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Fête des Mères tragique pour Thérèse

4 juin 2005, 20:00

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M o la tet fatiguer ». Thérèse n?en peut plus de retourner toute la scène qu?elle a vécu dimanche dernier. Si elle avait le pouvoir, elle aurait effacé de son esprit le drame qui s?est joué dans sa cuisine à Cité-Florida, Baie-du-Tombeau.

À petits pas, elle se déplace dans ce réduit où son fils, Georges Pompom, 49 ans, est mort. Tué au couteau, sous ses yeux, par son petit-fils, Kovilen Moorghen, âgé de 26 ans. À 87 ans, parvenue au crépuscule de la vie, elle a été témoin, malgré elle, de ce sordide assassinat le jour de la fête des mères.

Quelques secondes ont suffi à Kovilen pour ôter la vie à Ti Zorz. Un couteau de cuisine à la main, il l?a lardé de coups, lui a plaqué le visage au sol avec le pied tout en renversant la plaque à gaz et les casseroles sur le malheureux.

« Isi mem linn touye li », se lamente la vieille dame en tentant d?extirper une caraille sous une table pour préparer son dîner. Elle est effondrée en montrant l?endroit où Ti Zorz, l?avant-dernier de ses dix enfants, a émis son dernier souffle.

Elle pousse un soupir languissant en voyant les trous laissés par le couteau de Kovilen sur la plaque à gaz. Les ustensiles cabossés lui rappellent le corps à corps sanglant entre les deux hommes. « Li finn touye mo piti divan mwa. Li pik sa couto la divan mo mem. Monn kriye, monc dire to pe touye mo piti ki mone donne la vie. Mo pé koze are li mem. Li dire mwa wi alla mo pe touye l? so mama. »

Elle n?a que trop pleuré cette nuit-là pour pouvoir verser encore une fois des larmes. La vie doit suivre son cours. C?est ainsi. Mais jamais elle aurait cru que Kovilen se serait montré aussi violent. « Li ti enn mover garson. Li regimber, li fronter are mwa. » Pourtant, c?est elle qui l?a élevé depuis son plus jeune âge. « Depi li dan ventre so mama mone nourri li. » Thérèse travaillait comme couturière chez les bonnes s?urs pour joindre les deux bouts.

Elle marchait au lieu de prendre le bus, afin d?économiser des sous. « Kan mo ti pé gayn ene boute dipain, mo ti pe ramasser pou amene pou zot ».

Sa fille Chantal, mère du garçon, s?est ensuite séparée de son mari, un homme condamné à la prison pour une affaire de drogue et avec qui elle s?était enfuie à l?âge de douze ans, pour refaire sa vie en Suisse.

Kovilen était en Standard VI lorsqu?elle l?a fait venir, avec sa s?ur, chez les Helvètes. Admis dans une institution secondaire, il n?a pas fait long feu.

« Il passait ses journées à traîner avec les voyous au lieu d?étudier. Lorsque sa mère a essayé de lui faire entendre raison, il n?a pas hésité à la frapper. Elle l?a aussitôt mis dans un avion à destination de Maurice », s?emporte une tante.

Rentré au pays, Kovilen ne s?est pas assagi. Loin de là. Il s?est vu entraîner dans une affaire de drogue et la vieille Thérèse, avec qui il vivait, a dû puiser dans ses maigres économies pour sa remise en liberté conditionnelle.

Mais Kovilen ne cessait de collectionner les ennuis. Il volait même la pauvre Thérèse. « Li kokin mo kass pension. Li pran billet Rs 500 li met billet Rs 25 pou billet Rs 1 000, li remplace li ek billet Rs 50 », se plaint la vieille dame.

Elle n?a jamais jugé bon de porter plainte, ne voulant pas ternir la réputation de la famille. Tantôt pêcheur, tantôt maçon, Kovilen minait sa vie.

Jusqu?au retour de Ti Zorz sous le toit parental, il y a deux ans. Ce dernier avait des problèmes de logement et avait décidé, d?un commun accord avec sa femme, que chacun résiderait pendant un temps chez sa mère, avec leurs deux enfants.

Cette situation ne plaisait guère à Kovilen. La cohabitation était explosive. Tout prétexte était bon pour se disputer avec son oncle.

Kovilen avait lancé à tout vent qu?il allait lui faire la peau s?il ne déménageait pas de chez Thérèse. « Mo pou touy ou frer, fer li aller », avait-il déclaré à l?une de ses tantes.

Thérèse, elle, assistait impuissante aux prises de bec. Elle essayait de faire entendre raison à Kovilen, mais c?était peine perdue. Le récent mariage de Kovilen avec Mina Moorghen, une étudiante de l?université de Mumbai, en Inde, n?avait pas arrangé les choses.

La cohabitation devenait de plus en plus difficile. « Sa femme le pressait de mettre Ti Zorz à la porte », confie un proche. La vie dans la maisonnette de Thérèse était invivable.

Dimanche soir, le différend entre Ti Zorz et Kovilen est arrivé à un point de non-retour. Kovilen préparait le dîner avec Mina alors que Ti Zorz se trouvait dans la salle de bains attenante.

« Mo pas koner kan, mo nek tane tapaz. Mo ti kwar zot pé laguer, mone desane pou gueter. Ti Zorz dire mwa pas koner li lanuyement li pé roder », se souvient Thérèse. Il était aux alentours de 20 heures.

Dans la minuscule cuisine règne un désordre indescriptible. Le deksi de riz est par terre, la caraille contenant le curry de viande s?est répandu sur Ti Zorz, qui se débat avec Kovilen.

Le couteau à la main, Mina sur les talons, Kovilen le frappe deux fois à la jambe, deux fois dans le dos et les deux derniers coups à la tête. Sous le regard ahuri de Thérèse.

Une blessure qui ne se cicatrisera pas

Sous la violence des coups, la lame s?est brisée dans le crâne de Ti Zorz. Ce dernier s?est vidé de son sang, terrassé par une vilaine blessure à l?abdomen.

Le couteau qui a sectionné son aorte ? l?artère du c?ur irriguant le corps avec du sang oxygéné ? et perforé le poumon, lui a été fatal, selon le médecin légiste Sudesh Kumar Gungadin.

Ti Zorz ne survivra pas. Il mourra aux urgences de l?hôpital du Nord. À Cité-Florida, Kovilen tente de filer avec Mina, mais il est passé à tabac par une foule hostile.

« Dimoun pas ti kontan li mem, li ti granwar », commente une tante. C?est dans le plus simple appareil qu?il sera conduit à l?hôpital, victime de nombreuses blessures, par une équipe de police épaulée par des éléments de la Special Mobile Force, de la Divisional Support Unit et de la Special Support Unit.

La Criminal Investigation Division (CID) de Port-Louis Nord, sous la direction du surintendant Chetty, du chef-inspecteur Delawarally et de l?inspecteur Jockoo, s?est saisie de l?affaire. Kovilen sera entendue dès qu?il ira mieux.

Pour Thérèse, c?est une blessure qui ne se cicatrisera pas de sitôt. « Zamer mo fine gagne zafer la polis mwa », souffle-t-elle en se rappelant le nombre de policiers qui ont défilé devant sa maison le jour de la fête des Mères. C?est un bien triste cadeau que lui a fait son vaurien de petit-fils.

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