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Fanfan la Tulipe
Il restait encore quelques petites années à la deuxième Guerre de Cent ans. En ce temps-là, la France ? nous en faisions alors partie ? vivait sous le règne du bon Roy Louis XV, dit ?Le bien-aimé?, les hommes savaient être galants et les femmes faciles. L?Art noble de la guerre se pratiquait sinon entre gentilshommes, du moins entre gens de bien; on se battait de l?Espagne aux Flandres, dans les colonies aux Amériques et, c?est en dentelles qu?on allait au pas, se faire étriper sur le champ de bataille.
C?est un petit discours de ce genre qui sert d?introduction à une précédente version des aventures de Fanfan la Tulipe signée Christian-Jaque en 1952 avec Gérard Philipe, Gina Lollobrigida et Noël Roquevert. Gérard Philipe avait conquis toute une génération dans le rôle de ce personnage de folklore, jeune et fringant aventurier croquant la vie et les jouvencelles à pleines dents, qui pour fuir le mariage s?engageait dans les armées du roi. Quant à Gina Lollobrigida, elle avait séduit dans le rôle d?Adeline, la fille du sergent : Fanfan finissait par tomber amoureux d?elle. Et puis, avec une réputation longtemps établie dans les rôles de vieille baderne, Noël Roquevert jouait le sergent. Le film était loin d?être parfait mais il comportait d?excellents moments (du fait que ça n?arrêtait pas de bouger, notamment), les comédiens étaient inoubliables et, malgré la gravité de son sujet, il était d?une grande légèreté.
C?était une autre époque, aussi. Du moins, on en a l?impression, vu d?ici : une époque où les vedettes de cinéma avaient une stature mythique, où les films se faisaient autour de ces vedettes pour lesquelles les gens allaient au cinéma et où les films n?avaient en général d?autre but que celui de distraire le public. On peut dire que d?une manière tout aussi générale, cette version 2003 de Fanfan La Tulipe va dans ce même sens. Certains critiques ont vu là un film ?portant la marque bessonienne?, et c?est à se demander ce qu?ils ont vu réellement. Il est bien vrai que le film est produit par Luc Besson (qui co-écrit aussi le scénario), ce dernier ayant retenu les services de Gérard Krawyzck pour la réalisation. Cependant, il faudra une bonne dose de mauvaise foi pour y voir la marque de Luc Besson autrement que dans le simple fait que ce dernier nous propose un bon et beau film de cape et d?épée, tout comme dans le cinéma d?antan et on ne saurait lui en vouloir pour cela, bien au contraire.
Comme son prédécesseur, ce Fanfan? est un film léger qui ne se prend jamais au sérieux, principal attrait des films français de cape et d?épée (ayant toujours fait primer l?efficacité de l?action, les Américains n?ont jamais compris que le genre nécessite toujours une certaine légèreté). Léger, comme son personnage principal qu?incarne Vincent Perez, même s?il est certain que les cinéphiles, les vrais, ne lui trouveront pas la même classe que Gérard Philipe. N?empêche, non seulement Vincent Perez a le physique de l?emploi, mais il sait aussi donner à son personnage cette même désinvolture qu?affichait Belmondo dans ses premiers films (ce que probablement d?aucuns lui reprocheront, justement). C?est un héros comme on les aime dans ce genre de film : un héros qui se moque du (beau) monde, sortant ses insolences aux moments les moins opportuns, livrant des duels à l?épée sur les toits des maisons en alternant bottes et répliques, etc. ; bref, le genre de héros qui fait tout le charme de ce genre de film. Tout cela a peut-être beaucoup moins à voir avec la prestation de l?acteur lui-même qu?avec le bonheur de voir un vrai film de cape et d?épée. Et puis, ça faisait si longtemps qu?on n?avait vu de héros pareil au cinéma.
Comme à tout un chacun, il faut sa chacune, il faut donc une héroïne à notre héros. Adeline, celle par qui Fanfan s?en laisse conter, n?est pas la fille du sergent dans cette nouvelle version, elle en est la nièce. Ce qui n?explique pas le fait qu?elle soit espagnole, mais cette Adeline est interprétée par Pénélope Cruz qui interprétait également une espagnole dans Vanilla Sky. L?actrice espagnole semble donc abonnée aux rôles d?hispaniques (en visite ou immigrée) dans ses films tournés hors de son pays natal. Il y a fort à parier que cela est dû à son bel accent espagnol qui lui donne cette façon si particulière de prononcer ?Fanfan?. Il est certain que (et compréhensible) les cinéphiles de la génération précédente lui préfèreront Gina Lollobrigida, plus charnelle et plus ?star? aussi. Mais en revanche, cette Adeline 2003 a un côté bien plus ancré dans le réel et elle déborde de charme, en plus.
Réalisation musclée
Certains ont reproché au film de ne pas lui donner une participation active à l?histoire. Avec raison, bien que par le simple fait qu?elle soit, tout simplement, on n?arrête pas de se demander quand le c?ur du héros basculera enfin pour elle. D?où une bonne partie de notre intérêt pour le film, avant que n?arrive ce moment et après, lorsqu?il s?agira d?aller sauver la belle.
Notre époque n?a plus de ces vedettes de cinéma avec la stature de celles d?antan, mais cette nouvelle version de Fanfan? a tout de même le mérite d?être bien construit autour de ses personnages. Non seulement le couple vedette, mais aussi la plupart des personnages secondaires, même si on peut regretter que l?histoire se désintéresse trop tôt de certains d?entre eux. On retiendra quand même Tranche-Montagne (Michel Müller), le rival de Fanfan pour l?amour d?Adeline; un Louis XV pas très intelligent (Didier Bourdon); La Franchise (Jacques Frantz), le geôlier philosophe et sympathique et bien sûr Hélène de Fougerolles jouant Madame de Pompadour.
Les détracteurs du film n?ont pas manqué de souligner la pauvreté de l?intrigue. Elle est assez pauvre, en effet, suivant plus ou moins celle ? sans grand intérêt, elle-même ? du film de Christian-Jaque; ceci à quelques différences près, notamment dans la création d?un affreux (Gérald Laroche) qui viendra donner une toute autre fin au film On peut regretter que ce personnage n?ait pas été aussi étoffé que le méchant qu?interprétait Fabrice Luchini dans Le Bossu en 1997.
Ce qui ne veut pas dire qu?on s?ennuie un seul instant. Non seulement ce film ne souffre d?aucun temps mort, l?action ne se calmant par moments que pour laisser anticiper un nouveau rebondissement au prochain tournant, mais la réalisation est musclée et efficace à souhait avec des scènes de duels, de bagarres ou de poursuites réalisées sans effets numériques. L?humour aussi est partout présent : parfois dans le style ancien, parfois dans le genre Astérix. Tout cela respire le gros effort.
Redisons-le en guise de conclusion : il s?agit bien d?un film à la mode d?autrefois. Et, les meilleurs produits étant ceux fabriqués à l?ancienne avec d?honnêtes ingrédients, allez donc goûter à celui-là, vous vous en régalerez.
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