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Faut-il introduire le « flexitime »dans tous les secteurs ?

17 janvier 2004, 20:00

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OUI

Pradeep Dursun

Conseiller en ressources humaines et relations industrielles de la MEF

Pourquoi faut-il introduire le flexitime ?

C?est un système qui permet d?établir des horaires variables et d?organiser le travail avec beaucoup de souplesse. Dans bien des cas, il consiste à diviser la journée en heures flexibles avec néanmoins une tranche déterminée durant laquelle les horaires souples ne sont pas applicables. Dans les pays industrialisés, le flexitime est lié à l?ensemble des initiatives qui favorisent le recours aux horaires de travail variables : le travail à mi-temps, le job sharing, un concept qui consiste à partager un poste à plein temps entre plusieurs personnes, en général deux, le travail effectué à la maison, le télétravail.

Faut-il alors l?introduire dans tous les secteurs ?

Le flexitime est plus indiqué dans certains secteurs que dans d?autres. Il ne changera rien à la nature du travail, à la spécificité des services et à la mission des entreprises. Bien au contraire, il permet à ceux qui l?appliquent de mettre de nouvelles chances de réussite de leur côté.

<B> Quels sont les secteurs où il devrait et pourrait être introduit ?

Il est souhaitable dans le secteur des services pour les employés de bureau. Son introduction est aussi possible là où il existe un bon système de travail en équipe pour le partage d?un poste à plein temps entre plusieurs personnes.

Quels sont les problèmes pratiques qu?il pose à une entreprise ou à la fonction publique ?

La non-disponibilité des services publics après les heures ouvrables. Il existe une résistance à changer les vieilles habitudes et cultures du travail, une incapacité à mettre en place une administration rigoureuse des systèmes de contrôle et de supervision.

Quelles sont les conditions nécessaires pour assurer sa réussite ?

La confiance mutuelle entre l?employeur et les employés est une condition indispensable. Sa mise en ?uvre nécessite une procédure efficace pour comptabiliser les heures du travail, gérer les congés et les arrêts de travail et l?élaboration d?un mode de paiement attrayant.

<B> Il y a une école de pensée qui doute des capacités du flexitime à augmenter la performance et la productivité. Qu?en pensez-vous ?

Le flexitime permet à l?employé de mieux gérer ses engagements personnels avec son contrat de travail. Il lui offre une possibilité originale de trouver un juste équilibre entre ses responsabilités familiales et professionnelles. Les effets sur la performance de l?employé ne peuvent qu?être bénéfiques. Le flexitime assure une continuité du travail. Il est certain qu?il peut créer un environnement qui favorise la productivité.

<B> Son application, dans le contexte actuel, ne risque-t-elle pas d?être perçue comme une fuite en avant ?

C?est une idée fausse de croire que le flexitime est un outil entre les mains de l?employeur pour piéger les salariés ou le signe d?une mauvaise planification à quelque niveau que ce soit. Le monde du travail évolue de façon constante. Les opérateurs sont constamment interpellés par des facteurs tels que les heures de travail, l?importance que la clientèle attache à la qualité des services et des produits, la situation du marché qui devient de plus en plus compétitif et les attentes grandissantes des consommateurs. Dans ce contexte, le flexitime apparaît comme une démarche rationnelle, positive et pratique, capable de résoudre de nombreux problèmes liés non seulement au monde du travail mais à la société en général. Son introduction à une incidence sur la vie générale des gens.

Quels enseignements retient-on de l?expérience des entreprises qui depuis 1980 ont eu recours à ce système ?

Bon nombre de compagnies ont en effet introduit une dose de souplesse dans les horaires de travail. Dans un cas particulier, le flexitime a permis au personnel féminin d?une entreprise de la capitale de trouver un juste équilibre entre ses responsabilités professionnelles et familiales. Depuis, le système a trouvé sa vitesse de croisière et fonctionne bien. Il est largement apprécié par les femmes.

