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Gordon Pacha et l?île Maurice de 1882
Nous abandonnons temporairement notre série consacrée aux esclaves et à leurs descendants dans l?histoire de notre pays, pour relire un dossier bien travaillé et finement rédigé par la regrettée Micaëlla de Souza, dossier consacré à l?île Maurice de 1882.
Elle commence par les v?ux de bonne année et se fait l?écho de ceux adressés à la Commission de Santé (à ce ministère, dirions-nous aujourd?hui) pour qu?elle accorde plus d?attention aux endroits les plus insalubres, comme nos futures villes des Plaines Wilhems mais aussi la Montagne Longue, la Pointe aux Piments, Arsenal, les Pamplemousses, bref les localités où sévissent des mares. Un autre souhaite tout simplement moins de nullités au conseil municipal de Port Louis. Les hauts fonctionnaires sont invités à avoir moins de complaisance pour les plus grands intrigants.
Un autre article met, déjà, en garde contre la politique des petits cadeaux qui entretiennent certes l?amitié mais qui font oublier les devoirs. Il dénonce ceux qui lorgnent la fonction du maire, dotée d?une rémunération mensuelle de Rs 400, sans parler de la lubrification des phalanges, selon le terme concocté par notre Volcy national, et le plaisir de gueuletonner à loisir.
On réclame au maire nouvellement désigné la création d?une école d?arts et métiers ?devenue indispensable pour le salut des jeunes gens sans emploi?. (N.B. Les jeunes filles devront attendre encore un siècle).
1881 n?a pas été l?année de la fin du monde par catégorie d?êtres humains prédite par un certain Aretino. Elle n?a pas été plus lugubre que les autres, bien que témoin de bien des problèmes nouveaux ou chroniques. Le racisme et l?étroitesse de vues, les mesquineries font que la société mauricienne est malade. ?La misère tant morale que matérielle du prolétariat est navrante qu?il s?agisse de petits blancs, d?anciens esclaves ou d?engagés. Et pour y remédier rien que l?action forcément limitée de quelques bénévoles...? (N.B. action sur laquelle nous crachons volontiers en la taxant a priori de paternalisme, d?occidentalisme, de déracinement culturel).
Certains vivent. D?autres vivotent. On survit aux fièvres et maladies contagieuses qui, pour n?être plus épidémiques, n?en sont pas moins endémiques.
Pour se distraire, il y a le théâtre, les régates, les concerts, les soirées de prestidigitation. Les gens de la haute société vont aux bals donnés par les Anglais. On y danse valse et polka. Les Mauriciennes ont des roses ou des camélias aux cheveux. Nos journalistes décrivent leur toilette. Avis à notre presse people.
On voyage par train en dépit des retards ferroviaires ou encore par carriole. Par temps de pluie, celles-ci sont de véritables paniers percés.
Le matérialisme et l?esprit de compétition sévissent déjà. Le prêtre tonne en chaire : ?Si les Mauriciens comprenaient mieux leurs devoirs, on ne verrait point ces haines suscitées par l?ambition, le désir de dominer, ces distinctions basées sur la couleur, sur la position, sur la fortune, sur tant de futilités humaines?. Belle occasion de saluer le premier anniversaire du décès de l?abbé Xavier Masuy, qui mérite autant que son ami, le Père Jacques Désiré Laval, le titre d?Apôtre de Maurice. On loue encore, un an après sa mort, son sens chaleureux du contact humain et son sens de l?humour. Il est une des rares personnes des années 1880 à s?intéresser aux enfants.
Le Yamsé attire, en 1882, près de 60 000 personnes. On renouvelle les critiques contre cet officier de police ne parvenant pas à maîtriser son cheval ni à l?empêcher de se livrer à de terrifiantes ruades. On estime que ce Butler n?a pas les aptitudes qu?il faut pour agir comme inspecteur de police. On devrait au moins lui interdire de brandir son sabre. Il finira par se couper le cou.
Un accident affreux endeuille tristement la cérémonie si populaire de la marche sur le feu. Une hutte prend feu. Les neuf participants s?y trouvant, périssent dans les flammes.
Sens de l?honneur ou pas, les duels ont toujours cours et souvent pour des banalités. Un surintendant de police se donne la mort pour des raisons plutôt obscures. On parle d?irrégularités dans la caisse de la police. Le caissier soutient que l?argent manquant a été remis au surintendant à titre d?avance. Ce dernier se reproche son contrôle trop laxiste. Une promotion lui passe sous le nez. C?en est trop. Malgré son jeune âge (42 ans) et ses deux filles mariées, il se tire une balle dans la tempe.
On s?interroge sur la raison véritable du séjour, à Maurice, du colonel G. Gordon. Il enquête, paraît-il sur la valeur stratégique de Maurice. D?autres parlent de son exil car il embarrasse trop de gens haut placés à Londres. L?Histoire lui donne déjà plusieurs noms : Gordon le Chinois, Gordon Pacha, Gordon le Pacificateur malchanceux. C?est un soldat doublé d?un voyageur. Sa carrière militaire commence en Crimée. En Chine, il réprime une insurrection contre l?Empereur. Un jour, il fait le croquis d?un fort rebelle, dédaignant les balles de fusil qui sifflent à son oreille. La Chine fait de lui un mandarin de première classe. De retour en Angleterre, il s?occupe, mieux que Baden Powell, des enfants de rue pourtant innombrables. On l?envoie en Orient. Il remonte le Nil. Il acquiert le titre de pacha. On lui demande de mettre fin à la traite des esclaves au Soudan. Cette mission le dégoûte. L?esclave ainsi libéré s?empresse d?acquérir à son tour des esclaves. Il délaisse le poste de secrétaire du vice-Roy des Indes pour retourner en Chine et empêcher Chinois et Russes de s?entretuer, déjà ! Et c?est lui qu?on exile à Maurice.
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