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Foncièrement visionnaire

20 août 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La « National Residential Property Tax » et la nouvelle politique touchant les Pas géométriques sur le littoral, couplées avec la politique d?ouverture aux étrangers, ont provoqué un profond malaise dans la population. Une campagne de peur animée d?un argumentaire xénophobe est-elle porteuse d?avenir ? Et si c?était tout l?aménagement du territoire et du littoral qu?il faut repenser avec vision pour des solutions durables et équitables ?

D?après le NDS, d?ici 2020, entre 14 000 et 19 000 hectares de terres actuellement sous canne ne le seront plus. Plusieurs compagnies sucrières ont opté pour des projets IRS comme nouveau pôle de développement en utilisant un « mix » de terres agricoles et de terres jusqu?ici marginales. Le gouvernement actuel mise beaucoup sur les IRS dans sa stratégie de développement. Ces zones d?habitat de luxe que représentent les nombreux projets IRS et leurs Rs 118 milliards d?investissements, vont transformer la physionomie du territoire national. La croissance du parc hôtelier et para-hôtelier pour accueillir les 2 millions de touristes prévus d?ici 2015, aura elle aussi un impact important sur le territoire. D?un pays avec un foncier exploité essentiellement à des fins agricoles l?on s?oriente vers un développement important du foncier au service de l?habitat de luxe et de l?industrie des loisirs.

L?exiguïté du territoire et l?inextensibilité du littoral nécessitent une vraie planification pour s?assurer un aménagement cohérent. Qui concilie les besoins en espaces de ces nouveaux pôles de développement et les besoins actuels et à venir de toutes les catégories de la population mauricienne tant pour le logement et un environnement de qualité que pour les loisirs balnéaires.

Avec les ambitions affichées pour le secteur touristique, le littoral est plus que jamais la ressource naturelle la plus rare du pays. Son exploitation doit être optimisée, tout en veillant à un équilibre performant et juste entre ses trois composantes ? campements, plages publiques et hôtels. La nouvelle politique sur les campements qui s?inscrit dans une philosophie de développement axée sur l?intérêt général, et animée d?une logique de transformation du capital mort en capital vivant, relève du bon sens socio-économique.

Il était grand temps d?en finir avec l?analyse ethnocentrique de la question du littoral qui ne répondait qu?aux intérêts particuliers des couches sociales « privilégiées ».

Autant il n?y a rien à dire sur le principe de la nouvelle politique régissant les campements, autant la manière de faire est très problématique, et le bras de fer juridique qui s?annonce n?est pas pour arranger les choses. Moyennant un véritable dialogue, il est possible de dégager une palette de solutions concrètes pour obtenir le même résultat recherché ? l?optimisation des ressources naturelles appartenant à l?État ? mais avec les angoisses et les peurs qui nourrissent des tensions, en moins. Vivement que les parties concernées se mettent à table pour trouver des solutions « win-win ». Il en existe, sauf pour les bornés !

Une politique d?aménagement du littoral équilibré, juste et harmonieux ne peut faire l?économie des besoins en espaces de loisirs balnéaires ? des plages publiques de qualité ? pour la population mauricienne pour les 20 prochaines années. Quelles sont les caractéristiques du parc hôtelier additionnel nécessaire pour héberger les 1,2 million de touristes supplémentaires prévus d?ici 2015 ? Quels seront les besoins en espace côtier ? quantité et qualité ? échelonnés sur les dix années à venir ?

Ces données demandent à être établies de manière scientifique pour décider de la politique du littoral pour les années à venir. Il semble qu?après une période d?excitation où la réquisition immédiate de 400 sites avait été envisagée pour l?aménagement de plages publiques et le développement hôtelier, la raison a pris le dessus. Tant mieux. L?approche technocratique, arbitraire, et sans vision de surcroît, ne mène nulle part.

Il est temps de « think outside the box » pour être créatif et novateur afin d?arriver à concilier intelligemment les différents besoins en espaces avec les contraintes physiques. Le moment n?est-il pas venu de repenser l?aménagement du littoral dans le sens de la profondeur en intégrant à la bande côtière les zones vers l?intérieur ? Cela permettrait une plus grande marge de man?uvre dans la conception des différents types d?espaces de loisirs et d?habitat pour les touristes et les Mauriciens sur les régions côtières, côté terre et côté mer. La transformation physique du territoire en cours et à venir demande aussi de trouver les terres nécessaires pour une amélioration de l?habitat et du cadre de vie de faubourgs et de villages dans plusieurs régions du pays qui sont aujourd?hui étouffés dans leur croissance.

Et avec l?« Empowerment Pro-gramme » comme instrument pour faire émerger un nouveau modèle de développement, l?État a envoyé un signal fort, tant sur son rôle et sa responsabilité que sur les limites des seules forces du marché dans le processus du développement. Qu?il se dote aussi des moyens pour réussir un aménagement foncièrement visionnaire !

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