Publicité
H. Souchon : ?ne bokassez pas les noms de nos rues, svp?
Par
Partager cet article
H. Souchon : ?ne bokassez pas les noms de nos rues, svp?
En cette fin d?année 1980, Henri Souchon se rappelle au bon souvenir des Mauriciens en général et de leurs édiles en particulier, en leur priant de ne pas ?bokasser? les noms connus, appréciés et popularisés de nos villes. A la base de cette exhortation, pleine de bon sens et de lucidité toute cartésienne, il y a le constat que ce que peuple veut, Dieu le veut également. If you can?t beat them? Portlousien de longue date, pour des raisons pastorales, il connaît l?attachement viscéral de la population pour les rues du Gouvernement, du Pouce, l?Eglise, la Rampe, l?Hôpital, Madame, Monsieur, du Rempart et, bien sûr, pour Desforges, l?Intendance, la place d?Armes, place du Quai ou Labourdonnais, l?Immigration. George Bush, en personne, voudrait qu?on donne son nom à notre Chaussée que celle-ci ne changera pas pour autant de patronyme dans le subconscient de Mauriciens qui ignorent tout ou presque du chevalier de Tromelin. Maurice ne sera plus Maurice si demain ses habitants acceptent que leur Chaussée devienne Bush Street ou même Bush Avenue.
Mais qui incite Henri Souchon à lâcher le goupillon pour sa plume vitriolique au besoin ? Tout simplement une avalanche de motions émanant de commissaires administratifs, nommés par le PTr de Seewoosagur Ramgoolam et du PMSD de Gaëtan Duval, proposant que les noms les plus connus des rues portlouisiennes soient remplacés par ceux de tribuns défunts ou bien vivants de ces deux partis. Il suffit, en effet, qu?un simple nominee politique entrouve cette boîte de Pandore, renfermant ce patrimoine mauricien, pour donner lieu à une surenchère incontrôlable. Nul ne veut se faire doubler par la concurrence. L?infortuné secrétaire de la ville, Me Razack Tegally, se retrouve en présence d?une cinquantaine de motions, proposant des changements de noms de rue, les unes plus saugrenues que les autres. D?où le cri du coeur d?Henri Souchon : ?De grâce, Messieurs les Ediles, ne bokassez pas les rues de la Cité de Port-Louis !?
Le curé de l?Immaculée Conception (fête patronale le 8 décembre) fait ici allusion à une autre ingérence politique, partisane et stupide de ce fait, ayant permis à un conseil municipal, à la solde du PMSD de Gaëtan Duval et du PTr de Seewoosagur Ramgoolam, d?octroyer la citoyenneté d?honneur de la cité de Port-Louis à l?empereur fantoche Jean Bedel Bokassa, dictateur au pouvoir au Centreafrique de 1966 à 1979, et responsable, entre autres, du massacre d?une centaine d?étudiants-manifestants. La citoyenneté d?honneur octroyée à ce sinistre dictateur, une des hontes continentales de l?Afrique, ne peut que rendre nulles et non avenues les autres citoyennetés d?honneur octroyées antérieurement et postérieurement. Ailleurs, les hommes et femmes d?honneur retournent à qui de droit les insignes d?une telle décoration pour exprimer publiquement leur refus d?être associés à un si triste personnage que Jean Bedel Bokassa. Ici, à Maurice, notre élite et intelligentzia ont trop peur de mécontenter les locataires de l?Hôtel du Gouvernement par un tel coup d?éclat. Une exception et de taille : Malcolm de Chazal refusant d?aller chercher au Château du Réduit la petite médaille d?officier de l?Empire britannique (OBE).
Le verbe, créé à l?emporte pièce par Henri Souchon (?De grâce, ne bokassez pas les rues de Port-Louis?) déplaît forcément à un thuriféraire de la coalition, ayant alors pignon sur un Hôtel du Gouvernement assez arbitraire et infidèle aux principes démocratiques pour remplacer des conseillers municipaux MMM élus démocratiquement mais démissionnaires, pour l?exemple, à la fin de leur mandat, en décembre 1979, par de simples nominees politiques baptisés ?commissaires administratifs?. Cet encenseur patenté met de côté l?aspect le plus absurde de l?affaire, à savoir le fait que des commissaires administratifs, non élus mais simplement nommés à la suite de tractations de basse cuisine partisane, s?octroient le droit de remplacer, contre la volonté de la population, certes non exprimée publiquement mais évidente et indiscutable, les noms des principales rues portlouisiennes par ceux de leurs bienfaiteurs politiques, à titre individuel d?ailleurs. Il fait ressortir, non sans une certaine logique, qu?associer le nom de Bokassa aux tribuns travaillistes et du PMSD, relèverait de la diffamation. Nenni ! puisque Jean Bedel est citoyen d?honneur de la cité de Port-Louis, par la grâce de Gaëtan Duval et Seewoosagur Ramgoolam.
Plus logiquement, un simple lecteur vole au secours d?Henri Souchon, en conseillant aux administrateurs portlouisiens de nettoyer d?abord les rues de la cité et les embellir avant de songer à leur donner le nom de respectables personnalités, incapables, en cas de décès, de refuser le déshonneur d?avoir leur patronyme associé à une rue si sale.
Mais revenons plutôt à Me Razack Tegally qui étudie toujours l?aspect légal de motions aussi obséquieuses. C?est alors qu?il découvre que selon la Local Government Ordinance, alors en vigueur, tout changement de nom de rue est par nature illégal. Le conseil légal de Port-Louis, Me André Raffray, confirme le bien fondé de sa thèse. L?affaire est close. Mais les changements des noms de rue ne cessent pas pour autant. Henri ! les bokassades continuent de plus belle. Ta plume se trouve à droite au fond du tiroir central de ton bureau qui te ressemble tellement. Bonne fête !
Publicité
Publicité
Les plus récents