Publicité
Faut-il une unité de soutien psychologique aux policiers ?
Par
Partager cet article
Faut-il une unité de soutien psychologique aux policiers ?
Satish Boolell chef du service médico-légal
Comment l?absence de soutien psychologique sera-t-elle comblée ?
Je proposerai au commissaire de police un programme de soutien avec la participation d?ONG dont Befrienders et des professionnels du social. Une antenne d?écoute est impérative et la relance des compétitions sportives s?impose. Il y a là une interaction sociale dynamique conséquente qui crée dans son sillage des role models pour les jeunes policiers. Le champion Menon Ramsamy, leader de la ligue de cross, en est un exemple.
Comment l?impact du stress des policiers peut-il être atténué ?
Le mal dont souffrent les policiers doit être disséqué en profondeur, les zones d?insatisfaction examinées et les mesures appropriées identifiées. La mise en place d?un réseau de communication entre les différentes hiérarchies de la police s?impose. Ce réseau doit forcément s?étendre à la famille du policier qui est susceptible de subir en premier, les répercussions de son stress.
Le type de formation actuel des recrues est-il approprié ?
Si les médecins de la police ne sont pas de la partie, la formation doit forcément contenir des lacunes qu?il faudra combler. La police ne doit pas être un bureau de l?emploi et n?est pas policier qui veut. Force est de constater que bon nombre de nos recrues sont arrivées par le biais d?un certificat d?études et faute d?un emploi. La formation actuelle, basée sur une condition physique alliée à une étude sommaire de nos lois, n?est pas appropriée. Je propose un plan de réforme qui inclurait un soutien psychologique dès le départ. La prévention est la meilleure arme qui soit.
Qu?en est-il des carences propres à un tel style de formation ?
Il faudra inciter les policiers à s?engager dans le social, auprès d?organismes d?encadrement des jeunes, ou dans des programmes pour bâtir la citoyenneté mauricienne.
Quatre cas de suicides de policiers, n?est-ce pas inquiétant ?
Ce n?est pas statistiquement conséquent sur un effectif de dix mille personnes. En fait, c?est le mode de suicide qui fait peur. Le suicide est dû généralement à l?isolation sociale et à la maladie. D?autres facteurs sont l?endettement, le jeu et les déceptions amoureuses.
Jean-Claude Bibi avocat
N?y a-t-il pas une contradiction entre votre engagement auprès des détenus, victimes de brutalité policière, et le fait que vous soyez favorable à la mise en place d?un service d?accompagnement psychologique pour les policiers ?
L?un n?empêche pas l?autre. La logique qui consiste à mettre plus l?accent sur les droits des victimes et pas assez ou pas du tout sur ceux des détenus est dangereuse. La recherche d?informations en vue de confirmer ou d?infirmer une suspicion doit se faire dans le respect des droits des suspects. Le métier de policier est difficile. De nombreux facteurs propres à la spécificité de son rôle peuvent être source de stress. L?accès à un service gratuit pour que des policiers retrouvent leur équilibre psychologique et physiologique est nécessaire.
La prise en compte des aptitudes psychologiques au moment du recrutement ne suffit-elle pas pour prévenir des écarts de comportement ?
Non. Il faut faire une distinction entre une formation qui n?est en fait qu?une initiation aux fonctions de policier et une formation continue. Au moment de son recrutement, le policier n?a pas totalement atteint sa maturité psychologique. La formation continue s?enrichit en permanence de situations réelles. Le policier est sans doute le mieux placé pour connaître en profondeur les injustices sociales et économiques. Il est souvent confronté à la violence.
La formation continue devrait l?aider à prendre de la distance par rapport aux événements qui jalonnent ses journées. En parallèle, il n?est pas interdit de prévoir une assistance psychologique continue. Ce sera un espace où un policier confronté à un problème de sa vie privée ou lié à son travail ira s?exprimer. Un policier est avant tout un humain. Les problèmes qui affectent les personnes des autres corps de métier ne l?épargnent pas. La complexité de son métier est telle que ce service d?accompagnement doit être multidisciplinaire.
Le contact avec ce service sera-t-il possible à un adepte de la brutalité ?
La disposition à reconnaître ses limites et ses erreurs relève de la maturité. Trop de jeunes se joignent à la police sans avoir atteint préalablement cette maturité. D?où la nécessité de relever l?âge pour la rentrée en service dans la force. À 18 ans, on est encore adolescent.
Publicité
Publicité
Les plus récents