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Geneviève Johnson ou comment sauver la biodiversité
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Geneviève Johnson ou comment sauver la biodiversité
GENEVIÈVE JOHNSON est passionnée par le monde marin et elle le vit pleinement. Depuis quatre ans, l?Australienne de 34 ans a abandonné la terre ferme de Melbourne pour vivre à bord du voilier américain Odyssey et ainsi étudier les océans par le biais des cachalots.
Auparavant, elle inculquait des notions d?éducation environnementale à des élèves du secondaire. ?Très peu d?écoles en Australie enseignent cette matière au secondaire. L?éducation environnementale n?est pas en vogue, tout comme l?environnement n?est la priorité de personne. J?aimais l?enseignement mais je sentais que les contraintes de la classe ne me permettaient pas de faire passer mon message de préservation de l?environnement que je destinais au plus grand nombre. Je me suis dit qu?en n?étant plus dans le système éducatif, je parviendrais probablement à toucher un plus grand nombre.?
Elle a des idées en tête mais n?arrive à les concrétiser que quand son mari, Chris, qui est photographe, décroche un contrat du Dr Roger Payne, fondateur de l?organisation non gouvernementale américaine, Ocean Alliance, qui possède l?Odyssey. Chris doit faire des photos au cours d?une expédition du voilier au Mexique. Sachant que sa femme aimerait visiter le bateau qui se concentre principalement sur la recherche scientifique, il convainc le Dr Payne de l?inviter à bord.
Le courant passe si bien entre l?éminent chercheur et Geneviève qu?elle reste à bord pendant trois semaines. Elle obtient même l?autorisation d?animer une téléconférence pour ses élèves, du voilier. Le Dr Payne est si impressionné par la réaction des élèves qu?il veut étoffer le volet éducatif des travaux de l?Odyssey et engage Geneviève et Chris pour s?en charger. C?est l?occasion pour la jeune femme de donner sa démission à l?école.
Chris et Geneviève développent alors ?Ocean Encounters? : un site Internet sur lequel ils relatent le voyage de l?Odyssey et évoquent leurs découvertes en matière de cachalots. ?Le site est réactualisé deux fois la semaine et permet aux écoliers de suivre notre trajet et de vivre nos expériences presque aussitôt que nous les vivons.?
Mammifère charismatique
A chacune de leurs escales dans un pays, ils invitent des collégiens à venir visiter le voilier et partagent leurs expériences. ?La baleine est un vaisseau amiral parfait pour conscientiser sur la protection d?autres espèces marines moins attrayantes. Sir Peter Scott, le fondateur du World WildLife Fund disait que si nous sommes incapables de sauver des baleines, nous serons incapables de sauver quoi que ce soit. Et c?est vrai.?
Si Geneviève possédait déjà de solides connaissances en matière d?environnement marin, les quatre années passées à bord de l?Odyssey lui ont appris énormément. Elle a dû se familiariser aux tempêtes côtoyées au large du Sri Lanka et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. ?Nous n?avons jamais été en danger mais on ne sait jamais avec l?océan.?
Si jusqu?ici Geneviève a vu plusieurs milliers de cachalots d?espèces différentes, à chaque fois qu?elle en voit de nouveaux, elle éprouve le même sentiment d?excitation. ?Pour moi, une baleine représente la beauté et la magnificence de la nature. Quand je la vois, je réalise que les humains ont tendance à se placer sur un piédestal et croire qu?ils contrôlent la planète alors qu?en réalité, ils font partie du système et ne contrôlent rien du tout. Au contact de la baleine, je réalise qu?à part les humains, il y a d?autres créatures qui méritent de vivre en paix.?
C?est ce qu?elle explique aux écoliers visitant l?Odyssey, en mettant l?accent sur l?impact négatif des comportements irresponsables des humains. Elle fait allusion aux filets dans lesquels les mammifères marins s?empêtrent et meurent, aux sachets en plastique flottant sur l?eau, dont l?ingestion leur est fatale, et à la pêche à la baleine. Bien que cette activité soit bannie d?un point de vue commercial par l?International Whaling Commission, trois pays, en l?occurrence le Japon, l?Islande et la Norvège la poursuivent en prétextant que c?est pour la recherche scientifique.
?La pêche à la baleine a tellement été pratiquée que des espèces sont en voie de disparition. Je pense au Northern Right Whale dont il ne reste plus que 300 et à la baleine bleue, réduite à une population de moins de 2000. Je crois qu?il est possible de faire de la recherche sans les tuer. C?est ce que fait l?Odyssey. Nous étudions la génétique, l?acoustique, la toxicologie et le comportement des cachalots vivants et notre recherche est nettement plus détaillée que la recherche de ceux qui sont censés les tuer pour les étudier.?
Activité d?écotourisme
Geneviève estime que les pays, comme Maurice, ayant la chance d?avoir des baleines dans leurs eaux territoriales pourraient développer le?whale watching? comme une activité d?écotourisme.?Ces pays pourraient se lancer dans un whale watching industry qui permettrait de préserver les baleines. Pour cela, il faudrait que cette activité soit réglementée et lesdits règlements appliqués. Ne pas appliquer les règlements équivaudrait à les effrayer au point de les faire fuir la région. Je suis sûre qu?en appliquant les règlements, il y toutes les chances que les baleines s?approchent des bateaux pour voir qui les regarde. Je crois que Maurice a une opportunité fantastique de démarrer une whale watching industry basée sur l?éducation et la conservation des espèces et qui serait un apport économique substantiel.? Elle compte aborder ces questions avec les ministres de la Pêche et du Tourisme quand elle les rencontrera.
L?équipage de l?Odyssey réussit parfois à mesurer la portée de ses messages : les autorités de la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont décrété leurs eaux territoriales sanctuaire pour les baleines. Ensuite, une école de cet état d?Océanie s?est sentie si concernée par la mort d?animaux marins causée par l?ingestion de sachets en plastique que les écoliers ont négocié avec les supermarchés pour une action de recyclage des sachets. A Kiribati, groupe d?îles dans le Pacifique, les éducateurs ont fait introduire l?environnement marin et la préservation des baleines dans le programme d?études scolaires.
De telles actions ne se produisent toutefois pas tous les jours. Geneviève reconnaît qu?elle est parfois découragée par la lenteur à faire bouger les choses. ?On ne peut changer les mentalités facilement. Les gens n?agissent pas mal consciemment mais le font par ignorance. S?il est vrai qu?il appartient aux gouvernants de légiférer pour apporter des changements, je crois qu?il est important d?éduquer la prochaine génération dans laquelle se trouvent les décideurs de demain. Une fois en place, ils pourront prendre des décisions responsables.?
Ces quatre ans ont mis le couple de Geneviève à rude épreuve car à bord de l?Odyssey, il n?y a pas d?intimité. ?L?aspect positif est que Chris et moi voyons des choses que personne ne verra durant toute une vie et nous éduquons les écoliers. Quand nous aurons des enfants, je leur enseignerai qu?en dépit de la dégradation environnementale, il y a encore de l?espoir de sauver la biodiversité et que des individus peuvent faire la différence.?
Dans un an, Geneviève aura complété son périple en mer. Elle ignore comment se passera sa réadaptation à Melbourne. ?J?aime l?idée d?avoir une maison, des enfants et un chien mais parfois, je me demande si cela ne me fatiguera pas au bout d?une semaine. Mon orientation professionnelle future aura toujours un lien avec l?éducation environnementale.?
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