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Gita Lutchigadoo : “Je suis une victime d’Antoine Chetty”
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Gita Lutchigadoo : “Je suis une victime d’Antoine Chetty”
Gita Lutchigadoo sort de son silence. La femme d’affaires, de la route Bassin, à Quatre-Bornes, qui défraie la chronique depuis une semaine a hier donné sa version.
Aux allégations de Jeetendra Jhungee, alias Carol, concernant des fraudes foncières formulées contre elle et ses enfants, elle riposte : “Nous avons travaillé dans l’honnêteté et nous n’avons rien à nous reprocher.” Selon elle, c’est Antoine Chetty, animé d’une vengeance personnelle à son encontre, qui se cache derrière ces allégations.
Gita Lutchigadoo va plus loin. C’est son accusateur, Jeetendra Jhungee, qui serait le cerveau dans l’affaire des transactions foncières illégales. Si elle admet avoir travaillé de même que sa fille chez le notaire Vinay Deelchand, elle dit ne pas connaître Hervé Janvier, la dixième victime empoisonnée au cyanure à St.-Paul, Phoenix.
En fait tout commence vendredi dernier. Ce soir-là, une filature signée depuis une semaine par les hommes de l’inspecteur Hector Tuyau de l’Anti-Drug & Smuggling Unit (ADSU) de Port-Louis se solde avec succès. Deux personnes sont appréhendées dans un bungalow à Flic-en-Flac.
Ils sont le constable Bhupendra Auckhaj, 37 ans et affecté au poste de police de Moka, et Jeetendra Jhungee, un sans domicile fixe de 44 ans. Le premier est provisoirement accusé de “forgery” tandis que le second, recherché par la police, répond d’une accusation provisoire d’usage de faux. Ils sont aussi accusés d’avoir tenté de déposséder un certain Frank Marion de son terrain à Médine.
Samedi, lors d’un raid chez le constable Auckhaj à Camp-Thorel, des affidavits, des procurations et des actes de vente sont saisis.
Le nom de Gita Lutchigadoo est cité pour la première fois par Jeetendra Jhungee comme étant un des complices des fraudes de terrain. La femme d’affaires choisit de s’expliquer hier.
Née Ramkelawon, elle est âgée de 46 ans., mariée à un entrepreneur et mère de six enfants, dont Saraswatee, 26 ans et Dhunrajoo, 25 ans, aussi cités par Jeetendra Jhungee, comme étant ses complices.
C’est après avoir été employée par le notaire Yogen Nuckcheddy comme courtier, que Gita Lutchigadoo se lance dans des transactions foncières. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance du notaire Vinay Deelchand. Etant un “hard worker”, elle lui déniche des clients. Elle rencontre Antoine Chetty dans le bureau du notaire Deelchand. Il lui demande de venir travailler chez son beau-père, le notaire Lallah, mais elle refuse.
<B>À son propre compte</B>
Puis Gita Lutchigadoo se met à son propre compte. En 2002, un employé de banque l’approche pour l’achat d’un terrain. Il fait un versement de Rs 50 000 mais ne pouvant honorer ses engagements, il demande à être remboursé.
Le banquier, qui serait un proche ami de Chetty, approche ce dernier pour faire pression sur Gita Lutchigadoo. Sept gros bras auraient alors débarqué à son domicile... Elle en parle au notaire Deelchand qui lui aurait conseillée de “pa perdi letan al station”. Puis elle restitue lesRs 50 000 à l’employé de banque au poste de police de Vacoas tout en consignant une entrée. Elle demande des explications à Chetty qui lui aurait alors dit “mo finn avoy zot pou gagn enn lavi” avant de la menacer “si zot ale get lapolis pou ena boul rouz”.
En 1998, Gita Lutchigadoo fait l’acquisition d’un terrain d’un arpent et 52 perches pour Rs 700 000 au nom de sa fille, Saraswatee, par l’entremise de Jhungee. Elle verse Rs 300 000 mais c’est en mai 2004 et après avoir réglé la totalité qu’elles obtiennent le contrat.
