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Femmes, femmes ?

10 décembre 2006, 00:00

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«La femme est l?avenir de l?homme. » Peut-être, à supposer que l?homme ait un avenir. Ce qui est certain en tout cas, c?est que la Femme fut le passé de l?Homme ; et qu?elle est par conséquent son présent. Sans la Femme, il n?y aurait rien que quelques guenons nostalgiques d?un improbable futur. D?abord la Femme est la beauté du monde. Or tout commença par la beauté. Quoi qu?on ait prétendu, elle n?a pas du tout la physionomie d?une côte d?Adam.

Je n?ai jamais rencontré une femme en forme de côtelette. Elle a bien plutôt une forme de liane, de rose, d?orchidée (en son intime) ? la forme de tout ce que vous voudrez de joli, de gracieux, de subtil et d?élégant. De la tête aux pieds, elle n?offre que brise de chevelures, corbeille de fruits, harmonie de courbes et de méandres.

À l?image d?une planète : ronde, et elle tourne. Faite pour sourire, chanter, danser, sa voix ravit l?homme, son regard de fée blonde ou de brune magicienne l?ensorcelle. Elle est Morgane en son île brumeuse d?Avalon, Viviane en la forêt de Brocéliande. Elle est la Dame de Byblos, l?Isis des Egyptiens. Elle est la Vierge noire ou Venus-Aphrodite ; Athéna descendue de l?Acropole ; Elle est la Crétoise aux serpents et aux seins triomphants?

En outre, la Femme porte souvent un nom magnifique qui fait rêver aux saisons de notre mémoire. La « première » s?appelait Eve (qui se lit dans les deux sens) qui signifie « l?Eau » ? miroitante mais insaisissable ? mer nourricière (puisque la Mer est notre mère à tous). Intuitive, Elle voulut très tôt en savoir plus, sortir du conte de l?Eden. Elle a désiré et offert la pomme (fruit magique) à ce grand niais d?Adam. Ce fruit défendu la divinisa. « Sexuellement, écrit Boris Van, c?est-à-dire avec mon âme. »

Pourtant, elle n?avait pas attendu ce récit biblique pour régner sur le monde. Le culte de la Grande Déesse, déesse-mère, remonte au néolithique (environ 7 000 ans avant J. C). Et l?on trouve dans les grottes ornées du Périgord en France, (Les Eyzies, Lascaux etc.) de nombreuses figures de vulves, signes d?hommage à la Femme d?il y a 30 000 ans? C?est l?avènement des religions phallocratiques, toutes inventées par des hommes, qui relégua la Femme dans son rôle utilitaire de ménagère maternelle. Avant Descartes, l?Homme imposa sa devise : « JE pense, donc TU suis? »

Réputée dangereuse (Elle en savait trop), Elle fut soumise à une surveillance soupçonneuse, à une domination mâle qui perdure encore en bien des régions du monde. Pourtant, Elle donne la vie, Elle a le goût du bonheur et croit en l?amour.

Mais la Femme n?est pas seulement un mythe. Elle est surtout la femme de tous les jours. Alors, où voit-on nos femmes ?

Elles ne sont plus la Dame du troubadour ou du chevalier : ni la Reine Margot, ni Madame de Pompadour. Elles sont les héritières de l?auteur du « Deuxième Sexe ». « On ne naît pas femme, écrivait Simone de Beauvoir, on le devient », sous l?astreinte des hommes.

Ainsi commença le féminisme, la prise de conscience des femmes de leur féminitude. Elles revendiquèrent leurs droits à la liberté partagée, accédèrent à l?égalité, et enfin ? dernière étape, remportée à l?arraché ? à la maîtrise de leur fécondité. Ce fut « la femme libérée »? Qu?en résulte-t-il ? En gros, qu?affrontant des « problèmes d?hommes », elles assument des responsabilités dans le monde du travail, très bien d?ailleurs, mais qu?elles y ont perdu une part de leur mystère. Et s?y sont surmenées. Courageuse, exigeante, la femme, qu?elle soit médecin, professeur, secrétaire, infirmière, femme de ménage, etc., n?en reste pas moins l?organisatrice du foyer, l?épouse et la maman. Tâches écrasantes ! Double travail?

Où sont les femmes ? Au logis, à l?usine, au bureau, elles sont partout où il y a de la vie à défendre, à sauvegarder. La misogynie masculine a souvent fait de ces modèles féminins un objet de mépris et de sarcasmes. C?est pourtant la Femme qui complète et affine l?Homme. N?est-elle pas sa « moitié » ? Ce que figure l?idéogramme chinois du Yin-Yang. Le yang, principe masculin, clair et fort comme le jour représente l?aspect actif, positif de la vie en mouvement. Le yin, réceptif, fluide, mystérieux comme la nuit, en est la part d?accueil mais aussi de l?énigme. Le yang est acte, le yin est puissance, et ces deux éléments s?interpénètrent?

L?homme et la Femme forment ensemble la maintenance du monde.

Où sont les femmes ? encore là où il faut se battre : tous les combats ne sont pas gagnés. L?un des plus coriaces reste, ici ou là, la liberté de procréation. La contraception, ça marche, à condition de s?en servir. Mais puisqu?on parle sans cesse de liberté, pourquoi refuser celle-là ? Comme l?écrivait fort justement Shenaz Patel (qui sait poser le doigt où ça fait mal?) : «? Il n?y a pas que la misère économique et matérielle. Il y a aussi la misère affective. Il y a aussi même sans aucune misère, le fait de ne pas vouloir d?enfant, parce que l?on estime, pour diverses raisons, que l?on ne saura ou ne pourra s?en occuper comme il faut. » Les temps du « Croissez et multipliez » sont révolus ? multiplication qui pose déjà d?insolubles problèmes. L?interruption volontaire de grossesse a soulevé des tempêtes de criailleries un peu partout. Mais la libération de la femme passe aussi par cette liberté-là : le désir ou le refus de la progéniture.

Michel BEDU

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