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France Télécom a encore faim?

29 août 2004, 20:00

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Le mariage n?a pas con-vaincu mais France Télécom (FT) n?en démord pas. Presque quatre ans après la conclusion de son partenariat stratégique avec Mauritius Telecom (MT), l?opérateur français est sur une nouvelle mission : augmenter sa participation dans la société mauricienne.

Cette intention, le Président-directeur général de France Télécom, Thierry Breton, l?a déjà évoquée officiellement avec Paul Bérenger, le Premier ministre mauricien. Le gouvernement a promis d?étudier le dossier tout en soulignant qu?une augmentation de la participation de FT au capital de MT n?est pas prévue pour l?instant. Réponse diplomatique car l?intention de l?opérateur français fait tiquer à plus d?un titre.

Allouer une plus grande part aux Français menaçerait la mainmise des Mauriciens sur le joyau du secteur public. FT compte déjà 40 % des actions de MT, de loin la société la plus profitable du pays au cours de ces dernières années. Elles ont été acquises de l?Etat en novembre 2000 pour Rs 7,3 milliards. Les autres actionnaires sont l?Etat mauricien avec 41 % (en incluant les 6,55 % du National Pension Fund (NPF) et la State Bank of Mauritius (19 %).

Selon l?accord signé en novembre 2000 entre l?Etat et FT, ce dernier aura la première option si le gouvernement décide de désinvestir.

L?Etat mauricien n?en a pas fait état jusqu?ici mais il a désormais le droit de vendre autant d?actions qu?il le désire. L?accord stipule que ni FT ni le gouvernement n?aura le droit de disposer de plus de 5 % de titres jusqu?à fin 2003. Ce délai étant dépassé, FT veut maintenant tenter le gouvernement.

Année difficile

L?Etat a déjà signifié son intention de partager 1 % des titres de la compagnie aux employés. Il peut céder 10 % de titres additionnels sans pour autant perdre la mainmise qu?il détient actuellement sur la compagnie. Le gouvernement est garanti de cinq sièges sur neuf au Board of Directors, l?instance suprême de la compagnie, à condition qu?il détienne un minimum de 30 % de l?actionnariat. Les quatre autres membres sont des officiels de FT.

En cédant davantage d?actions à FT, le gouvernement risque bien de voir éroder son degré de contrôle au sein de l?opérateur historique mauricien. A l?heure actuelle, le président du Board of Directors est nommé par le gouvernement. Le nom du Chief Executive Officer (CEO) est proposé par le gouvernement mais doit être ratifié par le partenaire stratégique.

Cette clause est valable uniquement si l?Etat détient plus de 30 % de la compagnie. Sinon, ce sera à FT de proposer le CEO, même si l?accord stipule que ce poste reviendra ?autant que possible? à un citoyen mauricien. Si la part du gouvernement baisse en dessous des 30 %, la composition du Board of Directors sera automatiquement modifiée. L?Etat n?aura que quatre directeurs avec 25 %, trois avec 20 %, deux avec 15 % et un avec 10 %.

A première vue, une autre vente d?actions semble tentante. Elle rapporterait des revenus importants à la caisse du gouvernement sans pour autant compromettre son contrôle sur la société mauricienne. Toutefois, les observateurs s?accordent à dire que l?Etat n?est pas garanti d?encaisser un pactole aussi beau qu?il y a quatre ans. Selon les prix de 2000, les 10 % additionnels représenteraient environ Rs 1,8 milliard. Les choses ont bien changé depuis. La libéralisation des télécoms a bouleversé le secteur même si elle n?en est toujours qu?à ses balbutiements. Les revenus de MT plongent déjà alors que ses coûts d?opération prennent l?ascenseur.

Même s?ils demeurent impressionnants, les profits ont chuté l?an dernier pour atteindre Rs 1,1 milliard. Ceux qui regardent de très près les baromètres financiers de la compagnie estiment que 2004 sera une année difficile et prévoient une nouvelle chute des profits. La compétition féroce sur l?international grignote des parts importantes de revenus. Pour corser les choses, FT a déjà dévalué la valeur de sa participation dans l?opérateur mauricien. La participation des Français augmentera de pair avec leur part des profits. A son grand regret, FT n?a pas droit à 40 % des profits de MT mais à 40 % des dividendes. Ainsi, l?an dernier, l?opérateur mauricien a réalisé des profits de Rs 1,1 milliard mais FT n?a encaissé que Rs 140 millions. Le gouvernement mauricien a lui obtenu Rs 175 millions (incluant la part du NPF) mais sa part diminuera au fur et à mesure qu?il cède ses actions.

