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Fantômes, vous avez dit fantômes ?
Fantômes, loups-garous, Touni minuit, maisons hantées? Voilà des sujets très controversés, mais qui ne laissent personne indifférent. La preuve, depuis que notre confrère Le Dimanche a publié la photo d?un fantôme et relaté la mort suspecte du photographe, les interrogations fusent de toutes parts. À quel point cette fameuse photo est-elle authentique ? Tout porte à croire que ce n?est là que du montage pur et simple.
D?abord, à Maurice comme à l?étranger, plusieurs personnes avaient déjà reçu cette photo chez eux sur leur courriel. Elle était accompagnée d?une lettre qu?il fallait renvoyer à dix personnes si le destinataire ne voulait pas subir un mauvais sort. Ensuite, on retrouve cette même femme fantomatique sur un site Internet, dans un autre décor ? un cimetière en Malaisie. Elle aurait été prise après la Deuxième Guerre mondiale par un photographe anglais.
Sur le site*, on peut lire qu?il est question du fantôme d?une Malaisienne qui aurait été violée et tuée par un soldat japonais et dont l?âme visiterait les maisons à la recherche de son meurtrier. Une histoire à dormir debout, vous en conviendrez. En tout cas, tous ces éléments viennent contredire le fait que la photo publiée dans Le Dimanche ait été faite par un Mauricien à Balaclava.
Quoi qu?il en soit, à la suite de cette photo, de nombreuses histoires surnaturelles sortent du pays des ombres et remontent à la surface. Les gens y croient un peu, beaucoup, d?autres énormément. Et même quand on n?y croit pas, on se pose des questions sur les phénomènes paranormaux. Nombreux sont ceux qui affirment avoir vu ou entendu des choses bizarres.
Joyce, 40 ans, qui pourtant ne croit pas aveuglément aux histoires surnaturelles, affirme avoir été témoin de choses bizarres dans la maison de sa tante. « C?est une histoire vraie. J?avais quinze ans et je passais les vacances chez ma tante. Le soir on entendait des bruits de bottes sur le sol alors qu?on était tous au lit. J?avais peur, mais ma tante se fâchait et disait ?Kifer to bizin per, to pas conné gardien la caze ça ??» Joyce a appris que cette maison était construite sur un cimetière et que le perron était une pierre tombale.
Nous avons recueilli également le témoignage d?une famille qui n?a pas fait le deuil du traumatisme qu?elle a vécu il y a deux ans. « On entendait frapper aux fenêtres régulièrement et souvent à la même heure, mais il n?y avait jamais personne. » Ces bruits les effrayaient tant qu?ils ont organisé des prières chez eux, puis lu des livres qui pouvaient leur apporter des réponses sur de tels phénomènes. Ils ont même abandonné leur maison pendant un certain temps. Et puis, ces manifestations ont fini par cesser brusquement.
Un gardien d?école à Port-Louis raconte qu?il entendait le cliquetis de la machine à écrire le soir dans le secrétariat alors qu?il n?y avait personne. Une vieille dame dit avoir eu une révélation dans plusieurs rêves. Un Français lui disait qu?il y avait beaucoup d?argent sous un arbre dans son jardin. Lorsqu?elle allait vérifier le lendemain, elle constatait que la terre avait été remuée. Mais le Français disait qu?il fallait qu?elle « donne la vie » d?un bébé pour récupérer l?argent. Elle avait entendu dire qu?à Rose-Belle quelqu?un avait eu la même révélation et qu?il avait donné son enfant en sacrifice. Il était ensuite devenu riche, l?esprit revenait tous les ans à la même date pour lui enlever un enfant. La vieille dame a donc préféré oublier ses rêves.
Avec des trémolos dans la voix, Jaysen parle de cette époque où il a basculé dans un cauchemar. C?était pendant les examens du SC, et il passait beaucoup de temps à réviser dans sa chambre. Un soir, il a vu l?ombre d?une femme sur le mur. Quand il en a parlé à ses parents, ces derniers lui ont raconté qu?une « longaniste » habitait là avant et qu?ils avaient vu des choses bizarres les premiers jours où ils étaient venus habiter cette maison. Ils avaient fait des prières pour que ces phénomènes cessent? mais pas pour longtemps. « Visiblement l?ombre était revenue. Elle apparaissait toujours quand j?étais seul. Mes amis ne me croyaient pas, mais ils me disaient manze are li quand elle revient. Un jour j?ai essayé de lui résister, mais l?ombre m?oppressait tellement qu?elle m?a projeté hors de la chambre », explique-t-il. Ce jour-là, Jaysen s?est blessé le genou avec un piquet. Il a appris qu?à la place de ce piquet, il y avait un arbre où la première occupante de la maison faisait « son travail ». Un prêtre est venu faire des prières à cet endroit pour éloigner le mal à jamais.
