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Gagner et après ?

8 mai 2005, 00:00

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Aucun effort n?est épargné. Ils épuisent et s?épuisent dans tous les argumentaires imaginables. Tous les coups sont permis. Même les plus sales. Ils sont donc en guerre. Les partisans des deux principaux camps ne se privent pas du plaisir de la provocation. Bref, ils veulent tous gagner.

Même Cehl Meeah et Raj Dayal se disent convaincus qu?ils peuvent, en se joignant à une alliance ou à l?autre, faire pencher la balance électorale. Quant à Navin Ramgoolam, en une semaine, il a multiplié les rencontres. Des syndicats au Human Service Trust, il tente de s?imposer comme un interlocuteur crédible. L?alliance gouvernementale, pour sa part, se la jouerait plutôt en douceur, à moins que le leader ne soit à nouveau aux prises avec ses vieux démons?

La campagne reste donc bien fade. C?est la course aux spéculations pour savoir qui va être candidat. Ne parlons même pas des idées. C?est d?un prosaïsme déchirant. Il semblerait qu?il faille faire très simple pour être accessibles à des électeurs, encore faut-il savoir si les politiques arriveraient eux-mêmes à se comprendre, tant ils sont passés maîtres dans l?art de dire tout et son contraire. Il serait judicieux, avant que la fièvre de la campagne ne les abêtisse davantage, de leur rappeler que la politique ne se résume pas au pouvoir. Après avoir vaincu, il faudra travailler. Du moins pour tous ceux qui savent ce que terme signifie. Gagner donc et après?

Oser. Changer de société. Ecouter et se laisser convaincre? serions-nous tentés de répondre ? Depuis l?indépendance, les partis politiques qui briguent les suffrages soutiennent tous qu?ils veulent plus d?argent pour les pauvres. Des salaires plus honnêtes. Une protection sociale accrue. Des services publics plus efficaces. À y regarder de près, les différents gouvernements que le pays a connus ont ?uvré, ou tenté d??uvrer, à différents degrés en ce sens. En 2005 également, les discours tendent dans la même direction et on veut croire que, quelle que soit l?alliance qui l?emportera, elle fera tout pour respecter la parole, tout en sachant qu?un crédit accordé à la parole politique vaut ce qu?elle vaut.

De surcroît, ce n?est pas seulement une question d?un plus grand pouvoir d?achat ou de salaires plus élevés ou davantage de logements sociaux? Il est question d?un mieux-vivre ensemble. Ce mieux-vivre sera un peu plus possible si nous évacuons de notre champ de réflexion cette expression qui consacre nos limites par rapport au temps. Combien de fois, à cet effet, ne s?entend-on pas dire : « Il manque du temps ». C?est ce rapport au temps qui doit changer. Cela passe par une redéfinition du monde du travail afin de libérer du temps pour les loisirs, de donner les moyens aux gens de voyager, de découvrir, de vivre des ruptures de temps pour mieux vivre. Prendre aussi le temps de s?épanouir dans sa vie personnelle pour une vie collective plus équilibrée.

Ce n?est pas seulement une question philosophique. Et ce n?est pas non plus de la seule responsabilité des politiques. Mais il est également vrai que c?est une vision politique qui devrait permettre cela. Qu?il s?appelle Bérenger, Jugnauth fils ou Ramgoolam, il doit pouvoir incarner cette ambition. Travailler à faire que le jeune Mauricien ne soit pas un éternel frustré, incapable de profiter de sa jeunesse pour voyager, apprendre, réussir. Pour qu?un jeune couple n?ait pas non plus à passer sa vie à rembourser ses dettes et les achats à crédit, consacrant ainsi sa vie à oublier de vivre. Une utopie ? Non un projet politique pour sortir Maurice de cette course folle contre le temps, parce qu?elle s?est trompée pendant trop longtemps d?époque. Il est donc temps de revenir à notre époque. Revenir à l?essentiel pour ne plus avoir à régler continuellement son compte, dans tous les sens du mot, au passé.

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