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Fin d?une ère
Nous étions un des rares pays démocratiques où les pratiques ténébreuses qui empoisonnent l?atmosphère n?avaient jamais aucune suite judiciaire. Tel n?est plus le cas. Le Directeur des poursuites publiques vient de recommander l?inculpation de quatre des suspects dans la fameuse affaire de la caisse noire d?Air Mauritius.
Pendant longtemps les autorités se sont contentées d?incantations ou de proclamations de principes de moralité sans que celles-ci ne soient accompagnées d?aucune action concrète. Plus les offensives contre la corruption étaient vertueuses, plus les sommes détournées étaient colossales. Le procès annoncé contre les quatre notables impliqués dans l?affaire Air Mauritius rompt ce cycle infernal.
Il ne suffit d?ailleurs pas d?une sanction pénale à l?encontre de ceux qui seront éventuellement jugés coupables de malversations pour que justice soit faite. Comme l?a souligné celui qui a mis au jour le scandale de la compagnie d?aviation nationale, Jack Bizlall, encore faut-il que les sommes détournées soient rendues à leur propriétaire.
La punition la plus lourde qui a été infligée jusqu?ici dans une affaire de malversation n?a été qu?une sanction politique. Un ministre a été contraint de démissionner quand une commission d?enquête était parvenue à des conclusions accablantes contre lui. L?affaire n?a jamais été entendue devant une cour de justice, ni le préjudice financier causé à l?Etat réparé.
Dans l?affaire de la caisse noire, également, l?opinion publique avait initialement cru que l?enquête policière qui était menée ne constituait qu?un travail cosmétique fait pour apaiser la tension avant de mettre le scandale sous l?éteignoir. On se rend compte aujourd?hui que la tradition d?impunité a vraiment changé. Il faut plus que du maquillage pour aider les véreux à s?en sortir.
L?affaire Air Mauritius n?a certainement pas encore révélé tous ses secrets, mais on sait déjà qu?elle a des dimensions effarantes. Les malversations sont étalées sur une période d?environ 20 ans, résultant en un manque à gagner d?une centaine de millions de roupies pour la compagnie nationale. Après son arrestation, l?ancien directeur financier Gérard Tyack était passé aux aveux en révélant aux enquêteurs l?ampleur du scandale de la caisse noire. Il devait même restituer à la police une somme de Rs 27,5 millions provenant, selon lui, de cette caisse.
Il y a un ensemble de circonstances extrêmement heureuses qui ont permis l?aboutissement de l?enquête policière. Au départ, il y a eu, bien entendu, la ténacité et le choix stratégique judicieux du syndicaliste Jack Bizlall. Ensuite, une force miraculeuse a poussé Gérard Tyack, l?homme clé dans la combine, à se confesser. Sans le remords qu?a suscité l?attachement de cet homme aux valeurs religieuses, la police aurait peiné à réunir des témoignages contre les autres suspects. Il y a aussi eu l?arrivée aux commandes d?Air Mauritius en septembre 2000 de Vijay Poonoosamy, un directeur général qui était frustré de voir que son président, Sir Harry, lui laissait une faible marge de man?uvre. Si, en dépit de ces facteurs aussi favorables les enquêteurs étaient incapables de constituer des dossiers à la satisfaction du DPP, cela eût été désespérant.
Il est vrai que Sir Harry a été un gestionnaire efficace. Mais quand bien même l?ancienne direction de la compagnie nationale d?aviation a contribué à sa prospérité, cela ne lui donnait pas des droits particuliers sur celle-ci.
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