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Faut-il retarder les élections municipales ?
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Faut-il retarder les élections municipales ?
<B>OUI
Gérard Lepoigneur ex-président du conseil de district du Sud</B>
<B>> Pourquoi faut-il retarder les élections municipales prévues en 2004 ?</B>
La raison est purement administrative. Les nouvelles municipalités n?ont pas encore de structures administratives appropriées. Le personnel non plus n?a pas encore été sélectionné. Les futurs élus évolueront sur un terrain administratif inconnu. J?estime que leur entrée en fonction sera prématurée. Si cela se produit, elle risque de provoquer un véritable chaos administratif.
<B>> Que proposez-vous ? </B>
Il faut dissoudre tous les conseils de district dont les membres ont été élus selon l?ancienne loi sur l?administration locale. Il faut les remplacer par des conseils administratifs nommés dans le cadre de la nouvelle loi. La durée de leur mandat sera temporaire, de six à douze mois. Ils serviront à jeter les bases administratives de ces nouvelles municipalités. Il est urgent de placer l?administration des villes au-dessus de l?intérêt des partis politiques. Le véritable défi à relever est d?ordre administratif : les villes ne doivent pas seulement être gérées mais doivent bien l?être.
<B>> À quel moment l'élection des nouveaux conseils municipaux devra-t-elle alors avoir lieu ? </B>
Elle doit intervenir tout de suite après l?échéance du mandat temporaire des conseils administratifs. À cause de l?entrée en vigueur de la nouvelle loi, l?élection dans les municipalités existantes a été avancée de deux ans, soit en 2004. On peut repousser la date de ces élections à l?année prochaine.
<B>> Préconisez-vous une élection séparée pour les municipalités existantes et les autres ? </B>
Rien n?empêche de faire les deux en même temps.
<B>> Un report ne porterait-il pas atteinte aux droits démocratiques ? </B>
Ce report pourrait certes être perçu comme tel. Les traditions démocratiques sont si enracinées dans notre culture qu?il est peu probable qu?un report puisse lui être néfaste. Il faut appliquer intelligemment la démocratie. La bonne gestion, la prévoyance, la planification, la recherche de normes indispensables à l?instauration d?un système administratif efficace, l?identification des failles du système que l?on veut mettre en place, le recours à de nouveaux paramètres dans les départements administratifs sont au c?ur de l?aventure démocratique dans laquelle une partie du pays va se lancer. Il serait dommage que l?application d?une règle démocratique, si noble soit-elle, aboutisse à une confusion administrative.
<B>> Dans le contexte politique actuel, un report n?aurait-il pas l?air suspect ? </B>
Une infime minorité croit qu?une élection apporte un bénéfice personnel quelconque. La priorité pour une bonne partie de la population, c?est d?améliorer son pouvoir d?achat et de disposer d?un cadre susceptible d?assurer l?épanouissement de sa vie. Ce n?est pas en dépensant des millions pour faire respecter les règles démocratiques que l?on atteindra les objectifs recherchés par cette majorité. La réforme de l?administration locale, surtout dans les régions rurales, offre une vraie possibilité d?améliorer le cadre de vie dans ces régions. Il faut jeter les bases sans lesquelles la réforme souhaitée ne sera qu?un vain mot.
<B>> Pour quelqu?un qui connaît bien la réalité politique, votre approche n?est-elle pas un peu trop idéaliste ? </B>
Ma prise de position n?a rien à voir avec ma couleur politique. Je connais trop la réalité des régions rurales, en particulier celle du Sud, pour permettre que la réforme de leur administration se fasse sur l?allégeance à un parti politique. Cette réforme ne doit pas être réduite à une question de victoire électorale. Elle se rapporte à l?administration de plus de la moitié du territoire. Les facteurs indispensables à la réussite de cette aventure sont le choix judicieux des cadres, le recours à des techniques de gestion qui assurent non seulement l?efficacité des projets mais leur pérennité, la vision dans la planification du développement de ces régions.
<B>> L?organisation simultanée des élections municipales et générales ne serait-elle pas une solution qui respecterait nos pratiques démocratiques et les moyens financiers nécessaires à leur réalisation ? </B>
Je suis partant pour cette formule. Elle a le mérite d?éviter d?engloutir des millions dans l?organisation d?élections dans un très court délai. On n?a qu'à proposer deux listes séparées. Cela ne devrait pas poser de problèmes.