Les doutes concernant une hausse de la participation de FT reposent aussi sur la performance du partenariat stratégique. En quatre ans, le mariage n?a produit aucun résultat spectaculaire. Contrairement à la croyance populaire, il a toutefois été productif. L?alliance avec FT a permis la concrétisation d?un certain nombre de projets, notamment la mise en place d?un nouveau système de facturation, la création des Teleshops, le lancement de l?internet à grande vitesse et la télévision via l?ADSL, entre autres.

Les cyniques avancent que ces services auraient pu être introduits sans l?apport de FT. Ce dernier a toujours avancé que MT est une entreprise bien gérée, ce qui implique que la firme mauricienne n?aurait pas besoin d?autant de soutien que les filiales de FT en Afrique ou en Amérique latine, par exemple. Il est indéniable que l?apport des Français a été précieux pour plusieurs projets.

Contrats juteux

Il se monnaie toutefois en euros sonnants et trébuchants. L?expertise des Français est payante même si MT paie le même prix que les filiales ou compagnies associées de FT. L?accord de 2000 soutient que FT sera le ?fournisseur préféré mais pas exclusif? de MT. C?est ainsi que l?installation d?un nouveau système de facturation par la Sofrecom, une filiale de FT, a coûté Rs 350 millions.

L?opérateur francais peut ainsi soustraire des sous de MT par une autre porte : celle des contrats juteux.

Au départ, FT était confiante que les changements qu?elle allait apporter aux opérations de MT seraient visibles pour le grand public. Lors d?une visite à Maurice en novembre 2001, son PDG d?alors, Michel Bon, avait souligné que ?c?est aux utilisateurs de faire le bilan, de savoir si MT fait des progrès et s?est rapproché d?eux...?

Ce discours a été répété à maintes reprises par les directeurs de FT visitant le pays. Il est un fait que le partenariat stratégique n?a toujours pas séduit le public. Les services introduits ont rarement convaincu. Le service Captou avait même dégénéré en scandale national. Le manque de formation de certains employés des Teleshops laisse pantois. Ces espaces-vente dédiés aux produits de MT(téléphone fixe, mobile, Internet) risquent de devenir des guichets glorifiés. Les Mauriciens ne s?en servent que pour payer leurs factures car ils trouvent rarement les conseils qu?ils cherchent.

Une nouvelle vente d?actions à FT n?aiderait en rien la popularité du gouvernement. Elle serait également loin de faire l?unanimité au sein du Conseil des ministres ou beaucoup ne voient toujours pas comment FT aurait aidé MT à s?épanouir. Ils reprochent particu- lièrement aux Français d?avoir freiné l?expansion africaine de MT. Les Mauriciens participent à Orange Madagascar (mobile), Africell (société de téléphonie mobile au Burundi) et retiennent une part du consortium Mountain Kingdom qui contrôle Lesotho Telecoms. Ces opérations avaient été réalisées avant la privatisation. Depuis novembre 2000, MT a eu les ailes coupées car il ne peut s?aventurer dans des pays où FT opère déjà ou dans des ventes auxquelles les Français comptent participer avec d?autres partenaires. La compagnie mauricienne est contrainte de rester dans la région et observer l?Afrique anglophone. Le lourd endettement de FT n?a certes pas aidé non plus car les Mauriciens comptaient sur les muscles financiers de son partenaire pour investir à l?étranger.

Mauvais rêve

Quatre ans après la conclusion du partenariat stratégique, l?ambition de Laurent Mialet, le directeur international de FT, résonne comme une mauvaise blague. Peu après avoir remis un énorme chèque de Rs 7,3 milliards à Paul Bérenger, il faisait part de la possibilité que MT et FT aillent investir ensemble en Inde. Tous les rêves étaient permis à l?époque mais, aujourd?hui, ce sont les Indiens de Mahanagar Telephone Nigam Limited (MTNL) qui menacent d?ébranler l?empire MT.

Les relations entre employés de MT et officiels de FT ont rarement été très cordiales. Les hauts cadres de chaque groupe se regardent toujours avec méfiance. Ceux participant aux négociations de 2000 avaient souligné que ?l?exercice ressemble plus à un rachat qu?à un partenariat stratégique?. Pour beaucoup de cadres mauriciens, les choses n?ont pas changé. Ils sont toujours irrités que FT considère MT ?comme une des ses filiales?. Ils frissonnent à chaque fois que les Français veulent imposer leurs marques sur les produits de MT : Wanadoo pour l?internet de Telecom Plus ou Orange pour le mobile Cellplus.

Au-delà des conflits internes, le gouvernement aussi bien que les hauts cadres et employés de MT ne regrettent qu?une chose : la manière dont ce bijou du secteur public mauricien a été privatisé. Une soap opera menée de façon peu professionnelle par certains mais dont les effets se feront sentir pour encore longtemps. Très longtemps...

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