Chine rattrape son retard, et elle est déjà le plus gros consommateur d?acier et de zinc. »

EN CHIFFRES

Une croissance de près de 200 % en quatre ans

Les statistiques du Central Statistical Office indiquent que l?exportation de ferraille a connu une expansion considérable à partir de 2004. Ainsi, entre 2002 et 2006, le volume exporté a triplé, passant de 18 184 tonnes à 54 122 tonnes l?année dernière. Preuve que le business est lucratif, les recettes ont, quant à elles, été multipliées par cinq à la même période, passant à Rs 479,4 millions en 2006. Les « exportations » mauriciennes sont destinées à pas mois d?une vingtaine de pays, dont la Chine, l?Inde, l?Afrique du Sud, Hongkong, la France, la Belgique, Israël, l?Australie, le Japon, ou encore les Seychelles. Mais le plus gros importateur de ferraille locale demeure l?Inde.

En 2002, près de 15 000 tonnes de déchets, d?une valeur de Rs 39 millions, ont été acheminées vers ce pays, contre seulement 99 tonnes (pour Rs 2,4 millions) pour la Chine. Et en 2006, l?Inde a importé pour un peu plus de 31 000 tonnes de déchets, soit une valeur de Rs 223 millions. En 2002, la tonne de déchets était vendue sur le marché indien à environ $ 111. Aujourd?hui, ce prix se situe entre $ 280 à $ 290, soit respectivement Rs 3 512 et Rs 8 859 à Rs 9 176.

Et l?augmentation du prix de vente des déchets métalliques sur le marché mondial a généré une véritable guerre des prix à Mau-rice. Tandis que les fonderies et exportateurs locaux n?offrent pas plus de Rs 4 500 la tonne, les étrangers proposent entre Rs 5 500 et Rs 6 000 la tonne. Pour information, une personne qui parvient à remplir un conteneur de 20 tonnes par jour peut empocher entre Rs 110 000 et Rs 120 000 !

LES INDIENS RAFLENT LA MISE A MAURICE

Ce sont essentiellement des hommes d?affaires indiens qui ont flairé le bon filon dans le domaine de l?exportation de fer à partir de Maurice. Comme le pays n?impose aucune restriction dans ce domaine, leur implantation n?en a été que plus aisée. Car pour démarrer ce business, il suffit de satisfaire les exigences de bases de l?administration locale pour obtenir un permis de collecte de déchets. Si l?administration oppose des résistances?un petit partenariat avec un Mauricien? et hop ! le tour est joué.

Non contents d?offrir des prix de rachat largement supérieurs à ce qu?offrent leurs concurrents mauriciens, ces hommes d?affaires ont également révolutionné le mode de collecte traditionnel. Il leur suffit, en effet, d?installer un conteneur quelque part pour recueillir la ferraille et de s?équiper d?une balance pour peser les produits. Selon nos recoupements, au moins une trentaine d?opérateurs fonctionneraient selon cette méthode. Avant l?arrivée des Indiens, vers 2004, le secteur du recyclage des déchets métalliques était l?affaire de quatre principaux opérateurs dont Steel Scrap Ltd, G. Runghen & Co et Scrap Supplies (Mauritius) Ltd.

Il y a un peu plus de dix ans, une autre entreprise, le groupe Samlo, est entrée en scène. Cette société récupère les déchets métalliques mais les importe également, avant de les transformer en barres de fer de construction entre autres dans sa fonderie. « Dès qu?on constate la disparition d?une structure en métal, on a tendance à suggérer qu?elle a dû atterrir dans notre fonderie, via notre centre de stockage.

Ce type de réflexion résulte d?une méconnaissance du secteur du recyclage et d?une tentative de faire l?amalgame entre les opérateurs dont les activités peuvent être contrôlées et ceux qui échappent aux examens rigoureux », soutient Rajiv Gowressoo, directeur de la fonderie Samlo Koyenco Steel Co Ltd (SKS).

L?essentiel des matières métalliques qui seront exportées est récupéré auprès des usines sucrières et de celles de transformation, qui leur fournissent des chutes de métal, ainsi qu?auprès des vendeurs de ferraille qui collaborent avec eux depuis des années.

Mis à part les contrôles et autres vérifications effectués par le service des douanes sur les produits destinés au marché étranger, les exportateurs, qu?ils soient Mauri-ciens ou non, ne font pas l?objet d?un suivi particulier au niveau du ministère du Commerce. En effet, les conteneurs qui partent de Port-Louis ne sont interceptés que lorsque le scanner de la douane repère un objet suspect. Comme ce cylindre provenant d?une usine sucrière, et que les opérateurs de scanners avaient pris pour un canon !

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