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G. Duval : L?Inde m?a dit : SSR dort 300 jours par an !
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G. Duval : L?Inde m?a dit : SSR dort 300 jours par an !
La presse du début de février 1981 fourmille de réactions anti-duvaliennes et donc travaillistes. Une interview de Gaëtan Duval, dans laquelle il dit ses quatre vérités à tout le monde et tire à vue sur tout ce qui ne bouge pas assez vite à son gré, met le feu aux poudres et soulève un tollé général, d?autant plus qu?elle intervient peu après l?annonce de son élévation au titre de chevalier de l?ordre des Saints Georges et Michel. On lui reproche plus particulièrement de faire dire ceci au haut-commissaire de l?Inde, en poste à Maurice, après la rupture de la coalition PTr-PMSD, en 1974 : ?Nous n?avons pas les mêmes idées? mais il n?y a que vous à pouvoir réveiller Ramgoolam quand il dort et il dort 300 jours par an !?
Mais voyons plutôt le contenu de son interview :-
Q : Maurice peut-elle être sauvée ?
R : Des solutions peuvent être trouvées. Nos amis et alliés peuvent nous aider à résoudre nos mini-problèmes. La solution est externe. Nous avons la cote d?amour.
Q : Sommes-nous prêts à affronter les années 1980 ?
R : Non ! Le progrès est seulement amorcé. Nous voulons manger le gâteau national avant qu?il ne soit cuit. Paresse et incompétence neutralisent les progrès des années 1970.
Q : ZF et tourisme battent de l?aile?
R : La ZF est versatile. Elle n?a rien de permanent. Tout investisseur peut à n?importe quel moment, plier bagages et s?en aller. La ZF est fragile. Les grèves dans le port, les hésitations gouvernementales, font peur aux investisseurs étrangers. Il en va de même quand le gouvernement abdique devant la puissance du travailleur et se fait l?esclave du consommateur. On fait croire aux Mauriciens que le monde leur doit tout et qu?ils ne doivent rien à personne. Le tourisme n?est pas en régression mais son accélération diminue.
Q : Si on vous confiait la relance de la ZF?
R : En 1977, j?ai demandé qu?on me la confie. Le secteur privé a protesté en disant qu?on ne peut la confier à un politicien. Comme si un ministre ne l?est pas. Ramgoolam, qui ne demande pas mieux de ne rien faire, en a profité pour la laisser couler.
N.B. Ici se place la réflexion du diplomate indien sur l?immobilisme ramgoolamien.
Q : Comment fonctionner au sein de cette léthargie ?
R : Je n?ai que l?ambition de pouvoir servir à quelque chose. La situation est plus grave qu?en 1965 et 1969. Hier, le coût de la vie était plus faible et les familles plus solidaires à l?égard de leurs membres chômeurs.
Q : N?est-ce pas trop tard ?
R : J?ai longtemps crié dans le désert. A présent, je sens et vois l?explosion sociale qui se prépare. Il y a un désespoir qui peut engendrer la violence et qui crée déjà l?insécurité.
Q : Que conseiller à un jeune ?
R : Pars à l?étranger, si tu peux. Reviens à Maurice, si tu peux. Les débouchés à l?étranger sont à prendre car intéressants.
Q : Faut-il se résigner au pouvoir ramgoolamien ?
R : Il faut être pragmatiste. Il ne sert à rien de vouloir reconstruire le monde. Il faut vivre avec. Ramgoolam n?abandonnera pas le pouvoir. Je l?accepte comme il est. Mon désir d?entrer dans le gouvernement est un acte de désespoir.
Q : Le MMM se modère-t-il ?
R : Il évolue. Le léopard change de taches. Je suis curieux de savoir ce que produira son rapprochement avec le centre. Le choix pourrait finalement ne pas se faire entre deux systèmes. Qu?il prenne toutefois garde à ne pas se faire doubler par sa gauche, beaucoup plus dangereuse, plus anarchiste.
Q : Pourra-t-on vivre sous un régime MMM ?
R : Nous vivons bien sous un régime travailliste. Anerood Jugnauth est un modéré. Son accession au poste de Premier ministre ne m?empêchera pas de dormir. Il est certes changeant et instable. C?est le résultat d?une conscience intransigeante. Il est un gentleman. Bérenger est le problème. Il doublera Jugnauth. Jugnauth et Boodhoo ne sont pas de taille à contrer Bérenger. Ils ne font pas le poids.
Q : Que penser de l?accord MMM-PSM ?
R : A se demander si on ne rêve pas. Quoi ce MMM, si arrogant, si sûr de remporter les prochaines législatives, accordant 18 tickets au PSM auquel je n?en aurai pas donné trois. Il se passe des choses au MMM qu?on ne connaît pas. Le PSM est sûr de faire élire ses candidats à la campagne et le MMM certain de ne pas faire élire les siens en ville, face à une alliance PTr-PMSD. Après les élections le MMM ne comptera donc pas plus de députés que le PSM. Il est impensable que Bérenger ait pu accepter un tel accord.
Q : Croyez-vous en un retour de Boodhoo au PTr ?
R : Boodhoo est avant tout un militant travailliste. En désespoir de cause, il s?est résigné à prendre ses distances par rapport au PTr.
Q : Encouragez-vous Rodrigues à faire sécession ?
R : Je veux sauvegarder le droit des Rodriguais à l?autodétermination. Ils ne descendent pas de Mauriciens. Ils appartiennent à 100% ou presque à la population générale. Même s?ils dépendent de Maurice pour leur approvisionnement, ils conservent leur droit à l?autonomie administrative. L?OPR et le MMM sont d?ailleurs du même avis à ce sujet.
Q : Vous préconisez donc un ?self government? ?
R : Pas du tout. Je revendique l?indépendance de Rodrigues.
Q : Etes-vous toujours pour une allocation de chômage ?
R : Elle vaut mieux que de payer les Mauriciens à ne rien faire. On tue l?éthique du travail à Maurice. Nous faisons semblant de travailler. Diego peut employer 1 500 Mauriciens. Ils ne seront pas des mercenaires pour autant. Mahébourg peut devenir un centre international de vacances pour 40 000 marins étrangers.
Q : Que manque-t-il ?
R : Le temps et la volonté politique d?accepter les perches que les pays amis nous tendent. Ringadoo est le problème. Il tue tout ce qu?il touche. Il est fermé aux idées nouvelles. Il se méfie des investisseurs. Il est allergique au profit. On veut lui prêter de l?argent, il prend un air emprunté. Il a la manie du contrôle. Il se méfie de tout.
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