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Gérard Parmentier, entre deux notes

16 novembre 2003, 20:00

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?J?ai quitté Paris pour la Bourgogne, la terre des grands vins. Je vais trois fois par semaine à Paris, et je souffre. Moi, c?est la nature. Dès que je rentre en Bourgogne, je suis dehors. Je dois tous les soirs regarder les étoiles. Si je ne les regarde pas, je suis malade.? C?est Gérard Parmentier, pianiste, qui, entre deux notes, se livre. Son double manteau de Directeur de la musique à la Comédie française et de pianiste-chef de chant au Théâtre national de l?Opéra de Paris reste accroché à la patère d?entrée.

L?homme est affable, d?une sensibilité à fleur de touche. Celui-là même qui faisait son premier cadeau musical aux invités présents chez l?Ambassadeur de France à Maurice, Henri Vignal, en sa résidence de Floréal mercredi dernier.

La réception était donnée pour accueillir les artistes du concert franco-britannique de musique lyrique, la prestigieuse soprano Patricia Rozario et Gérard Parmentier lui-même, dans le cadre de Encounter Mauritius 2003, qui célèbre cette année le bicentenaire des voyages de découverte de Nicolas Baudin et Matthew Flinders dans les Terres australes.

Mais avant le concert lyrique (gratuit) franco-britannique du vendredi 14 novembre, il nous fait un premier cadeau de taille. Face au Pleyel du grand salon, il ne résiste pas. Le voilà déclinant sa transcription improvisée de l?île Maurice polychrome, telle qu?il l?a vécue à son arrivée le matin même.

?Ces couleurs de votre île??, dit-il, laissant libre cours à ses doigts qui, déjà, s?accouplent aux trois premières notes de la portée. Chargées d?émotion, elles s?impriment en mémoire, à la manière des Gymnopédies d?un Eric Satie.

Mais, tout aussi précocement doué que Debussy, à la sensibilité commune, l?on ne s?étonne pas à l?entendre apprivoiser les couleurs, avec la même originalité créatrice que le maître de Saint-Germain-en-Laye. Gérard Parmentier est heureux de nos impressions, l?associant à Eric Satie. ?En effet. Je l?apprécie énormément. Je suis malheureux de ne pas l?avoir rencontré.?

Puis, de façon inattendue : ?Il y a deux choses que je déteste : la violence gratuite, aussi envers la nature; et les parents qui à chaque instant violentent leurs enfants. Pendant un moment, ils les laissent faire ce qu?ils veulent, puis, c?est ?arrête,? ou ?tais-toi.? L?enfant n?est pas préparé à cette violence. Il y est sans arrêt soumis. J?essaie de faire ce que je peux, pour que cela cesse.?

Retenir une flamme

Aux enfant, il dit : ?Il vous faut être attentifs aux premiers moments de toute action. Autrement, il y aura toujours quelque chose qui manquera quelque part. Je filme tous des premiers moments de ma pratique. Je vois un doigt qui glisse vers une fausse note. J?essaie de me rattraper, mais le doigt glisse encore?. De même si l?on n?a pas écouté les trois premières instructions reçues pour se rendre quelque part. Il y aura toujours un doute à un tournant de la rue.?

L?homme passe à un autre re-gistre. Le regard perdu au loin. Comme pour retenir une flamme qui fait signe. Une de celles-là que les créateurs reconnaissent. ?Sortir de grandes théories sans les pratiquer, ce n?est pas pour moi.?

Ainsi, ce praticien reprend de lui-même la conversation interrompue un moment. Il se raconte, fluide : ?Je suis catholique; je suis proche du Bouddhisme; mais je suis surtout taoiste.? A l?écouter, l?on touche du doigt le spirituel à portée de notes, aux premières paroles parlantes, ce besoin de communion avec l?existence?


Récital

Patricia Rosario ou le triomphe de l?interprétation

On l?aura compris, Patricia Rozario, Soprano, n?est pas une voix ?grossie? en une nuit! Elle ne fait pas de la technique son dieu. Mais tout en demeurant au plus haut niveau de ses capacités techniques, royale dans son sari, sensible et sensuelle, elle a fait vivre à l?assistance, vendredi soir au Conservatoire François Mitterrand, un moment unique du chant lyrique à l?île Maurice. Une première fabuleuse par la rareté et l?étendue du programme; une expression originale de l?art de l?interprétation. C?est le triomphe de la poésie sur la raison. Avec une pointe d?humour. Au programme de la soprano, des chants de musique profane du XVIIIe, signés Thomas Arne; du romantisme avec ?When Spring returns?,?Shepherd?s cradle song?, ?The Bargain?, de Sir Arthur Somervell. Puis, de Berlioz, des extraits des ?Nuits d?Eté?, et encore, de Benjamin Britten, des chansons populaires du XIXe siècle. Elizabeth Forget, dans l?assistance, spontanément livre ses impressions : ?Non seulement, c?est un répertoire que l?on n?entend pas à Maurice, couvrant toute l?étendue de la voix; ce sont les morceaux les plus difficiles de l?art de l?interprétation. Elle fait passer toute la poésie sur la technique.? Quant à Gérard Parmentier, il est en parfaite osmose avec Patricia Rozario. Et, comme concertiste, tout simplement brillant ! Avec cette faculté d?improvisation et d?interprétation, d?un toucher rare, propre aux âmes privilégiées.

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