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Grandeurs et servitudes de nos musées privés

20 janvier 2008, 00:00

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Tristan Bréville avoue être tombé, enfant, dans un bain de développement photographique dont il ne cesse de ressentir, les effets transformateurs, galvanisateurs et stimulants. Obélix choisit, pour sa part, de choir, toujours enfant, dans un chaudron de potion magique, le privant à jamais de distributions additionnelles. Tous deux craignent que le ciel ne leur tombe sur la tête.

Tristan a moins de chance qu?Obélix. Le ciel le gratifie, via le Hawker?s Palace, d?une demi-douzaine de panneaux vitrés pesant chacun sa demi-tonne, éventrant la toiture séculaire, lui tenant lieu de protection contre la colère céleste, écrasant, entre autres trésors, sa collection unique et inestimable de documentaires d?avant l?indépendance sur Maurice, collection qui, en dehors des Bréville et de quelques amis, n?intéresse personne ou presque à Maurice.

Le ciel de Maurice vous en veut, Tristan et à Marie-Noëlle Bréville. Votre crime impardonnable : faire à vos frais, risques et périls, ce que moult fonctionnaires, payés de fonds publics, refusent de faire, car leur devise demeure : ne rien entreprendre pouvant mettre à péril leur sinécure autrement dit ne se livrer à aucune activité n?entrant pas dans leur Scheme of service. Exemple : la loi ordonne aux Archives de conserver les imprimés mais ne pipe mots des photos. Résultat : le musée de la Photographie est à la merci des panneaux vitrés du Hawker?s Palace et non pas à Coromandel ou à la bibliothèque nationale.

C?est dire qu?au-delà des larmes de crocodile, copieusement versées sur le musée de la Photographie depuis « un accident de chantier est inévitable », nombreux sont ceux, fonctionnaires ou pas, dont ceux du ministre des Arts et de la Culture, à se réjouir du malheur s?abattant sur vous et sur votre musée de la Photo. « Ça vous apprendra à vouloir être plus grand Pétaud que les autres », déclarent à qui veut l?entendre les moins hypocrites parmi nous.

Très chers Marie-Noëlle et Tristan, sachez que les envieux qui vous entourent et qui vous vouent à toutes les malédictions, ne vous pardonneront jamais, non pas de réussir car longue est encore la route à parcourir avant d?atteindre ne serait-ce qu?une partie des objectifs que vous vous êtes si courageusement fixés, mais de nous rappeler constamment notre médiocrité en dépit des énormes moyens, souvent financiers, pourtant à notre disposition.

Rares sont ceux à savoir, à comprendre, que les promesses officielles non tenues vous blessent autant que cette demi-douzaine de panneaux vitrés éventrant le toit de fortune de votre tête et sur celle de votre cher Musée. Pourriez-vous seulement interroger l?île Maurice profonde, celle de la plus grande jalousie et de la plus grande mesquinerie, que vous ne seriez peut-être pas surpris d?entendre sa réponse ignominieuse : « Dommaz ki panneaux-là pas fine réssi craze tout Misée ène sèl coup ! »

Malédiction imméritée

Vous verrez que certains pousseront le toupet jusqu?à vous accuser de vouloir vous enrichir (?) encore, en exploitant cette inqualifiable chute de matériaux de construction. Vous n?avez pas encore sondé la profondeur de la méchanceté faite homme, faite mauricienne. Dans votre malheur, on continue à vous en vouloir parce que le roseau, que vous êtes heureusement, a seulement plié mais ne s?est pas rompu à jamais, pendant cet accident de travail. On vous reprochera encore qu?il n?y ait pas eu mort d?homme. La vôtre, sans doute.

Non seulement votre Musée n?est pas mort comme le souhaitent hélas tant de Mauriciens et non des moindres, mais nous savons que vous saurez trouver, dans le meilleur de vous-même, le ressort voulu pour repartir d?un meilleur pied. Les sarcasmes ne manqueront pas devant vous dans la route à poursuivre. Espérons seulement qu?ils s?accompagnent aussi de promesses d?aides sonnantes et trébuchantes et qui ne soient pas seulement des promesses, encore plus maléfiques et plus trompeuses que celles politiciennes et ministérielles.

C?est sans doute le moment propice de demander publiquement ce qu?il en est des promesses qui furent faites, lors de la dernière visite de Navin Ramgoolam au Musée de la Photographie. Comme l?île Maurice des collectionneurs et des propriétaires de musées privés aurait été heureuse et réconfortée d?apprendre que, dès son arrivée à Maurice, toute affaire cessante, Navin Ramgoolam a accouru au Musée de la Photo pour constater les dégâts irréparables causés à votre Musée, par cette chute de panneaux vitrés.

Marie-Noëlle et Tristan Bréville. Le malheur s?abat cruellement sur votre tête. Malédiction imméritée. Nous ne pouvons que vous dire que grandit incommensurablement notre admiration pour tout ce que vous êtes et pour tout ce que vous faites pour une île Maurice, jamais plus ingrate et ne méritant pas de vous avoir comme fils en sol. Que voulez-vous? Il n?est pas donné à tout le monde d?être apatride?

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