Le pays est-il prêt pour son introduction ?</B>

Certainement oui. Il ne faut pas avoir peur du changement. C?est un état d?esprit. Notre monde de travail évolue constamment. Une nouvelle culture du travail s?impose. Il faut donner au flexitime sa chance.

NON

Reaz Chuttoo

Négociateur de la Federation of Progressive Union (FPU)

<B> Pourquoi êtes-vous contre le flexitime ?

Le flexitime est un piège pour les employés que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé. Ce système existe déjà dans le secteur de la grande distribution. Il sera une réalité prochainement dans le secteur public aux termes des recommandations de l'avant-dernier rapport du Pay Research Bureau qui a prévu son introduction.

Le flexitime n?est-il pas une réponse aux retards qui affectent tellement le secteur public que des sanctions sont envisagées contre les retardataires ?

Le flexitime ne résoudra pas le problème du retard. Dans leur grande majorité, les travailleurs ne sont pas directement responsables de leur retard. Sa source est ailleurs. Dans la majorité des cas, les retardataires sont tributaires des embouteillages. En sanctionnant les retardataires, l?État se dédouane de ses responsabilités en tant que principal acteur du développement du pays.

Entre l?abus probable de certains retardataires et le problème de la congestion routière, le flexitime n?apparaît-il pas comme un moindre mal ?

Des mesures disciplinaires adaptées doivent être prises contre les fautifs. En quoi le travailleur est-il responsable si le pays subit les effets pervers d?une absence d?infrastructures routières, d?une trop grande concentration des activités économiques sur Port-Louis, de la disproportion entre le nombre grandissant de véhicules importés et le développement des routes ?

Quel serait l?impact du flexitime dans le secteur privé ?

Il va rendre la compétitivité sur le marché du travail encore plus féroce. À terme, cela aboutira à une réduction certaine du coût de la main-d??uvre. Bon nombre d?entreprises envisagent de travailler 24 heures sur 24 en ayant recours à des tranches horaires de huit heures chacune. C?est une forme de flexitime. Mais les risques de licenciement pour cause de non-respect des horaires associés au flexitime vont se multiplier.

N?est-ce pas raisonnable et nécessaire d?appliquer le flexitime durant les heures creuses surtout dans le secteur de la grande distribution ?

La période n?est pas choisie au hasard. C?est généralement dans cette tranche horaire que la performance des employés est à son niveau le plus bas. Sur un plan purement économique, on peut admettre que dans sa logique, un opérateur peut justifier le flexitime pendant les heures creuses. Cependant, les conséquences sont plus désastreuses pour les travailleurs. La deuxième tranche horaire se situe entre 16 et 22 heures. Les travailleurs sont payés au taux normal et non selon le barème appliqué durant les heures supplémentaires. Dans un cas pareil, le flexitime va léser les acquis des travailleurs. Ce n?est pas acceptable.

Le flexitime ne pourrait-il pas être appliqué dans certains départements du secteur public qui auraient pu travailler bien après 16 heures ?

Ce système n?est pas approprié et n?est pas applicable dans le secteur public. Au cas où il serait mis en vigueur, le flexitime mettra en cause les conditions de travail des fonctionnaires. Le travail effectué en dehors des heures normales ne sera pas rétribué. Le flexitime risque de bouleverser le mode de vie des travailleurs.

La responsabilité des syndicats n?est-elle pas également engagée sur la question de la congestion routière du fait qu?ils se sont abstenus de militer sur des questions d?intérêt national ?

Il n?y a pas de doute à cela. Nous sommes trop nombreux à nous cantonner dans la défense de l?intérêt spécifique de nos membres respectifs. Nous n?avons pas fait suffisamment de pression sur l?État pour qu?il accorde une attention particulière à des problèmes d?intérêt national. Nous réagissons avec plusieurs longueurs de retard. Nous avons péché par une absence d?analyse et de débats sur des enjeux nationaux. Cela nous coûtera très cher. Il est temps de réagir. Le rapport de forces sur le terrain n?est pas en notre faveur. Seule la mobilisation et notre capacité de rassemblement nous permettront de renverser cette tendance.

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