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Fareed Jangeer Khan« Je connais les mécanismes, les faiblesses et les qualités de la MBC »

11 septembre 2005, 00:00

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<B>Le conseil des ministres vous a nommé président du conseil d'administration de la MBC. Pourquoi avoir accepté ? </B>

J'ai quarante ans d'expérience dans l'audiovisuel. J'ai commencé à la MBS en tant que technicien radio grade 2. J'ai été au c?ur de la conception de la télévision. Je l'ai vu prendre naissance, grandir et devenir adulte.

En général, les différents présidents du conseil d'administration de la MBC comprennent la MBC au moment où ils doivent partir.

Je connais la MBC de fond en comble. Je connais ses mécanismes, ses faiblesses, ses qualités.

<B>Vous avez été le conseiller en audiovisuel de Navin Ramgoolam. Qu'est-ce qui nous garantit que vous saurez mettre de côté cette partie de votre carrière professionnelle, pour exercer vos fonctions de manière impartiale ? </B>

C'est un secret pour personne que je suis un ami du Premier ministre. J'ai travaillé pour qu'il soit élu. Je suis un nominé politique. Je n'ai pas demandé à devenir le nouveau président de la MBC, on me l'a un peu imposé. J'ai été embauché pour faire un travail, celui de faire de la télévision pour tous les Mauriciens, indistinctement de leur couleur politique. Une télévision a besoin d'être objective pour bien fonctionner. Il faut dissocier le travail que je suis appelé à faire et le nominé politique que je suis.

<B>Comptez-vous revoir le fonctionnement du journal télévisé afin d'éviter qu'il ne soit la passerelle de propagande des ministres ? </B>

Le gouvernement n'a pas d'organe de presse. Comment voulez-vous qu'une télévision nationale ne reflète pas le travail que le gouvernement est en train d'abattre ? Certes, je veillerai à ce qu'il n'y ait pas de dérapages, mais notre mission première est d'informer de manière objective.

<B>Trouvez-vous normal que certains journalistes de la MBC affichent leur couleur politique ? </B>

J'ai dit d'une manière ferme et déterminée, que cela a toujours été la pourriture de la MBC pendant de très nombreuses années. Certains obtiennent un salaire pour un travail de journaliste et ils se permettent de faire de la politique à l'intérieur. Cela a détruit le « news room » et a semé la zizanie à l'intérieur des locaux. Cela dit, je respecte la couleur politique des journalistes. C'est leur droit le plus fondamental, c'est le propre de la démocratie. Mais je leur dis qu'à l'intérieur des locaux, ils sont censés faire un travail. Ils doivent savoir garder leurs convictions aux placards.

<B>Quelles sont vos priorités pour ce mandat ? </B>

Les priorités sont nombreuses et simples à la fois. Nous avons trois chaînes de télévision. Je ne suis pas magicien. Je sais seulement qu'il est temps de privatiser la 3, chose qui a déjà été évoquée dans le programme du gouvernement. En vendant la 3, il nous restera 2 chaînes, la MBC1 et la MBC2. Je veux faire de la MBC2, une chaîne culturelle. Je veux que chaque communauté se retrouve, que chacune ait un temps d'antenne. La culture se partage. Nous allons faire de la 1, une chaîne phare, avec les meilleurs films, les meilleurs programmes, en quatre langues, l'anglais, le français, le créole et l'hindi.

Afin d'offrir davantage de possibiltés à la population, on parle de numérisation. Depuis deux ans, le gouvernement a la possibilité d'offrir ce privilège aux Mauriciens. Les tests ont été faits, ils se sont avérés concluants. Nous avons six chaînes qui fonctionnent via le numérique, dont TV5, Doordarshan, CCTV, entre autres. L'astuce, c'est de convertir immédiatement la MBC1 en numérique.

Le Digital System Terrestrial Television présente l'immense avantage de fonctionner sans câble. Ce qui nécessite un investissement mineur. Le public pourra conserver son antenne traditionnel. Il lui faudra seulement acheter une petite boîte pour capter le signal. Cette boîte magique qui devrait coûter dans les Rs 1 000 et le prix peut certainement chuter, devrait permettre aux Mauriciens de regarder la télévision en qualité numérique. Le seul inconvénient, c'est que les tests ont révélé que seule 70% de la population sera couverte. MCML me donne la garantie que d'ici deux mois, toute l'île Maurice sera couverte.

<B>Quelles sont vos autres priorités ? </B>

L'autre priorité concerne la créativité. Je crois que la MBC n'a pas pleinement joué son rôle en ce qui concerne la vie des Mauriciens. Il y a eu cette tendance à réaliser des émissions sans recherche et sans créativité. On fait des émissions au pied levé. C'est un métier, il faut prendre le temps de réfléchir avant de « pondre » un sujet. Je suis aussi réalisateur, je veux pouvoir changer cette façon de travailler. Les productions locales doivent pouvoir toucher tous les aspects sociaux-économiques du pays. La MBC peut produire. Nous ferons également appel aux producteurs indépendants. Et là je tiens à préciser que ma boîte de production ne sera nullement mêlée à tout cela. Je ferai appel au privé parce que je crois dans la créativité et en plus, ça coûte bien moins cher. Je crois dans les compétences de la MBC et je crois qu'on peut rehausser le niveau des productions locales avec l'aide des productions indépendantes, de sorte que tout le monde soit gagnant.

<B>Une ligne de crédit de Rs 150 millions a été déployée par le gouvernement chinois en vue de la délocalisation de la MBC vers Ebène. Ce projet-il est toujours d'actualité ? </B>

C'est une excellente idée que d'avoir accepter l'offre du gouvernement chinois ! A la rue Pasteur, nous travaillons dans une bicoque vieille de quarante ans. Il est temps de voir plus grand. Au début de la télévision, il y avait cent cinquante employés. Aujourd'hui, nous sommes un millier. C'est une usine ! Il faut aller vers le numérique à 100%. Ebène, c'est une aubaine !

<B>De nombreux différends ont toujours partagé le président du conseil d'administration de la MBC et le directeur général. Comment comptez-vous éviter ce genre d'écueil ? </B>

Notre tandem est un scoop pour le maiden ! Si on prend le départ comme il faut, alors il ne devrait pas y avoir de divergence. Nous avons un directeur qui a déjà été directeur et un président qui connaît la boîte de fond en comble. Il y a en plus, une volonté de respecter le programme du gouvernement et une envie de travailler dans le dialogue et la transparence. Nous allons aller ensemble jusqu'au bout.

<B>Quels pouvoirs laisserez-vous au directeur général ? </B>

Je crois que nous sommes condamnés à travailler dans la concertation. Le pouvoir est peut-être entre les mains du conseil d'administration, mais il est on « a day-to-day basis » entre les mains du directeur. Quand il y aura macadam, il se retournera vers le conseil. Nous prenons des décisions adminstratives pour le bon fonctionnement de la boîte. Nous allons fonctionner dans le dialogue, de concert également avec le Premier ministre. Faire fonctionner et avancer la MBC, c'est le but.

<B>Comptez-vous militer pour que le MBC Act de 1982 soit revu, mieux, réécrit ? </B>

Le MBC Act est vieux d'un quart de siècle ! Il faut absolument que nous revoyons son fonctionnement pour que nous puissions opérer dans la sérénité. C'est une priorité car nous sommes régis par le MBC Act. Ce gouvernement bouge vite, il agira en conséquence.

<B>Interview réalisée

par Martine Luchmun</B>

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