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FEMME DE COEUR FEMME DE TÊTE

22 janvier 2005, 00:00

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Danielle Wong, née Tsang Man Kin, c?est d?abord un tempérament fort et déterminé à n?en faire qu?à sa tête. Adolescente, ne dit-elle pas à qui veut l?entendre qu?elle épousera le premier homme dont elle tombera amoureuse ? Assertion qui se vérifie par la suite.

Ainsi, à 17 ans, elle persiste avec sa mère Solange qui n?est pas d?accord qu?elle se soit amourachée si jeune de Simon Wong, d?un an son cadet. Elle déclare alors de façon péremptoire que si l?on tente de les séparer et qu?on la force à épouser un autre, elle finira par tromper ce dernier.

Ses parents cèdent. A la fin de sa scolarité au Couvent de Lorette de Port-Louis, elle se rend à Paris pour étudier le savoir-vivre et le protocole à l?Ecole des Hôtesses, diplôme qu?elle cumule avec un autre en droit international privé à l?université de Paris II. Elle continue à fréquenter Simon, étudiant en marketing à l?université de Dauphine, qui loge presque en face de chez elle. Même s?ils sont constamment chaperonnés par un dragon !

SA TOUTE PREMIÈRE FOIRE

Cette étape parisienne jette les bases de son avenir. C?est en effet dans la capitale française qu?elle côtoie plusieurs Mauriciens au potentiel prometteur qu?elle retrouve par la suite aux commandes du pays, dont Vishnu Lutchmeenaraidoo. C?est aussi à Paris, à l?occasion de foires où elle participe en tant qu?hôtesse, qu?elle croise les nouveaux entrepreneurs mauriciens engagés dans le textile, secteur qui se développe tout juste. La Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA), une association regroupant quelques membres et destinée à défendre leurs intérêts, vient d?y être créée.

Quand Danielle rentre à Maurice au bout de quatre ans, elle n?a pas d?idées précises sur son devenir. Elle accepte un emploi dans le département des ressources humaines chez Rogers. Elle tisse ainsi ses premiers liens avec les membres du secteur privé et de la presse.

La MEPZA, encore à ses premiers balbutiements, cherche un directeur. Danielle fait acte de candidature. En attendant d?être fixée sur son sort, elle prête main forte dans l?organisation de la première foire Made in Mauritius. Elle en tire beaucoup de plaisir.

HISTOIRE D?AMOUR ET ROMANCE TOUJOURS

C?est finalement elle qui est choisie comme directrice de la MEPZA. Un fauteuil qu?elle occupe 25 ans et qui lui permet de travailler avec 20 présidents ayant chacun une notion différente de la gestion.

Certains auraient pu considérer ces changements incessants comme un facteur démotivant. Pas Danielle, pour qui il y a toujours un revers à la médaille. Ces différentes gestions, soutient-elle mordicus, lui ont permis de ne pas s?encroûter, tout en la forçant à se remettre en question.

Danielle a le sentiment d?avoir fait sa part durant ces 25 ans à la MEPZA qui comprend aujourd?hui 95 membres. Mais elle n?en est pas démesurément fière. «J?ai contribué d?une certaine manière à l?économie de Maurice et permis, dans une certaine mesure, une forme d?émancipation pour l?employée de la zone franche, notamment en lui obtenant 12 semaines de congés rétribués ou encore en faisant introduire la possibilité pour la mère de famille d?allaiter son bébé.»

Il lui arrive parfois de regretter de n?avoir pas saisi l?opportunité de monter sa propre entreprise durant la période de boom enregistrée par la zone franche. Mais quand elle y repense, elle se dit que tous comptes faits, elle n?aurait pu servir deux maîtres à la fois.

Comme elle l?avait décidé dans le passé, elle a fini par épouser Simon Wong à qui elle a donné trois enfants. Sa volonté de fer s?est muée en fidélité quand elle a pris pleinement conscience des implications de ses croyances religieuses. En effet, lors d?un séminaire du Marriage Encounter destiné à donner un coup d?adrénaline à son couple, Danielle qui est catholique pratiquante, réalise que l?amour du Christ est inconditionnel. Elle essaye de l?appliquer à tous les aspects de sa vie.

Elle et Simon se mettent alors au service des fiancés. Ainsi, une fois l?an, ils animent des sessions de préparation au mariage. Loin d?en être lassée, elle explique que ces cours les maintiennent dans un état d?amour et de romance permanente. Elle est aussi engagée dans d?autres mouvements catholiques.

Un incident dans sa vie aurait pu modifier sa trajectoire. Un faux pas dans sa salle de bains et c?est la chute. Son fémur se brise et elle doit subir six interventions chirurgicales. Sa dystrophie musculaire s?accentue et elle ne peut plus se déplacer qu?en chaise roulante. Pendant un an, le quartier général de la MEPZA est transféré à son domicile. Plutôt que de maudire le sort, Danielle l?interprète comme un cadeau. «Autrefois, j?étais impatiente et inconsciemment arrogante. Le fait d?être en fauteuil roulant m?a appris la patience et l?humilité de demander l?aide d?autrui pour me porter. Etre en chaise roulante donne aussi aux autres la possibilité de rendre service. Cela permet aussi une sensibilisation sur la vie des autrement capables.»

Malgré les crises qui secouent le secteur textile, Danielle reste sereine. «Cela fait partie de la vie. Il ne faut pas oublier que nous avons eu de bons moments et il faut s?en réjouir. Après le beau temps, la pluie. Il faut s?adapter. Je ne suis pas inquiète. Je suis sûre qu?il y aura d?autres opportunités et d?autres développements dans d?autres secteurs.»

Danielle, qui adore planifier sa vie, a déjà anticipé ses funérailles qui devraient s?étaler sur quatre jours. Après 25 ans au poste de directrice de la MEPZA, prépare-t-elle aussi son départ de l?association qu?elle a si bien servie ? Pas tout à fait. «La MEPZA et moi, c?est une histoire d?amour. Même si mon état me fait parfois me poser des questions et me demander si je suis encore à même de la servir, j?ai appris à ne plus m?inquiéter des choses.» Encore une autre de ses constances?

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