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Gare au laisser-aller des eaux de baignade à Mayotte

17 mars 2005, 00:00

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La Direction des affaires sanitaires et sociales (Dass) relève que les eaux de baignade des plages mahoraises sont globalement de bonne qualité. Derrière ce constat a priori rassurant se cache une inquiétante négligence des pouvoirs publics. Sans la mise en place d?équipements d?assainissement, la situation risque de se détériorer rapidement.

La Dass surveille en permanence la qualité des eaux de baignade de 37 plages autour de Mayotte. Les touristes n?ont pas lieu de s?inquiéter dans l?immédiat. L?année dernière, les mesures de qualité sanitaire démontraient que sur les 22 plages fréquentées, la qualité des eaux était bonne ou moyenne pour 18 d?entre elles. Seulement en bordure des gros bourgs (Sada, Koungou, Mtsapéré) les eaux étaient de mauvaise qualité, ou momentanément polluées (Mtsamboro).

Ce constat présente l?inconvénient de ne pas déclencher la mobilisation des élus qui s?en satisfont. Il n?efface pas pour autant l?inquiétude des ingénieurs sanitaires et des défenseurs de l?environnement. Mouhoutar Salim, ingénieur à la Dass, prévient dans Mayotte Hebdo : ?Nous devons sensibiliser le public et les maires. Aucune plage n?est équipée convenablement. Pas une ne possède de poubelles. Si nous ne faisons rien, nous allons vers une dégradation irrémédiable de nos plages et donc, de nos eaux.?

L?importance de la pollution bactériologique et physico-chimique des eaux de Mayotte est en fait quasi inconnue de l?aveu du ministère de l?Écologie et du Développement durable qui a publié un rapport sur ?les pressions à Mayotte.? Selon ce document, la consommation totale d?eau, et donc les rejets, compte tenu de l?important accroissement démographique, connaît une forte croissance. Il n?existe pas encore de traitement collectif, sauf localement à Mamoudzou, et les eaux ne sont traitées que par puisards et fosses septiques et souvent rejetées directement dans les rivières et le lagon.

Le front de mer sert fréquemment de lieu d?aisance, ce qui conduit à des risques sanitaires. Le traitement des ordures à Mayotte est réalisé dans le cadre de quatre décharges à ciel ouvert, dont trois sont saturées. Lors des débordements du cours d?eau proche de la décharge de Dzoumogné (commune de Bandraboua), les détritus sont parfois emportés vers le lagon. Le ruissellement des eaux pluviales sur ces décharges concourt à la pollution du lagon.

<B>Impossible pavillon bleu</B>

En l?absence de suivi des rejets, l?impact des activités industrielles qui sont peu développées est inconnu ; ces activités sont essentiellement celles des industries agro-alimentaires, des unités de production d?électricité, et des services portuaires. Un phénomène de pollution par les hydrocarbures dû au dégazage d?un pétrolier au large a déjà été signalé, mais le phénomène est rare.

En revanche, il faut signaler que Mayotte se situe sur la route des pétroliers qui contournent le Cap pour rejoindre l?Europe, et le risque de pollution majeure existe. Les chiffres de la Dass sont certes rassurants mais ils sont insuffisants au regard des normes nationales exigées pour l?attribution des fameux pavillons bleus. Aucune plage mahoraise ne pourrait en l?état actuel, prétendre à un pavillon bleu car elles sont loin de répondre aux 27 critères (qualité des eaux, équipement des plages, informations sur l?écosystème, etc.) qui régissent ce label. ?Pour l?instant, les Mahorais se moquent de toutes ces normes. Ils se baignent et puis c?est tout?, déplore Mouhoutar Salim.

De plus, en amont, il y a le problème des eaux de rivière. La situation mahoraise est fort différente de la situation métropolitaine où les rivières sont peu fréquentées. À Mayotte, nombre de familles utilisent la rivière pour laver leur linge. La Dass, suivant ses compétences métropolitaines, n?est pas en mesure de contrôler les cours d?eau. 5 % de la population puise même son eau de consommation dans les rivières car les fontaines publiques sont payantes par un système de carte à puce. C?est ainsi qu?à Mamoudzou, les plus pauvres continuent par exemple à s?approvisionner à la source de Massimoni dont l?eau est réputée impropre à la consommation.

<B>Le Quotidien de la Réunion</B>

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