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G. Duval veut ?réunionniser? Maurice

11 avril 2005, 00:00

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Rares sont les Mauriciens à ignorer le droit aux excès revendiqué par Gaëtan Duval. Ils ne sont toutefois pas aussi nombreux à savoir que ce droit il l?entend l?appliquer à ses revendications politiques. C?est pourtant cette liberté d?action qui lui permet d?être le champion de l?émigration des Mauriciens. Plus audacieux que la plupart des autres politiciens de sa génération, il sait, pour avoir une qualité d?écoute plus grande, que les aspirants émigrants, loin d?appartenir à une seule communauté, proviennent de toutes les communautés ethniques. Il tranche aussi sur ses pairs par son attachement exclusif à l?Occident et plus particulièrement à l?Europe, sinon à la France. C?est ainsi qu?en ce début d?avril 1980, il ne craint pas de confier, au Journal de l?île de Saint-Denis, son ardent désir de ?réunionnisation? de l?île Maurice, ce qui devrait faciliter d?autant l?émigration des Mauriciens vers la France. Il réitère son attachement à un alignement sans réserve de Maurice sur l?Occident mais en échange d?une aide adéquate et également complète. Il réaffirme à ses interlocuteurs réunionnais son intention de poser les questions qu?il faut au PTr à propos des prochaines législatives et de la teneur du prochain programme gouvernemental. Pressent-il, alors, que les relations entre son parti, le PMSD, et l?aile gauche du PTr se durciront au point que ce dernier finira par faire alliance avec le nouveau parti créé par Philo Blackburn et fermer la porte à G. Duval ?

Aux Réunionnais, Duval confie que la crise économique de 1980 lui paraît plus grave que celle de 1970-71 car, entre-temps, le coût de la vie s?est élevé tout comme le standard de vie des Mauriciens. Ceux-ci sont désormais moins enclins à accepter des sacrifices qui paraissaient acceptables une décennie plus tôt. Il ne demande pas mieux être remplacé à la tête du PMSD mais il ne sait toujours pas par qui. Nous de même !

Restons à la Réunion, en compagnie de Jacques Némo, auteur d?une thèse de 3e cycle sur la communauté gujeratie de l?île soeur, avec ce titre : ?Islam et poursuites commerciales?. Il est professeur de philosophie et anthropologue. Ces recherches s?inscrivent dans un ensemble d?études sur les communautés réunionnaises, entreprises sous la direction de Paul Ottino. Claude Vogel étudie la population de Dos d?Ane et Christian Barat les Tamouls. L?étude sur les Gujeratis de la Réunion se veut objective. Elle se base sur une étude de l?intérieur des phénomènes sociaux, sans a priori. Un de ces problèmes est l?endogamie ou nécessité d?épouser une femme du clan.

Les premiers Indiens musulmans débarquent à la Réunion entre 1850 et 1869. Ils sont principalement des agents commerciaux de riches familles gujeraties. La grande émigration de commerçants et de paysans se situe entre 1910 et 1915. L?émigration gujeratie à la Réunion est due à la faim, dans les années 1860, et au chômage, dans les années 1910. Les riches familles sont des castes Bohras et Khojas. Les émigrants sont envoyés d?abord à Maurice et puis à la Réunion. 70 % des musulmans de la Réunion vivent à Saint-Denis. Les commerçants répondent d?abord aux besoins primaires et alimentaires de la population réunionnaise. Ils introduisent ainsi le riz à la Réunion. Ils laissent ensuite ce commerce de base aux Chinois, se concentrant davantage sur les besoins secondaires et se spécialisant dans le textile et plus tard dans l?électroménager et l?audiovisuel. A partir de 1946, l?axe commercial réunionnais se déplace de Maurice et de l?Inde vers la France. La réussite économique des Gujeratis de la Réunion n?empêche pas une sérieuse crise d?identité.

Terminons par un procès en diffamation, méritant de marquer d?une pierre humoristique nos sérieuses annales judiciaires. Un surintendant de police reproche à un journal d?annoncer qu?il doit passer devant un comité disciplinaire sous prétexte qu?il aurait ordonné à un subordonné de le mettre en contact téléphonique successivement avec le Premier ministre, l?Imam Khomeiny et Jimmy Carter. Subodorant quelque irrégularité, le subordonné préfère référer l?affaire au commissaire de police.

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