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FONCTIONNAIRES ces mal-aimés

24 janvier 2004, 20:00

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Peut-on encore parler, en 2004, de fonctionnaires paresseux, inefficaces et incompétents ? Cette croyance est-elle justifiée ou ne repose-t-elle que sur quelques cas isolés ? Les étiquettes ont la vie dure, mais il n?y a pas de fumée sans feu, dit-on. Privilégiés ou mal-aimés, les 55 000 fonctionnaires ? dont 10 000 policiers, 4 000 enseignants et 4 000 infirmiers ? sont souvent le point de mire du public. Il n?y a qu?à entendre tout ce qu?on leur reproche. Attitudes négatives, abus de pouvoirs, qu?en est-il vraiment ?

Au cours de notre enquête sur les habitudes des fonctionnaires, nous avons trouvé un peu de tout. En fait, il n?est pas un jour qui passe sans que quelqu?un se plaigne de ses déboires avec la bureaucratie. On nous a parlé de ceux qui sont impolis, de ceux qui ne savent pas répondre au téléphone. On nous a demandés pourquoi certaines caisses étaient fermées à l?heure du déjeuner, pourquoi certaines personnes ne décrochent jamais le téléphone. On nous a raconté comment certains fonctionnaires les ignorent, plus occupés à raconter leur vie privée au téléphone. Et puis, il y a ceux qui affirment que les fonctionnaires ont un deuxième emploi, qu?ils donnent par exemple des cours de conduite après les heures de bureau, qu?ils font leurs courses pendant leurs heures, qu?ils prennent des pots de vin pour accorder des permis ou qu?ils grimpent les échelons grâce à leur appartenance politique.

Dans une entrevue accordée à l?express samedi récemment, Régis Yat Sin, ancien chef de cabinet, exprime sa tristesse de voir les fonctionnaires systématiquement rabaissés. « Cela me provoque quand les gens se laissent aller à des clichés et critiquent à tort et à travers », répondait-il à une question. Mais comment faire l?impasse sur tous leurs travers surtout quand les fonctionnaires font parler d?eux ? Après leurs revendications concernant leur salaire, ils ont refait la une de l'actualité pour justifier, souvent mal, leurs retards et leur refus des sanctions à l'égard des retardataires. Les raisons avancées ne sont pas toujours justifiées : problèmes de transport, enfants dont il faut s?occuper le matin, problèmes de criminalité qui les empêchent de sortir tôt le matin ou de faire des heures supplémentaires l?après-midi, etc.

Bien évidemment, tous les fonctionnaires ne sont pas des brebis galeuses. Des gens compétents, il en existe. Ceux-là connaissent bien les dossiers, les rouages de l?administration, ne vous font perdre votre temps de bureau en bureau. Ils vous mettent à l?aise, vous écoutent et essayent de vous aider, vous conseillent, même si ce n?est pas dans leurs attributions. Il y a des fonctionnaires consciencieux, qui ont le sens des responsabilités, qui savent être flexibles, qui vous parlent gentiment sans perdre patience, qui sympathisent avec vous quand leurs collègues vous maltraitent.

Enfin, il y a ceux qui finissent par être démotivés. Les bonnes volontés sont vite brimées dans la fonction publique. « On a beau mettre du sien mais quand on voit que d?autres ne se cassent pas la tête et font le strict minimum, on se demande pourquoi faire l?idiot et se donner du mal. Que vous travaillez ou pas, on vous considère de la même façon. Au contraire, on dira de celui qui en fait un peu plus, qu?il fait de l?excès de zèle », assure une employée du MES.

Plusieurs facteurs entrent en jeu. L?environnement ne leur permet pas toujours de s?épanouir et de donner le meilleur d?eux-mêmes. Il y a parfois un déséquilibre entre la charge de travail et les ressources, ce qui entraîne un découragement. Les compétences ne sont pas toujours reconnues, il n?y a pas d?incentives? « Il faut donner aux employés plus d?encadrement et de formations, améliorer le cadre de travail dans certains cas », met en avant le syndicaliste Radakrishna Sadien.

Quoi qu?il en soit, la fonction publique souffre bel et bien d?une image désastreuse. Pour l?effacer, il faudrait que les fonctionnaires fassent des efforts de Titan, se montrent plus dynamiques que bureaucrates. Dans l?idéal, ils devraient suivre à la lettre un système de valeurs basées sur l?éthique, l?intégrité, la fiabilité et l?honnêteté. Il est important de rester à la hauteur de la confiance du public, d?avoir à c?ur de servir tout le monde de la même façon, d?avoir le sens des responsabilités, le goût du travail bien fait, le respect de la diversité, la bienveillance, la civilité, l?équité, l?ouverture à la communication. Et puis surtout, ils gagneraient à déclarer la guerre aux brebis galeuses qui ternissent leur réputation, car si on en rencontre partout, les contribuables ne pardonnent pas à celles du secteur public parce c?est avec leur argent qu?elles sont payées !

