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Fin d?une ère militaire US ?
<B>Par Nad SIVARAMEN</B>
L?Africom pourrait bien être la dernière case dans le dispositif militaire de l?administration Bush. La manière, ou plutôt la précipitation avec laquelle le complexe projet militaro-humanitaire des Américains en Afrique est présenté aux pays de la région, dont ceux de la Commission de l?océan Indien (COI), ne peut que soulever des interrogations. Surtout en vue du changement de régime qui s?opère aux Etats-Unis.
L?administration Bush, qui vit sa dernière année au pouvoir, tente de convaincre les deux chambres du congrès américain, sous contrôle des démocrates, d?autoriser le décaissement de plusieurs milliards de dollars, dont 389 millions pour l?implantation de l?Africom. Toutes ces faramineuses dépenses militaires sont passées au crible, au même titre que la guerre mondiale déclenchée, depuis 2001, contre le terrorisme. Il faut savoir que les démocrates, donnés favoris dans la course à la Maison-Blanche après les deux mandats de Bush, entendent revoir de fond en comble la politique extérieure prônée par Bush, qualifiée aujourd?hui de «très loin de la normalité américaine».
Les quatre candidats en lice pour succéder à George W. Bush : Hillary Clinton et Barack Obama (chez les démocrates) et John McCain et Mitt Romney (chez les républicains), ne cachent pas leur désaccord sur la présente politique militaire US. Même John McCain, pourtant partisan de la guerre en Irak, souligne, à cet à égard, les «erreurs de ces dernières années» et les plans «irréalistes».
Pour les démocrates, le changement qui se profile à l?horizon rime avec une nouvelle ère diplomatique. Hillary Clinton estime que «le monde compte sur le leadership américain». Et la forme de ce leadership, selon Barack Obama, est «l?antithèse de l?empire et de l?occupation». Édifiant également ce constat généralisé, selon lequel les Etats-Unis ont grandement besoin d?une nouvelle communauté composée de démocraties qui ne devraient pas «supplanter l?ONU, mais la compléter»?
En considérant tout cela avec en toile de fond l?Africom, il devient évident que ceux au service la Maison-Blanche sont contraints d?agir vite car le nouveau commandement militaire des autorités américaines devrait pouvoir être opérationnel vers le milieu de 2008. De même, la rupture avec l?Europe, siège provisoire de l?Africom, devrait avoir lieu avant la fin de cette année. Ce calendrier est donc largement tributaire de la campagne présidentielle aux Etats-Unis. Et il serait intéressant de connaître ce qu?il adviendra de l?Africom, fortement contesté dans sa forme actuelle par les pays de la SADC, qui préfèrent un partenariat Union africaine-Nations unies comme gardien de la paix, au lieu d?un commandement militaire US permanent.
Quant à Maurice, il semble qu?on oublie souvent que nous appartenons à un bloc régional, notamment la SADC, et, ne serait-ce que par courtoisie régionale, il convient de prendre acte de la position qui s?articule autour de l?Africom. Par ailleurs, l?affaire des prisons secrètes de Diego Garcia devrait inciter nos dirigeants à faire preuve de vigilance lorsqu?il s?agit de discuter d?occupation militaire avec l?administration Bush, mise sur la sellette internationale pour Guantanamo, dont la fermeture est d?ores et déjà annoncée par Barack Obama, en cas de victoire de celui-ci.
Enfin il importe que nous prenions en considération la tendance qui se dessine aux Etats-Unis comme en Afrique. A l?image de cette lettre de l?acteur américain Danny Glover au peuple africain : «American policy-makers should be mindful that South Africa, whose citizens overthrew the US-supported apartheid regime, opposes Africom. In addition, Nigeria and the fourteen-nation Southern African Development Community resist Africom. These forces should be joined by other African governments and citizens around the world, to develop Africa?s own strong, effective and timely security capacities. (?) It is urgent that we persuade progressive US legislators to stop the militarization of aid to Africa and to help ensure Africa?s rise to responsible self-determination.»
L?Afrique a sa propre course à mener, celle de Washington n?est pas la sienne actuellement.
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