Pour les formalités, elles se rendent, à la demande de Jeetendra Jhungee qui se proclame “ene ti noter”, au bureau du notaire Marcel Joson mais ce dernier est absent. Jhungee les introduit à une personne qu’il préseente comme le mandataire du vendeur Oogur. Et c’est dans un couloir du bâtiment abritant le bureau du notaire Joson que les formalités sont accomplies, Jhungee donnant lui-même lecture de l’acte de vente.
<B>Les éloges de Deelchand</B>
Quant au terrain de la famille Ramdenee vendu à Dhunrajoo Lutchigadoo, Gita Lutchigadoo explique que c’est son fils qui a payé à Rs 400 000 et Rs 450 000 de sa poche pour deux portions de 20 et 22 perches respectivement. Elle affirme que Jeetendra Jhungee lui doit environ Rs 1 million et qu’elle l’a menacé de “met li Fraud Squad”.
En revanche, Gita et Saraswatee Lutchigadoo ne tarissent pas d’éloges sur le notaire Deelchand, le qualifiant “d’honnête homme et d’intègre avec lequel elles travaillaient en toute légalité”. Saraswatee, employée à l’étude Deelchand, de 1999 à 2003, ajoute : “Li enn bon dimoun ki tou letan ti ed dimoun mizer” alors qu’Antoine Chetty “ki ti vir dan lezanviron biro noter Deelchand ti ena ene alir lous et ti pe frekant enn ta figir”.
Gita Lutchigadoo concède avoir eu un problème avec un propriétaire mais qu’elle a été blanchie par la suite.
Pour dissiper tout malentendu, Gita Lutchigadoo et ses deux enfants, qui ont retenu les services de Me Joy Beeharry, comptent se rendre aux Casernes centrales pour donner leurs versions des faits.
INTERROGATOIRE
<B>Le policier Auckhaj explique ses relations avec Janvier</B>
■ Boopendra Auckhaj, le policier arrêté dans le cadre de l’enquête sur le suicide de St.-Paul, s’est expliqué hier sur ses relations avec Janvier, un des suicidés, qui aurait eu des liens avec les notaires Joson et Deelchand. Les enquêteurs voulaient des explications sur des documents que le policier a remis à un habitant de St.-Pierre et dont certains portaient le nom du suicidé Dhayam. Interrogé pendant plus de quatre heures par l’ASP Nunkoo, le DI Joseph et l’inspecteur Rughoonunden, en présence de son avocat, Me Radhamohun Nunkoo, le policier a expliqué qu’il connaissait Janvier sous le nom de Labonté. Celui-ci se serait présenté chez lui pour louer un bungalow à Flic-en-Flac appartenant à son neveu qui se trouve en Italie. Il l’a loué il y a environ cinq mois à Labonté. pour Rs 2 000. Selon Auckhaj, Labonté a subitement disparu, raison pour laquelle les policiers qui l’ont accompagné pour une perquisition du bungalow ont dû enfoncer la porte. Le suspect maintient que ses relations avec le dénommé Labonté étaient strictement de propriétaire à locataire. Or, le policier avait été mis sous surveillance et arrêté après qu’un habitant de St.-Pierre eut remis à la police des documents, dont certains portent le nom du suicidé Dhayam. Le policier Auckhaj a reconnu les documents. Il explique qu’ils étaient en la possession de Jeetendra Jhungee qu’il avait aidé lors d’un déménagement. Il a gardé les documents et les a remis à l’habitant de St.-Pierre en attendant que rentre le vrai propriétaire des documents, qui se trouve en Grande-Bretagne. Le policier a aussi parlé d’un vieux contrat de terrain trouvé chez lui et qui semble être un faux. Il proviendrait d’une personne qui voulait lui vendre son terrain. Il l’avait pris pour des recherches sur le propriétaire. Il dit avoir finalement refusé d’acheter le terrain et que le document est resté chez lui. Auckhaj, qui avait gardé le silence depuis son arrestation, a parlé hier après que les enquêteurs eurent procédé à certaines vérifications. D’autres vérifications seront menées sous peu. Son avocat a demandé la remise en liberté de son client. Une décision sera prise à ce sujet aujourd’hui.
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