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Habitudes alimentaires entre se nourrir et malbouffe rapide
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Habitudes alimentaires entre se nourrir et malbouffe rapide
LA crise alimentaire, qui sévit ou qui nous menace (nos ministres et l?opposition politique y croient-ils ?), nous invite à nous souvenir de nos habitudes nutritives d?il y a un quart de siècle. Mais avant celles de la mi-juillet 1983, il y a celles antérieures. On savait alors bien manger, à la maison ou sur son lieu de travail, le pain quotidien voyageant, avec le futur attablé, enroulé dans une propette serviette ou bien à l?abri d?un catorah. Certains pouvaient même s?offrir un somme, bref mais réparateur, car on subissait, dit-on, moins de stress, de bousculade, de course à rats que de nos jours.
Avant l?Indépendance, les enfants avaient droit à un tiffin varié. Pour un sou, il pouvait s?offrir une large tranche de pain frit, beurré de mazavaroo, à moins qu?il ne préférait un cash de manioc bouilli, trempé dans la même sauce. A l?heure du dessert le choix, encore plus cornélien, pouvait se faire entre pomme jacot, corossols, sapotes, massons pas forcément jujubes, goyaves ou encore ces jamalacs tant méprisés de nos jours, condamnés qu?ils sont à pourrir au pied de l?arbre.
Les restaurants étaient moins nombreux mais se nommaient Chez Loumeau, Flore orientale ou Mauricienne, Hôtel National, Mon Moulin, Gros Piti. Port-Louis peut-il encore être Port-Louis sans son Moontaza ?
La Mauricienne était encore... enchaînée à son foyer. Mari et enfants trouvaient, auprès de cette... esclave domestique, repas chaud à midi, si école ou boulot étaient à proximité. Elle n?avait pas intérêt à être en retard. A se demander si les jurys d?assises n?acceptaient pas alors l?excuse-alibi du manzé pas ti prêt Vot? l?Honnère !
En juillet 1983, on ne parle pas encore de malbouffe ni de fast-food mais de restauration trop rapide. Les snacks se mettent à pousser comme champignons. Il y a même des cantines mobiles proposant dholl puree, rôti mais aussi halim, bouillon mee foon, soupe chinoise, bouillon wan tan, saomaï, niuk nien, van yen, teo kon, riz frit, mines frites, pudding maye. «Quand me vient l?eau à la bouche...»
La fonction publique essaye même de se mettre au goût du jour. Le Registrar Building peut même se prévaloir, à la mi-juillet 1983, d?une cafétéria, offrant à sa clientèle fonctionnarisée, du Fish and chips ou simplement le cornet de frites. La barquette, contenant 100 grammes de thon ou de bécune et 125 grammes de chips, coûte Rs 6.50. Le cornet de 150 grammes de chips se vend à Rs 3.50. L?attente ne dépasse pas, dit-on, quatre minutes.
Un micro-trottoir donne le résultat suivant. Un marchand de dholl puree pessimiste se plaint que travail pé tombé. Cash naïba. Caraille chaud. Bizness mangeaille ça eut payé, comme disait Fernand Raynaud. Un client rassure : Il n?y a pas comme la paire de rôti pour combler un vide à l?estomac, sur le coup de onze heures. Un vieux couple, comptant 25 ans de restauration, se plaint de la concurrence plus nombreuse, plus variée, plus féroce que jamais. Signe de croissance évident. Il vend encore son pain fourré au poulet et à la mayonnaise à Rs 3.50. Mais jusqu?à quand ? Un nutritionniste déplore la carence certaine avec pourtant trois paires de dholl puree et une boisson gazeuse. Il propose de préférence un pain et curry et un verre de lait caillé (en supposant que les conditions hygiéniques élémentaires sont respectées). Il recommande également une plus grande consommation de grains secs. Que le dholl puree soit vraiment dholl et moins pourri.
Comme dessert, quelques remarques humoristiques, si chères au regretté Emmanuel Juste : Le bol de mine bouilli à Rs 2.50 est mon plat préféré... N?oublions pas les gonages (?)... Quand menu bonne femme bicyclette, mo tape ène mine tou ni nèf roupies... Plus longue est la... queue, meilleur est le dholl puree... Le même mais au colorant jaune, ça même ki nou appelle la peinture safran lors la farine... Un nostalgique rappelle les mines dorées du père Ah Voon de la rue Moka avec so rougaille la viande salée. Tapé ça ! ...
Suivent quelques conseils diététiques. La bouffe-précipitation bloque le suc gastrique et favorise l?ulcère. Un pain fourré ça va. Deux pains fourrés bonjour les dégâts ! Bienvenue aux problèmes digestifs. Le contrôle hygiénique doit être plus sévère. Cela nous rappelle cet ancien médecin d?Etat, reconverti dans la chose publique, garantissant à un journaliste-intervieweur que les fritures, dans l?huile hebdomadaire ou mensuelle, ne représentent aucun danger pour la santé des consommateurs. Que ne fera-t-on pas pour protéger sa montagne ?
Il suffirait pourtant de créer des self-services pour contenter tant et tant. A l?entrée, le client prend son plateau et son assiette creuse que le serveur remplit de riz, de grains secs, de brède, de curry ou de rougaille, chutneys, achards et piments à volonté, dessert également, passage à la caisse obligatoire, une table de libre, le temps de la manducation et bye bye Charly. Laisse la place à d?autres. Il ne peut y avoir de mieux que la cuisine mauricienne et ses innombrables emprunts intercontinentaux. D?ailleurs, s?il y a encore quelque chose de mieux ailleurs, on peut compter sur elle pour la créoliser, illico...
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