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Habitudes
Qui d?entre nous n?est pas étroitement saucissonné par certaines habitudes? Beaucoup de gens affectionnent leurs vieux vêtements si confortables ou concoctent le même menu à intervalles réguliers. J?ai un ami, mon désaltère ego, qui est chaudement partisan de boissons réfrigérées. Chaque matin, il laisse choir deux cubes de glace dans sa tasse de thé et prend sa cervoise en ajoutant une pluie d?icebergs, crime de lèse-brasserie qui, en Angleterre, lui vaudrait un an de prison ferme et sans faux col.
Une autre source d?automatismes, ce sont les superstitions ataviques qui nous influencent au point où on se demande, lorsqu?on est présenté à de nouvelles connaissances et qu?on cherche à détendre l?atmosphère, si c?est prudent de briser la glace quitte à encourir sept ans de malheur. Et comment jauger le quantum de tortures à engranger si on se hasarde à passer sous une échelle où se tiendrait un chat noir même s?il fait un peu chat teint? Combien de grand?tantes n?ont-elles pas quitté discrètement la table en s?apercevant que les convives étaient au nombre de 13 ? (Tous ces réflexes émotifs seront traités dans ?Le Code des Tics pour grands Nerveux? que je prépare fébrilement).
Peut-on aller en ville impunément le mardi ou le vendredi, jours néfastes entre tous, aggravés par le fait que nos députés, mûs par on ne sait quel instinct grégaire, s?agglutinent à Port-Louis ces jours-là pour échanger les quolibets d?usage.
A ce propos, moi qui suis intoxiqué par la TV nationale j?appréhende le moment où les représentants du pep, émondés par la force des votes ou par absence de longévité, disparaîtront du petit écran et où on regrettera que les recherches sur le clonage humain soient si peu avancées. Nous qui sommes en pâmoison devant leur bobines, sûr que ça va nous manquer.
Au rang des mauvaises habitudes il faut citer celle qu?avaient nos parents qui nous interdisaient de nous ronger les ongles. Or, en toute logique à qui appartenaient ces ongles sinon à nous-mêmes? Est-ce qu?on s?attaquait aux ongles d?autrui? Vous voyez-vous sonnant chez une voisine, qui ressemble à la statue de la réprobation comme deux gouttes de vinaigre, pour lui demander la permission de lui ronger les siens? On était terrorisé par la menace ?de finir comme la Vénus? de Milo ou de l?Ovaltine, je ne me souviens plus très bien, comme si elle n?aurait pas été édentée en croquant ses ongles en marbre.
C?est comme sucer son propre pouce. J?avais été frappé à l?époque par le propriétaire d?une ?tabagie? à Rose-Hill doté d?un pouce énorme dont il se servait pour faire un trou dans des gâteaux-piments avec lesquels on aurait pu jouer au deck-tennis. Mais je ne lui ai jamais demandé de me laisser sucer un pouce capable pour l?auto-stop d?arrêter poids lourds et camions di sik.
On dit aussi qu?on n?oublie jamais les choses apprises quand on était gosse. C?est vrai et je suis en mesure d?affirmer que je suis remonté à bicyclette après trente ans et qu?on tombe toujours avec la même élégance.
Pour terminer, je dois vous dire, au risque de chagriner les fabricants d?agrégats et de produits dérivés que lorsqu?on a été habitué depuis l?enfance à attendre que passe le marchand de sable pour prendre sommeil, on ne peut vraiment pas s?endormir avec du rock sand.
VOLCY
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