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Gestion de l?énergie pour une île Maurice durable

9 juillet 2008, 00:00

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Thomas Jefferson affirmait qu?il est sain pour chaque génération de questionner les dogmes et les acquis de la génération précédente. Il en est de même pour notre notion du développement. Y compris celle dite «durable», vulgarisée par Brundtland à la fin du siècle dernier.

Il ne peut y avoir de développement sans énergie. Ni ne peut-on y parvenir en appliquant le modèle du siècle dernier. Le réchauffement climatique a complètement changé la donne. Il faudra réinventer notre paysage énergétique.

Toutefois, l?économie tarde à prendre conscience de cette réalité écologique. Si le prix du pétrole monte, ce n?est pas à cause de l?intégration du coût environnemental. C?est l?effet combiné d?une croissance de la demande, d?une réticence à augmenter l?offre, de multiples facteurs géopolitiques et d?une spéculation outrancière. Tant mieux pour les énergies durables?

Pas de crise énergétique</B>

Il n?y a donc pas de crise énergétique. Rien de comparable avec la situation suite à la guerre du Kippour, à la révolution iranienne ou encore au lendemain des conflits du Golfe! Par contre, nous souffrons d?une crise de la gestion de l?énergie liée à des incohérences au niveau de la politique énergétique.

Stern nous rappelle qu?il faut agir maintenant au risque, sinon, de voir le PIB mondial descendre de 5% annuellement. Ce sont les pauvres, où qu?ils soient, qui seront les plus affligés par les effets du changement climatique. C?est là que le concept d?Energy Management, ou la gestion de l?énergie, trouve sa pertinence.

La gestion de l?énergie est une tentative systématique, et systémique également, d?optimiser l?utilisation de l?énergie à travers le management et la technologie, afin d?atteindre des objectifs économique, social et environnemental. Elle est fondée sur la prise en compte de manière intégrée des «5 E» : Energie, Engineering, Economie, Environnement et Ethique.

L?énergie est d?abord une ressource naturelle. Le potentiel énergétique est transformé grâce à l?ingénierie. À la valeur économique de l?énergie s?ajoute désormais une empreinte écologique. Cette approche globale de la gestion de l?énergie inclut aussi une dimension socio-éthique. Les renouvelables et l?efficacité énergétique ? qu?on appelle aussi, prétentieusement, la «maîtrise» de l?énergie ? sont invariablement les deux piliers sur lesquels reposent toutes les stratégies de la gestion de l?énergie.

MID</B>

Dans le contexte mauricien actuel, la gestion de l?énergie est l?outil par excellence dont nous avons besoin pour faire de Maurice une île durable (MID). Du transport au tourisme en passant par le textile, la gestion de l?énergie est une méthodologie capable de concilier les intérêts économique, social et environnemental. Qu?il s?agisse de la réinvention de notre industrie de la canne, de l?aménagement du territoire, de la coopération régionale ou de la question des déchets, nous ne pouvons faire l?impasse sur les «5 E» de la gestion de l?énergie.

Le budget 2008 est prometteur. Même si le concept de MID semble y être réduit à des mesures liées aux renouvelables, le fait est qu?il n?y a pas de MID sans gestion de l?énergie. Et celle-ci peut être le véhicule d?une transformation dans tous les secteurs favorisant l?application du concept MID !

Avec les structures, les logiques et les habitudes d?une autre ère, il sera difficile de mettre en ?uvre efficacement la gestion de l?énergie. Le projet MID doit s?offrir non seulement les moyens financiers de ses ambitions, mais aussi les supports institutionnels et administratifs appropriés. Relevons ici cinq difficultés, souvent des incohérences, qui illustrent que nous avons aussi à penser, et à agir, autrement si nous devons faire de la gestion de l?énergie une réalité.

Cinq difficultés</B>

  1. Il faut impérativement accélérer le re-engineering du secteur de la canne. Augmenter la production d?électricité et d?éthanol à partir de la canne est une priorité absolue. Or sans une coordination transversale et un consensus national, impliquant tous les partenaires, cet aspect crucial du projet MID ne serait qu?une illusion. À défaut d?une action urgente, nous risquons de nous retrouver avec une centrale à charbon de 110 MW et deux moteurs à diesel de 40 MW comme les premières étranges concrétisations de l?ère MID. Sinon, c?est un black-out qui nous guette?

