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Fragile ouverture
Le gouvernement a opté pour la manière douce afin de permettre une plus grande démocratisation de l?actionnariat à Maurice. Ailleurs, tout processus visant à ouvrir la richesse financière ou même foncière au moyen d?un ?social engineering? brusque a laissé un goût amer. Ici, le combat contre ?le grand capital? n?est pas à l?ordre du jour. Les dirigeants politiques ont préféré laisser à nos grandes entreprises une marge de man?uvre importante afin qu?elles puissent à leur gré s?ouvrir à ceux qui n?ont jamais fait partie de la classe possédante.
Tout ce processus est accompagné d?une démarche plus globale vers davantage de transparence dans la conduite des affaires, de responsabilité et de justice sociale et vers plus de valeurs citoyennes de l?entreprise. Le code de gouvernement d?entreprise qui vient d?être lancé est un pas dans la bonne direction. Le document demeure, jusqu?à preuve du contraire, consensuel. L?acceptation de ce code implique, entre autres choses, que l?entreprise reconnaît que les intérêts des autres ?stakeholders? sont plus que jamais en jeu et qu?elle s?engage à les prendre en considération. Le code prévoit des moyens, parfois radical, dont des changements profonds touchant à la composition des conseils d?administration, afin de pouvoir changer les comportements ? voire les mentalités ? des uns et des autres.
La présence d?un directeur indépendant au sein du conseil, par exemple, fera certainement du bien aux intérêts des petits actionnaires, même si cela risque fort de froisser certaines susceptibilités.
Mais un code, aussi exhaustif soit-il, comporte des dangers. Il peut privilégier une adhésion à la forme au détriment de la substance des principes énoncés. A la place d?une prescription des normes, on aurait préféré de loin que la dynamique du marché soit le principal moteur de cette démocratisation tant souhaitée. La taille et les faiblesses structurelles du marché boursier sont, malheureusement, des grosses entraves à la propagation d?une vraie culture d?actionnariat au sein de l?économie.
Les récentes grosses transactions à la Bourse de Port-Louis sont une illustration vivante que le plus gros des titres disponibles sur le marché transitent d?un puissant conglomérat à un autre. La ?lutte? entre les groupes Rogers et Harel Frères pour obtenir le contrôle gestionnaire de la Mauritius Chemical and Fertilizer Industry, puissante société agrochimique, laisse penser qu?il s?agit là d?une affaire de ?grands? seulement.
Par ailleurs, la notion de ?shareholder activism? a encore du chemin à parcourir. Les lobbies des minorités sont loin de représenter une force robuste et crédible à Maurice pour pouvoir amorcer une distribution notable des richesses dans la société.
Peut-on alors compter sur une certaine fougue des entrepreneurs pour défier les conglomérats dans leurs territoires ? Même sous ce chapitre, la perception est que les groupes diversifiés ont occupé pratiquement toute la place. Il ne reste que très peu de niches où l?entrepreneur peut s?épanouir avec une certaine sérénité. D?ailleurs, les grandes sociétés multi filiales génèrent des marchés internes conséquents et qui très souvent excluent tout recours à des fournisseurs externes pour un vaste éventail de biens et de services.
La démocratisation de l?actionnariat n?est pas accessoire au débat sur la bonne gouvernance; elle est au c?ur même de la question. Elle devrait être le point de départ de toute initiative d?assainissement du monde des affaires. La transparence, la prévention des abus, une meilleure gestion des risques et la création de la valeur dans des meilleures conditions en sont largement tributaires.
Peut-être qu?il faudra aborder la question de gouvernement d?entreprise avec un nouvel état d?esprit.
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