<B>Pour atteindre l?idéal, il faudrait...</B>

<B>- Moins de frustrations et plus de solidarité.</B> Dans l?idéal, la fonction publique serait une organisation dynamique et exaltante, qui relève les défis. Dans la réalité, ce n?est pas toujours le cas. Une employée du Mauritius Examination Syndicate tente une explication. « Dans la fonction publique comme ailleurs, il y a des gens qui se débrouillent parfaitement, il y en a d?autres qui manquent d?expérience et d?autres qui ne veulent pas faire preuve de bonne volonté. Mais on a tendance, dans le public, à ne voir que le négatif. Actuellement, les gens montent au créneau contre nous à cause des retards mais ce n?est pas évident de sortir du sud pour arriver jusqu?à Réduit. Il faudrait qu?il y ait plus de compréhension dans certains cas. » Cette employée, qui a tenu à garder l?anonymat, évoque également le manque de solidarité entre les fonctionnaires eux-mêmes. « Nous sommes nombreux à occuper la même fonction au MES, sauf qu?on est répertorié dans différents secteurs. Certains sont plus cools alors qu?il y a plus de pressions dans d?autres services. Pourtant on a tous la même paie. Résultat, il y a des jalousies et des frustrations. Chacun se dit : ?on fait notre travail point à la ligne?. »

<B>- De bons chefs.</B> Comme pour toute entreprise qui marche, il faudrait à la tête de bons leaders, des chefs de cabinet qui savent gérer le capital humain, qui encouragent l?innovation, la créativité, qui suscitent l?optimisme, conduisent au dépassement. Un secrétaire dans un ministère clé considère que certains chefs démotivent leur équipe. « Péna assez motivation dépi la haut. Manque ça driving force là. Parfois ou trouve même dimoune ki pé gagne cours, ou trouve sé ki fami are tel personnalité ki gagne promotion, ou dégouté. Dans fonction publique ou bizin tout lé temps faire ti toutou, faire paillasson dévant zot. »

<B>- Moins de bureaucratie.</B> Pour mieux faire, le travail devrait être redynamisé, avec moins de paperasseries et de réunions improductives. La lourdeur administrative n?est pas le fait des fonctionnaires, affirme le secrétaire. « Éna beaucoup procédure dans gouvernement. Ene demande arrivé, li bizin passe registry pou faire record, li alle dans Incoming, après li alle cot ou chef, le circulé, li vinne are ou, ou bizin souvent deal avec les autres ministères, scénario là récommencé. Travail là coume sa, bizin écrir beaucoup, ek si éna ene dimoune tardé dans la chaîne là, partout bloqué. C?est dommage ki c?est banne dimoune qui gagne contact direct are public qui paye lé pot cassé. »

<B>- Plus de souplesse.</B> « Plus de transparence aiderait à changer l?image qu?on a du service civil », déclare une fonctionnaire haut placée. Elle reproche au système d?être trop rigide, d?avoir trop de règles à respecter qui finalement tuent l?initiative et la créativité. « Nous avons un système basé sur le modèle de Westminster, mais en Angleterre, les choses ont beaucoup évolué et sont plus souples. Il y aurait moins d?incompréhensions si on pouvait aller sur la place publique et expliquer nos décisions. Mais on n?a pas le droit d?ouvrir la bouche sinon on vous oublie à l?heure des promotions. » Elle regrette aussi la discordance entre les conseillers des ministres qui sont là temporairement et les fonctionnaires en place. « Les bandes d?Advisors que les ministres emmènent avec eux n?ont pas toujours les mêmes objectifs que nous. Eux sont de passage, ils ont leurs idées et nous, on a l?expérience du terrain. Mais tout ça fait que le service public n?est pas structuré et l?empêche d?être efficace. »

<B>- Plus d?égalité entre hommes et femmes.</B> Le « genre » peut aussi faire obstacle à la bonne gouvernance. C?est du moins le constat de notre haut fonctionnaire. « On a beau dire qu?il y a plus de femmes dans les postes à décision dans la fonction publique que dans le privé, dans la pratique, il y a beaucoup de discriminations. Parce que vous êtes une femme, on vous bloque, on ne prend pas en considération ce que vous dite et cela nuit au travail. »

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