  2. Le transport, qui est responsable de la moitié de nos importations de pétrole, est un domaine que nous ne pouvons moderniser sans évoquer la gestion de l?énergie. Non seulement l?éthanol cannier doit y trouver bon usage, mais il faut développer les moyens de lier la volonté du gouvernement de promouvoir des véhicules hybrides au programme de remplacement des bus du transport public. Dans le long terme, un mode alternatif de transport de masse fonctionnant à l?électricité générée à partir de renouvelables ne fera que mieux traduire dans la réalité la vision du projet MID.

  3. Peut-il y avoir de MID sans investissement dans la recherche ? Allant de la combustion des résidus de la canne à la gazéification de la bagasse en passant par l?impact de l?introduction de l?heure d?été ou la climatisation à partir de l?eau froide de l?océan, il y a l?urgence d?une synergie des compétences locales impliquant l?UoM, l?UTC, le MRC, le MSIRI et d?autres partenaires privés et publics. Sans oublier les possibilités de coopération tant régionale qu?internationale.

  4. Point de MID également si nous n?arrivons pas à forger une vision commune en favorisant la participation de tous les partenaires dans la prise de décision. Penser pour les autres au lieu de penser avec eux ne peut que rendre impossible l?acceptation des mesures de MID. Celles-ci ont la caractéristique de demander des efforts individuels immédiats dans le but d?un bénéfice commun pérenne, souvent lointain. Les principes de responsabilité, de solidarité et de globalité doivent faire partie de notre culture. Outre l?avenir de l?industrie de la canne et l?introduction de l?heure d?été, l?incinération des déchets est un autre exemple où la concertation doit primer. Un Grenelle local sur MID en 2008 ne fera que rendre plus crédible l?idée d?un World Ecological Forum en 2010.

  5. Last but not least, il faut appeler les politiques de tous bords à placer le projet MID au-delà de tout enjeu bassement partisan. Quel que soit le gouvernement en place, MID ne doit pas faire les frais des règlements de compte entre démagogues de bas étage. Et encore moins être une occasion de caser des petits copains avec des mérites douteux. Ce projet qui nous mènera à l?autre bout de ce siècle ne nous appartient pas. C?est une dette que nous avons envers nos enfants. Et c?est un laboratoire pour le monde car, comme l?affirme Joël de Rosnay, si l?île Maurice peut, le monde pourra.

Conclusion</B>

La gestion de l?énergie en analysant les «5 E» est proposée comme un cheval de Troie afin d?introduire dans tous les secteurs le concept de MID.

L?énergie est une ressource indispensable. Sans elle, rien n?est possible. Avec elle, nous créons des matières premières, gagnons du temps et produisons de la connaissance. L?île Maurice a un potentiel en énergies naturelles, y compris humaines, qui est formidable. Importer des énergies fossiles à un prix phénoménal pour polluer notre île et notre planète est tout simplement inacceptable comme politique. La solution se trouve dans la gestion de l?énergie.

Afin d?arriver à cette fin, il faut revoir le mécanisme décisionnel et la capacité de mise en ?uvre des institutions existantes. Une meilleure coordination est essentielle. Un changement de paradigme s?impose.

Plus qu?un Observatoire de l?Énergie dont les attributs seront limités ? ne couvrant pas le transport, par exemple ? il nous faut une instance facilitatrice qui dynamisera la pratique de la gestion de l?énergie dans l?objectif de faire de Maurice une île durable. La création d?un Energy Management Office(EMO) sous l?égide d?un nouveau ministère de l?Énergie doté de pleins pouvoirs est proposée.

Avec la tenue du Grenelle local dans les plus brefs délais, nous ne tarderons pas ainsi à voir le projet MID se concrétiser? si nous nous donnons les moyens de nos ambitions.

<B>Khalil ELAHEE

M.A (Cantab); PhD, université de Maurice</B>

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