Publicité
Gym and tonic
par VOLCY
?La grande tristesse du quatrième âge?, me dit mon oncle maternel, très paternel, ?c?est de voir disparaître ses médecins. C?est pourquoi il faut aller les voir régulièrement, leur prendre le pouls, s?enquérir discrètement de leur santé et de leur tension artérielle. Il faut leur dire d?exposer leur luette, de faire ah ! aaah ! de respirer à fond et, surtout, de ne pas expirer.?
Je n?ai pas ce problème car mon toubibologue est plus fort qu?un haltérophile turc, vous savez, ceux qui descendent dix yogourts par jour et vivent cent ans sous leur yourte patriarcale avec leur petite famille de soixante Kurdes.
D?ailleurs, il est si fort que lors d?une visite impromptue, où je l?avais testé mine de rien, c?est lui qui m?a dit qu?il me trouvait pâlot et patraque au lieu de matraque comme d?habitude. Quand j?ai avoué qu?au réveil j?avais des douleurs un peu partout, il m?a dit : ?Passé soixante ans, si tu te réveilles sans douleurs, c?est que tu es mort.? Réconfortant non ? Et il a ajouté : ?Tu devrais faire quelques exercices.?
J?ai pensé sur l?heure à un exercice de grammaire, de syntaxe ou de style. Car il faut vous dire que j?envisage de m?enrôler chez de Villepin pour essayer son CPE, le nôtre ne m?ayant pas réussi. Comme quoi, plus on se croit calé, plus on est recalé.
-
Tu devrais essayer de courir un peu.
-
Courir ? Derrière qui ? Toutes celles qui me tentaient m?ont semé. A mon dernier essai, j?ai été tellement distancé que je suis rentré à la nuit. Sans ma torche électrique, j?aurais été plus perdu que La Pérouse sans sa Boussole.
Après que j?ai refusé marche à pied, bilboquet et marelle, il m?a inscrit chez un premier mangeur de ferraille, comme on dit ici, mais j?ai trouvé sa gym un peu nase.
Finalement, j?ai choisi un autre transpirodrome renommé pour ses trémoussements cadencés. Dans la cour, il y a une salle basse où on se livre à une agitation chinoise dont le nom m?échappe, c?est quelque chose comme sukiaki ou sushimi ou tai chi. En tout cas, ce n?est pas japonais car il n?y a ni agitato, ni moto.
Je suis passé sans m?arrêter car j?entendais quelqu?un qui psalmodiait de façon saccadée : un, deux, trois, quatre/un, deux, trois, quatre et j?ai trouvé son arithmétique par trop limitée.
C?est à l?étage que ça se passe. J?y suis entré et j?ai découvert une troupe entièrement féminine. J?en ai dénombré 15 car je compte quand même au-delà de quatre, et me suis rappelé le dicton an-glais : ?Safety in numbers.? Tant qu?elles étaient en nombre, je n?avais rien à craindre.
J?ai regardé les diverses machines qui m?entouraient. Il y avait des VTT condamnés à l?immobilité et sans ceintures de sécurité. J?ai ensuite reluqué un rameur mécanique sur lequel s?escrimait une gente dame qui tanguait si fort qu?elle devait être près du Coin de Mire, sûrement dans les Charpentiers. Venait ensuite toute une panoplie en fonte allant du poids chiche au ?barbell? de foire. L?usage de certains instruments de torture qui auraient fait la joie des Inquisiteurs demandait à être expliqué et l?aide d?une aimable instructrice fut réquisitionnée avec succès.
C?est ainsi que j?y suis allé trois fois par semaine, toujours en minorité, de plus en plus haltéré et perpétuellement entouré d?une telle ruche féminine que je commençais à muer. Cela dura plusieurs mois, puis je revis mon médecin. Il m?ausculta, me palpa aux endroits stratégiques et triomphant, décela la présence d?un muscle insoupçonné qui, selon lui, causerait une intense jubilation chez la faculté.
- Bravo ! Tu as un muscle !
De mon côté, je l?ai trouvé un peu amaigri, le pouls erratique, avec une légère fiévrotte et des ?disco eyes? et j?ai dû le réconforter longuement, me promettant de revenir plus souvent et, qui sait, de l?entraîner à la gym où il rétablirait partiellement l?équilibre numérique des deux sexes et m?épaulerait dans mon vieux rêve de lancer un Muvma Liberasyon Zom.
Publicité
Publicité
Les plus récents