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Gobe-tout : pas si bêtes qu?ils n?ont l?air

21 mars 2004, 20:00

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SI le moralisateur ne mâche pas ses mots, il peut en d?autres circonstances aussi négliger ce mouvement de mâchoires. Quand il gobe. Non les habituels bobards, mais des huîtres. Le dictionnaire précise que gober veut dire avaler sans mâcher. L?action trouve d?ailleurs sa place en littérature par exemple dans l?Huître et les Plaideurs de Racine.

Dans le monde animal on gobe aussi. Un oiseau porte même le nom de gobe-mouches et prend les insectes au vol tout comme le fait notre salangane dite zirondel bambou. Les jeunes jouissent du même menu et l?on peut dire qu?ici l?avaleur n?attend pas le nombre des années.

Devrait-on assurer aussi que le crapaud gobe ? Il attrape prestement une bestiole d?une langue agile et ferme les yeux en avalant l?air de bien déguster. Il ne s?agit toutefois là que d?un clin d?oeil contraint par l?anatomie des pièces buccales.

Et quid du serpent ? Certains avalent une souris toute entière sans mâcher mais la lenteur de l?action, la présence de dents ne permettant le passage du rongeur que dans une direction, empêchent le reptile d?avoir le même style que le volatile.

Ajouter d?autres exemples serait fastidieux mais faisons un clin d?oeil à la légende du gros poisson gardant un homme vivant trois jours dans son estomac. Y croyez-vous ?

On trouve plus de variété dans l?action quand le menu est consommé par petits morceaux. Et aussi quand le mangeur ne se contente pas de chair mais ajoute au repas d?autres parties du corps comme peau et poils. Ainsi la technicienne d?intérieur (autrefois dite ménagère) se réserve des surprises l?hiver venu en ouvrant ses tiroirs si elle n?a pas protégé ses lainages par des produits anti-mites. Les assaillants sont des larves de papillons tout à fait ternes.

Mais la plupart des amateurs d?un régime animal se fient à la chair fraîche, et même encore vivante. Ne faites pas trop la moue car l?huître que vous gobez n?est pas morte. Elle réagit d?ailleurs au jus de citron qu?on lui ajoute.

La chair est bien fraîche tant que l?animal vit ! C?est pourquoi une guêpe amie injecte un de ses oeufs dans une chenille ennemie qui parasite nos cultures. A l?éclosion sa larve dispose de chair fraîche. Quand elle devient un adulte prêt à voler de ses propres ailes, il ne reste plus du garde-manger ambulant que de la peau. Mais le mangeur n?est pas à l?abri car il peut à son tour être parasité, ce qui a inspiré les lignes de Jonathan Swift se terminant par :?And these have smaller fleas to bite them And so on ad infinitum?

Un autre style de consommation est pour un bel échantillon, dit tantarik vert, de choisir un cancrelat qu?il paralyse avant d?y déposer des oeufs. La guêpe maçonne, une proche cousine, paralyse plutôt des araignées qu?elle enferme dans ses cellules de boue, pour servir de pâture à sa progéniture. Vous avez dû remarquer que cette maçonne est dotée d?un abdomen très fin, et un compliment équivalant à taille de guêpe est lérin tantarik.

Avant que larves ou adultes ne dégustent la bonne chère il faut attraper la chair appropriée. Une recette britannique pour cordons bleus dit même avec un brin d?humour pour un civet de lièvre : ?first catch your hare?. Les pa-rents des larves que nous avons vues doivent donc faire l?effort de la capture. Mais dans d?autres cas la chair vient s?offrir elle-même. Ainsi le mâle de la mante religieuse et celui de diverses araignées sont consommés par la femelle après usage. Belle mort dites-vous peut-être ! Mais il faut avouer qu?un partenaire s?offrant en sacrifice après consommation manque un peu de savoir-vivre.

La plupart des animaux ne sont pas ainsi favorisés par une présentation sur plateau et doivent se mettre en quête du menu. Les plus paresseux attendent à l?affût. Un petit plus est de tenter la proie par un leurre. C?est ce que fait le poisson pêcheur dit chez nous ?laf 5 doa.? Il le dandine devant sa gueule grande ouverte. Une tortue d?eau douce fait mieux et c?est sa langue qui est déguisée en leurre. Le gourmand qui se laisse tenter est un candidat au suicide.

Une autre façon de tromper est celle du poisson trompette qui trompe énormément. Il s?installe sur le dos d?un poisson perroquet dont les habitants du récif ne se méfient pas et, une fois arrivé à portée, descend de sa monture pour happer un déjeuner.

Ce n?est pas vraiment de l?affût dites-vous si vous êtes un maniaque des subtilités. Aussi passons au crapaud qui attend patiemment. Une langue aussi experte que collante se plaque contre une bestiole acceptable et la ramène au gosier. Quant au caméléon, son style est encore plus médiatique car sa langue ainsi projetée a inspiré nombre d?images et de commentaires. Et pas de la part de mauvaises langues.

?La chair est bien fraîche tant que l?animal vit ! C?est pourquoi une guêpe amie injecte un de ses oeufs dans une chenille ennemie qui parasite nos cultures.

A l?éclosion sa larve dispose de chair fraîche. Quand elle devient adulte prêt à s?envoler, il ne reste plus du garde-manger ambulant que de la peau.?

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