<B>NON
Sanjit Kumar Teelock ancien député et ancien maire de Curepipe</B>
<B>> Pourquoi les élections municipales doivent-elles avoir lieu comme prévu ?</B>
Il y a une pagaille indescriptible au niveau de certains conseils de village. Depuis 2002, il n?y a plus de consultations populaires pour élire les conseillers. Ces conseils sont appelés à disparaître avec le changement de statut. Or depuis 1997, bon nombre de conseillers ont été nommés pour remplacer ceux qui démissionnaient ou qui se sont disqualifiés pour absence prolongée. Si cette situation continue, on risque de se retrouver uniquement avec des con-seillers nommés par le gouvernement. C?est une situation dangereuse qui bafoue les traditions démocratiques. Il faut que les conseillers soient élus selon nos règles démocratiques.
<B>> Trois campagnes ne risquent-elles pas d?être néfastes pour le pays ? </B>
Ces trois élections ? les partielles en décembre 2003, les municipales cette année et les générales en septembre 2005 ? ont été prévues depuis longtemps. La situation apparemment cornélienne dans laquelle on se trouve aujourd?hui aurait pu être évitée si on avait fait les élections dans les municipalités existantes en 2003 dans le cadre de la réforme de l?administration locale. Le gouvernement a décidé de faire autrement. Rien ne peut justifier le renvoi d?élection à n?importe quel niveau que ce soit.
<B>> Quelle serait la période idéale pour organiser ces élections ? </B>
Si ces élections ont lieu en mars ou en avril de cette année, cela laissera assez de temps pour la campagne des élections générales qui doivent avoir lieu au plus tard en septembre 2005. Il faut une fois pour toutes décider de l?importance que l?on attache à la démocratie surtout dans les régions rurales.
<B>> Un moratoire est-il nécessaire ? </B>
La loi sur la réforme de l?administration locale a été votée en 2003. La plupart des problèmes tels le recrutement du personnel ou l?attribution des propriétés immobilières sont d?ordre technique. On a eu assez de temps pour les régler. Il a fallu une volonté pour passer à l?action. Mais jusqu?ici, il n?y a pas eu de progrès sensible sur ce plan.
<B>> Quel va être le plus gros défi des nouvelles municipalités ? </B>
Celui de l?imposition de la taxe rurale.
<B>> Il n?y aura pas de taxe rurale?</B>
L?erreur des promoteurs du concept de la municipalisation des régions rurales est d?avoir cru que les villes et les régions rurales peuvent être placées sur le même pied.
<B>> Qu?auriez-vous proposé comme réforme des administrations des régions rurales ? </B>
Au lieu de créer des municipalités, on aurait dû avoir recours au concept d?urbanisation graduelle. Aux termes de ce concept, le statut de ville serait alors accordé uniquement à des gros villages tels que Triolet, Grand-Baie, Mahébourg, Rivière-du-Rempart, Goodlands et à certaines petites localités limitrophes. L?intégration d?entités à ces nouvelles villes serait effectuée peu à peu.
<B>> Vous dites oui à la réforme de l?administration des régions rurales mais non à l?imposition d?une taxe ? </B>
Je ne m'oppose pas à la nécessité qu'une administration puisse avoir recours à l'imposition de taxes sur les activités économiques pour avoir ses propres fonds en plus des subventions de l'État, mais je suis totalement contre l'imposition d'une taxe immobilière. La taxe rurale dans la campagne n'est pas justifiée, vu qu'il n'y a pas, et qu'il n'y aura pas avant longtemps, les mêmes facilités que dans les Plaines Wilhems. L'application de la taxe rurale risque de soulever l'indignation populaire.
<B>> Comme toute taxe immobilière, celle-ci ne devrait-elle pas être faite sur la valeur des propriétés ? </B>
Je doute que l'État ait assez d'experts pour évaluer les propriétés dans les sept nouvelles municipalités. En plus, la formule d'impôt basée sur la superficie de la propriété, comme c'est le cas dans les villes actuellement, ne sera pas appliquée dans les régions rurales. L'impôt sera calculé sur la base de la valeur commerciale du site qui abrite un bâtiment, ce qui provoquera des incohérences monumentales surtout dans les gros villages où la valeur de certains terrains situés en bordure de la route principale a augmenté. Le propriétaire d'une bicoque située sur un tel terrain se verra réclamer le même taux qu?un riche commerçant. Le propriétaire d'un palais situé sur une colline sans valeur commerciale paiera un taux bien en deçà de sa capacité de payer.
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