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Fragile et forte

28 février 2006, 20:00

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Une nouvelle épreuve se dresse en travers de notre route déjà si cahoteuse. Cette fois, il faut aller tout de suite à l’essentiel, ne pas s’égarer en stériles débats politiciens sur les causes du nouveau choc qui ébranle le pays.

Fort heureusement, cela semble être le cas : personne n’a encore dit que c’est le précédent régime qui a introduit le chikungunya à Maurice et l’opposition ne s’est que timidement hasardée à accuser le gouvernement de laxisme. Ce que chacun comprend, c’est que le moustique pique tous les Mauriciens pareillement – il n’est membre d’aucune association, d’aucun parti – et que le combat contre cette maladie requiert la mobilisation de tous. Empêtrés dans nos vraies et fausses querelles, cela fait un moment qu’on avait oublié de dire combien le sort des uns dépend des autres. S’il n’y avait pas eu ces morts d’hommes, directes ou indirectes, j’aurais eu presque envie de dire merci Madame Chikungunya !

Maintenant qu’elle est bien là, il est impossible de prédire l’évolution de la maladie. Il est permis cependant d’espérer une sortie de crise relativement rapide grâce à la longue expertise et l’excellent service sanitaire dont jouit le pays dans le domaine de la lutte contre la malaria. La mobilisation nationale en cours, l’esprit de solidarité qui se manifeste, la compétence du personnel hospitalier, l’étendue du réseau de communication routière, la circulation libre de l’information devraient aider le pays à contenir la maladie du mieux qu’il peut. Rares sont les Etats de notre niveau économique qui sont capables d’aligner autant d’avantages.

Nous pouvons tirer de cette douloureuse expérience le sentiment que le pays est en mesure de tenir sur ses jambes, de mobiliser ses ressources propres pour aller au combat, de faire face à l’adversité avec des moyens qui ne sont pas négligeables, minutieusement construits durant des années. Alors même que le chikungunya nous fragilise, une fois de plus, la nation démontre sa force. Ce qui ne veut pas dire que Maurice n’a pas besoin de soutien extérieur.

Face à la menace de propagation d’une maladie encore si peu connue de la science et devant l’ampleur du dispositif à mettre en place pour tenter de la contenir, la solidarité internationale est nécessaire. Elle commence à s’illustrer avec la mission de l’Organisation mondiale de la santé. Et l’aide de pays amis ne sera pas de trop. Ce que nous affirmons, c’est que l’attaque du chikungunya a également été une occasion de recenser nos forces et de tester la solidité du pacte républicain. Je vois, moi, une nation forte ; je ne comprends pas que l’on continue à la voir fragile.

Une de ses plus grandes forces, c’est l’indépendance des institutions et la liberté de l’information. La crise actuelle devrait nous en faire prendre conscience : il est inquiétant qu’à l’étranger, certains pensent que l’information officielle à Maurice n’est pas fiable. Il y a des raisons à ce scepticisme grandissant, le Premier ministre devrait en tenir compte. Nous ne pouvons plus faire nos petites magouilles, ni vu ni connu. On voit bien ce qu’est le village global : le certificat d’un médecin de Mahébourg à la une de TF1. A choisir entre un touriste bien informé qui annule son séjour et un visiteur mal renseigné qui contracte la maladie, il vaut mieux le premier, moins nuisible à l’image du pays.

Piqûre de rappel : Maurice a une longue histoire d’épidémies de toute nature qui ont décimé la population à différents moments. Le ministre Faugoo devrait s’intéresser à l’ouvrage incomparable du Dr Daniel E. Anderson, “The Epidemics of Mauritius” *. Il y verrait que quelques-unes des causes des épidémies d’hier n’ont pas totalement disparu.

  • Daniel E. Anderson, The Epidemics of Mauritius with a Descriptive and Historical Account of the Island, London, 1918, H. K.Lewis & Co. Ltd.

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