Publicité

Gaëtan Duval raconte «Litra»

10 juillet 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?itra demeure un chapitre inachevé dans l?histoire de la prise du pouvoir, entre autres économique, de la classe ouvrière. Au départ, c?est une entreprise métallurgique, Cassis Ltd, qui doit fermer ses portes, faute de commandes, bien qu?il se peut qu?elle ait eu une partie substantielle du contrat de production et de fourniture des containers basculant, devant transporter le sucre en vrac et par camions de 13 à 26 tonnes, des usines sucrières jusqu?au Bulk Sugar Terminal. L?entreprise bat ensuite de l?aile au point qu?à la mi-février 1981, le gouvernement travailliste nomme pas moins qu?un Fact Finding Committee pour enquêter sur des rumeurs de fermeture de Cassis Ltd.

En avril 1983, cette entreprise fait partie des 32 établissements industriels à avoir licencié en partie ou totalement leurs employés. Les métallurgistes de Cassis Ltd ne se laissent pourtant pas faire. Ils décident d?occuper leur usine et suscitent les hourrahs les plus frénétiques de la part de gauchistes, frétillant à l?idée que des ouvriers puissent réussir là où ont lamentablement échoué des managers, des gestionnaires, des chefs d?entreprise, bref des patrons, capitalistes de surcroît. La presse gauchisante manque, du coup, de superlatifs pour annoncer, comme il convient, cette grandiose victoire de l?autogestion. Cassis Ltd est rebaptisée Litra et tout le monde claironne sur l?air des lampions : On ver-ra ce qu?on ver-ra !

C?est pourtant du tout vu, en dépit d?une promesse d?un ministre des Finances (pour ce qu?elle vaut), Paul Bérenger en l?occurrence, à l?effet que Litra bénéficiera de tous les contrats métallurgiques ou presque de corps para-étatiques, de compagnies d?Etat, des municipalités et des conseils de districts. (Meilleur moyen pourtant de faire faillite car ces derniers sont surtout connus pour payer leurs factures avec un bon semestre de retard, en vertu du principe de après la mort, la tisane. Soyons bons princes : cela permet au moins d?éponger quelques frais funéraires).Litra, autogérée, ne se porte guère mieux que Cassis Ltd, gérée par des capitalistes, pour des capitalistes, en vue de profits et rentabilité, en dépit de frénétiques bulletins de santé médiatiques, de plus en plus terrifiants, pour qui sait lire entre les lignes. Surviennent même l?élection d?un premier conseil ouvriériste d?administration et la nomination de M.R. Chevreau, comme premier directeur. Litra poursuit cahin-caha son petit bonhomme de chemin, même si elle perd chaque mois davantage de sa prestance initiale. L?on sait, par exemple, qu?à la mi-mai 1988 (ce qui couvre de lustre Litra) le gouvernement (Jugnauth PM) comme l?opposition (Nababsing au Parlement et Bérenger hors Parlement) « rendent hommage » à Litra, usine toujours autogérée par des ouvriers. Les esprits chagrins diront que « rendre hommage » comporte un aspect funéraire. Nous ne les écouterons toutefois pas, bien que nous entendons de moins en moins parler de Litra, à croire que la race des gauchistes est également en voie d?extinction, dans le pays du dodo.

Nous ne sommes toutefois pas là, à la mi-1983. A cette date, Gaëtan Duval se fend d?une lettre pour nous faire part de ce qu?il sait à propos de Litra. Et comme est fort intéressant tout ce qu?il dit, surtout quand cela ne concerne ni sa personne ni sa basse-cour politique, écoutons-le.

Il s?intéresse à Cassis Ltd en tant que conseil légal d?une association de cadres d?Ireland Blyth. En décembre 1982, la direction d?IBL fait savoir à ses employés que, faute de contrats et en raison de pertes accumulées, elle réduit les effectifs de Cassis Ltd. Le Termination of Contract of service Boards prend charge du dossier. Le syndicat des travailleurs fait alors savoir qu?ils veulent acquérir l?entreprise. IBL accepte de leur vendre des équipements vieux de 15 ans mais elle entend garder jouissance d?un terrain qui pourrait bien appartenir, en fait, à l?Etat. Un comité, composé de MM. Manraz et Chevreau, ancien haut cadre du CEB, étudie la viabilité du projet. Ce comité conclut qu?il faut, à Cassis Ltd autogérée, au moins Rs 6 millions de contrats pour pouvoir subsister. Les contrats de l?étranger leur apparaissent indispensables.

Jack Bizlall met en avant, alors, les promesses de Paul Bérenger qui comprennent également la reprise du bail du terrain de l?Etat à IBL pour le céder à Cassis Ltd, le soutien financier du GM, des contrats malgaches (d?où l?expression locale de « construire des châteaux à Madagascar » ou encore « au Zimbabwe »).

L?association des cadres d?IBL essayent alors d?avoir confirmation écrite de toutes ces promesses ministérielles. Leurs efforts échouent, bien sûr. Bérenger démissionne comme ministre des Finances, le 22 mars 1983, et les ouvriers occupent l?usine de Cassis Ltd. IBL maintient son offre de vendre seulement ces équipements. Les travailleurs acceptent et s?engagent à vider les lieux en septembre 1983. Disparaît Cassis Ltd et entre en scène Litra. La production reprend et les travailleurs, devenus propriétaires et actionnaires, acceptent de travailler jusqu?à... deux heures du matin. Et Gaëtan Duval de se demander qui est le meilleur ami des travailleurs...

Publicité