Les discussions sur le paranormal existent depuis la nuit des temps. Faut-il y croire ou pas ? Bernard Laval pratique la cartomancie. Le client tire une série de cartes et le cartomancien interprète selon les signes, les couleurs, leur position et surtout grâce à un courant qui se crée entre les cartes. Mais l?histoire de Balaclava, il ne la « sent » pas du tout. « C?est une histoire montée de toutes pièces. Les fantômes se laissent prendre en photo maintenant ? C?est comme les chaînes d?amitié. On vous dit qu?il suffit d?envoyer un message à dix personnes pour que vous deveniez riche. C?est absurde », dit-il.
Pourtant, Bernard Laval croit aux âmes errantes, aux esprits qui voyagent à la mort d?une personne. « Dans toutes les religions, quand quelqu?un meurt, on adresse des prières à Dieu pour que l?âme du mort repose en paix. Il arrive que des âmes errent avant de se régénérer et de se réincarner. C?est possible que ceux qui sont faibles d?esprit voient ces âmes mais ça ne veut pas dire que ces âmes vont vous faire du mal? ou qu?on peut les voir en photos. »
Le cartomancien est convaincu que le mal existe, que des gens prêts à tout peuvent utiliser des forces occultes pour parvenir à leurs fins. « ça existe des sorciers qui pactisent avec le diable pour faire du tort aux autres. Il existe des choses qui nous dépassent mais il ne faut pas chercher d?explications. Il y a des choses qu?il vaut mieux ne pas comprendre sinon ça devient un perpétuel combat et on arrête de vivre. »
D?un point de vue psychologique, Mahen Motah estime qu?il est important pour le vécu de l?être humain d?aller jusqu?au bout de ses rêves. « L?homme a besoin de faire face d?une part à ce qu?on appelle le "awe", une peur profonde, et de l?autre, l?extase. À titre d?exemple, je regardais un documentaire sur les volcans. On montrait un vulcanologue qui a frôlé la mort plusieurs fois, mais qui y retourne parce qu?il a besoin de pousser les limites de l?audace, de faire face au danger. » C?est ce même mécanisme, dit-il, qui pousse certains à voir des fantômes. « Les fantômes deviennent un moyen par lequel on fait monter son adrénaline. »
Les événements surnaturels dont sont témoins certaines personnes ne seraient alors que le produit du cerveau, le fruit d?une imagination fertile ? « Je veux dire que le cerveau a le potentiel de créer des images fantasmagoriques quand il y a une peur en soi, qu?on ne sait pas ce que c?est et qu?on cherche à le matérialiser. L?homme provoque cette peur jusqu?à avoir des visions et devenir la victime de sa propre peur », explique le psychologue.
Comment alors expliquer la peur collective et le fait que plusieurs personnes voient une même manifestation ? « Vous remarquerez que ce sont des choses qui arrivent souvent après un cyclone, quand il y a la peur de l?obscurité, parce qu?il n?y a pas d?électricité. Ces deux facteurs donnent lieu à une sorte d?atmosphère maléfique. L?inconscient collectif prend alors le dessus, les récits se multiplient. Chacun décrit ce qu?il a soi-disant vu mais les descriptions sont souvent différentes. »
Christophe Vallée, professeur de philosophie, tente, lui aussi, une explication. « C?est une opinion qui fausse le réel, une invention qui va au-delà du rationnel. La fonction de l?irréel est d?équilibrer ce qu?on croit être le réel. La croyance aux fantômes, comme le dit le philosophe Spinoza, est une imagination qui se laisse aller aux impulsions de la peur selon une interprétation erronée des émotions corporelles. » Selon lui, si l?esprit en imaginant des choses qui n?existent pas, savait en même temps que ces choses n?existent pas réellement, il regarderait cette force de l?imagination autrement. « L?imagination fantomatique dépasse la perception et n?en est pas la reproduction, c?est là tout le problème et sa force. »
Qu?il s?agisse d?imposture, de délires, d?envolées de l?imagination? les avis sont partagés. Les hommes ont toujours cru aux fantômes. En Amérique, c?est même un produit commercial. Haunted America, un guide touristique, propose aux touristes des lieux hantés qu?ils peuvent visiter aux États-Unis et au Canada. Une chose est sûre. Les histoires de fantômes ne mourront jamais.
*http://castleofspirits.com/hoaxghost.html
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