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Gandhi ou la liberté de l?esprit
Année 1914. Le Hibert Journal publie sous la signature de Gilbert Murray un article dont voici un extrait : ?Ceux qui détiennent le pouvoir doivent se conduire avec une extrême prudence à l?égard d?un homme pour qui ni le plaisir sensuel, ni les richesses, ni le confort, ni la louange, ni la promotion personnelle ne représentent quoi que ce soit, mais qui par contre est déterminé à faire ce qu?il croit être juste. Cet homme est un ennemi dangereux, et un ennemi très gênant ; vous conquérez son corps, mais cela ne vous donne pas la moindre prise sur son âme.? L?homme en question se nomme Mohandas Gandhi, dit le Mahatma, dont nous célébrons son 134e anniversaire cette année.
Fils et petit-fils de Uttamchand et de Karamchand Gandhi, tous les deux Premier Ministre de Porbandar à tour de rôle, Mohandas Gandhi est né le 2 octobre 1869 d?une famille d?épiciers qui appartenait à la caste de Bania. Très jeune, il avait en lui, sans en être conscient, une passion pour la perfection morale. Plusieurs tentatives de détournement ont été vouées à l?échec, comme celles de consommer de la viande de chèvre, de fumer, de voler ou de mentir.
Marié à l?âge de treize ans, il commença à perdre l?appétit charnel à 24 ans, décida à 30 ans de ne plus avoir d?enfants et fit enfin son v?u solennel de chasteté à 37 ans. Il fallait être atteint d?une extraordinaire grâce divine pour pouvoir consacrer sa vie à Dieu et à son prochain avec une si grande détermination. L?argent ne l?intéressait pas. Il était pauvre parce qu?il voulait l?être. Mais il avait en lui ?une force tranquille, une grandeur d?âme et une honnêteté de cristal?.
Contrairement à ce qu?on a pu croire et dire sur son compte au début de ses années de militantisme, Gandhi n?avait jamais réclamé le pouvoir politique. Ce qu?il voulait c?était de pouvoir ?vivre côte à côte avec les autres Britanniques, en paix, l?amitié et la dignité?. Figure dominante de la vie politique indienne, il avait un impact considérable sur l?imagination des foules qu?il conduisait à l?indépendance.
Le retrait britannique de la péninsule indienne constitue l?aboutissement de toute une vie consacrée à la lutte politique anticolonialiste. Mais le ressort de sa vie reste avant tout la religion. Ses motivations ont toujours été d?ordre spirituel et sa participation à la vie politique n?était qu?une extension de son activité sociale. ?Il me serait impossible de vivre une vie religieuse si je ne m?identifiais pas à l?ensemble de l?humanité,? disait-il. La valeur de ses actes se trouve dans leur prétention à l?universel. La liberté chez lui est dans l?engagement pour autrui. Il n?est pas nécessaire, dit-il, de se retirer dans l?Himalaya ou de se recroqueviller dans la chaude sécurité de la famille pour mener une vie authentiquement religieuse. Enfin, ?Se promener à ses côtés, écrira Joseph J. Doke, son premier biographe, c?est apprendre ce que signifie la véritable liberté de l?esprit.?
Le soir du 30 janvier 1947, le Mahatma Gandhi tomba sous les balles du journaliste Nathuram Godse, un fanatique hindou, en prononçant les mots ?He, Rama !? (oh mon Dieu !). Aujourd?hui, le monde entier garde un souvenir de ce petit homme, chétif et maigre, qui a néanmoins su, avec son éternel sourire et sa politique de non-violence, ébranler le plus grand empire du monde.
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