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Fausses alertes à la bombe : une menace pas si innocente

7 août 2004, 20:00

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«L?avion ne décollera pas parce qu?il y a une bombe à bord. » « L?université travailliste ça ! Ou pou coné, pou éna ene explosion 2 heures. » Que faire face à de tels messages téléphoniques ? Prendre au sérieux ou ignorer ? Evacuer ou ne pas évacuer ?

Les responsables d?établissements menacés se retrouvent livrés à eux-mêmes dans ces instants-là. Il faut avoir peur et en même temps ne pas paniquer. En fait l?alerte à la bombe vous met devant un véritable dilemme. D?un côté il est difficile d?imaginer un terroriste prévenir d?un danger si son objectif est de tuer. De l?autre côté, on n?est jamais sûr à 100 % qu?il s?agit d?un canular. En attendant, ces appels mystérieux mènent plus d?un par le bout du nez.

Une menace à ne pas prendre à la légère

Dernière fausse alerte en date : jeudi 5 août, la cour de Souillac est ciblée. Un coup de fil d?un mystérieux correspondant signale une bombe. Le va-et-vient dans cette institution est immédiatement interrompu. « Nou ti pé asizé lor banc, kikene ine vine dire nou gentiment alle faire ene ti lé tour déhor. Noune comprend ki éna ene alerte à la bombe kan noune déhor », expliquent des témoins. La cour a donc été évacuée. Les policiers épaulés par le Bomb Disposal Team de la SMF ont procédé à la recherche de la supposée bombe mais en vain et les choses ont repris leur cours une heure après.

Les commentaires allaient bon train ce matin-là dans le village paisible de Souillac. « Noune pane per, plito banne dimoune ine envi vine pli pré pou prend nisa », lance un chauffeur de taxi. Un autre homme arrivé bien plus tard raconte qu?il a entendu dire que « banne SMF, ine alle cotte ene cabine téléphonique cot bazar. Zot fine tire ene disquette pou zot vérifier banne appel. Dimoune la ine apele dépi là. » Fabulations, commentaires sur l?explosion de Grand-Baie, exaspérations? De toute façon, beaucoup d?efforts ont été déployés pour rien.

Ahmad Aumjaud, Centre Manager chez Trianon Shopping Centre n?a pas pris de risques, lui non plus, le vendredi 30 juillet à 19 h 30 quand une de ses employés a reçu un appel anonyme prévenant qu?une bombe était placée dans le centre. « Aussitôt qu?on a reçu l?appel, on a gardé notre calme et on a réfléchi. Il ne fallait pas paniquer mais faire une évaluation des ressources à notre disposition et mettre sur pied un plan rapide d?évacuation sans bousculade. »

Le personnel a d?abord été prévenu discrètement. On a activé pour faire partir ceux qui étaient à la caisse. Ensuite il y a eu un message dans les haut-parleurs pour prévenir les clients que l?hypermarché allait fermer pour des raisons d?ordre technique. Un deuxième message est passé lorsque les gens ont commencé à se poser des questions. « Nous avons alors dit qu?il y avait une alerte à la bombe, de procéder vers la sortie en ordre, de faire attention aux enfants et de ne pas se bousculer. » Les équipes de sécurité ont assuré la sortie ordonnée des clients. Le centre a été évacué par étapes : Shoprite, les boutiques, Games, ensuite le Food Court. « Il fallait aussi s?assurer qu?il n?y avait pas d?embouteillage de la circulation routière au rond-point St Jean. » Plus de peur que de mal. Il n?y a pas eu de bombe. Encore un canular comme celui de l?IVTB d?Ebène. Encore un « petit malin » inconséquent, un pervers qui a profité de l?explosion de Grand-Baie pour créer la confusion. Le truc, c?est que les alertes à la bombe ne sont jamais prises à la légère. À force de crier au loup, on finit dans d?autres situations par ne plus réagir mais pour ce qui est des menaces de bombes, on ne badine pas. « On ne peut pas prendre de risques surtout quand il s?agit de la vie de gens. Quand tout est fini, on sent qu?on s?est fait avoir et si le plaisantin voulait semer la panique, il n?a pas réussi son coup. Il a juste fait fermer la boutique plus tôt. » avance Ahmad Aumauj.

Assurer la maîtrise et le contrôle des lieux

En attendant ces plaisanteries de mauvais goût perturbent. L?année dernière au collège Manilall Doctor, on a dû évacuer les élèves par temps de pluie, le temps de vérifier l?éventuelle présence d?une bombe. On se souviendra aussi qu?en 2002 alors que le nouvel aéroport allait être inauguré, quelqu?un a appelé à 7 h 30 pour dire qu?il avait une bombe dans l?avion qui décollait à 7 h 50. Résultat, on a dû faire descendre les 277 passagers, passer au peigne fin l?appareil et les bagages.

Les fausses alertes à la bombe sont aussi utilisées pour interrompe un examen. À l?université de Maurice, on a dû un jour évacuer des étudiants qui venaient à peine de prendre connaissance de leurs questionnaires. L?examen interrompu, les chargés de cours ont dû refaire les questionnaires.

Mais que se passe-t-il dans la tête des auteurs de fausses alertes ? Qu?est-ce qui pousse à de tels actes irresponsables ? Ces délinquants ne réalisent pas les conséquences de leurs actes. Ce sont des malades qui prennent plaisir à provoquer les psychoses. Faut-il alors toujours prendre ces sempiternelles fausses alertes au sérieux ?

La devise en règle générale : la sécurité avant tout, c?est-à-dire présumer que la menace est réelle. Toujours est-il que ces fausses alertes coûtent et sont une perte de temps et d?énergie. Il faut une organisation minutieuse pour assurer la sécurité, mobiliser des experts artificiers. Les issues et les diverses sorties sont dégagées afin de permettre l?évacuation, le service hospitalier est prévenu. On débranche le gaz et l?électricité. Il faut surtout assurer la maîtrise et le contrôle des lieux. Gageons qu?avec les nouvelles technologies, on arrivera à coincer ces plaisantins qui sèment l?incertitude.

Que faire en cas de menace

Si vous recevez un appel de menace à la bombe, restez calme et efforcez-vous d?obtenir les plus de renseignements possibles. Faites attention aux caractéristiques de la voix de l?interlocuteur. Est-ce un homme ou une femme ? Est-ce qu?il a un accent ? Est-ce qu?il y a des bruits de fond ? Bien sûr il faut alerter la police et évacuer le plus rapidement et le plus calmement possible. Certaines compagnies procèdent régulièrement à des simulacres d?évacuation, une façon de se préparer et de déterminer les rôles et responsabilités de chacun.

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