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Faire la vie

10 décembre 2006, 00:00

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Quand on est pauvre, ça s?appelle prostitution ; quand on est riche, ça devient un mariage d?argent. Affirmation lapidaire, cynique et provocatrice qui a pourtant une vague odeur de vérité. Alors, voyons sans pudibonderie si la prostitution, cette union vénale des corps, banalisée et fugitive, qualifiée de vil commerce sans circonstances atténuantes, est sans lien avec les autres opérations commerciales motivées par l?argent.

D?abord, constatons que des unions malgré soi ont longtemps été la règle dans de nombreuses sociétés sous le masque des traditions de devoir et d?obéissance, pour satisfaire les idées reçues de l?exclusivisme religieux ou sectaire, le diktat du milieu, et, à la rigueur, la promesse faite à une personne chère « sur son lit de mort » (ô Charlotte, ô Werther !). Ces motifs pesaient lourd, et leurs victimes se prostituaient par devoir, etc. Voir le Salt Lake City des Mormons. De Hollywood à Bollywood, des stars, dont les jeunes placardent leurs posters dans leurs chambres, se prostituent pour la publicité, la célébrité, par des alliances bien médiatisées, alléchées, au fond, par la fortune. Ces exemples crépusculaires de l?intérêt primant sur la raison, le c?ur et l?intégrité des corps existent dans un environnement plus général qui fait bon marché de toute rigueur morale : alliances politiques, accords commerciaux, nominations et décorations, partenariats sportifs et musicaux? vous en connaissez beaucoup, vous, de dispositions relationnelles qui ne sont nullement intéressées ? L?amour lui-même?

La prostitution, affirme-t-on, sans preuves ni statistiques, est « le plus vieux métier du monde ». Il doit y avoir des raisons pour que le phénomène se manifeste dans les sociétés les plus fermées comme dans les plus libertaires. Et il est loin d?être une exclusivité féminine : les gigolos français, les jeunes garçons nord-africains, les homosexuels des parcs anglais, les invertis sud-américains sont partants au même titre que les geishas japonaises, les call-girls de Los Angeles ou les nymphettes sud-asiatiques. Certaines sociétés, (dont la nôtre peut-être ?) réagissent avec une hypocrisie forcenée, en différenciant certains délits des autres. Il est à la mode de stigmatiser la pédophilie, l?inceste et le harcèlement. On cloue ainsi quelques-unes au pilori et on passe l?éponge sur les autres perversions. Le racolage des trottoirs et le bazardage des maisons closes sont illégaux alors que l?homosexualité s?inscrit dans les statuts du mariage et de l?adoption.

« Zeitgeist ». Les m?urs changent. Le sexe est au c?ur des programmes de télévision, de la publicité, du tourisme et du « night life », tandis que le marché des charmes fait lever le nez.

Prenons un exemple concret de l?hypocrisie sociale ambiante : le harcèlement. On condamne justement les pressions que peut subir un personnel du fait même de son emploi. Mais on passe sous silence la provocation vestimentaire et cosmétique à laquelle se livre la « victime ». Les États-Unis dépensent 9 milliards de dollars par an en produits cosmétiques. À quelle fin ? Difficile de croire que les parfums (l?équivalent des phéromones que répandent les bêtes) ne sont pas faits pour retenir l?attention et l?attraction de l?autre sexe. Quant à l?industrie vestimentaire il est à craindre qu?une bonne partie de sa commercialisation est axée sur la provocation : de la minijupe au bikini ficelle, du « see through » à l?exposition du nombril et de la taille basse, en passant par les pantalons si collants que c?est torture de s?en extirper, pourquoi se donner tant de mal, si ce n?est pour l?évident motif de stimuler ? C?est cet état de choses qui a provoqué le religieux musulman d?Australie à comparer l?étalage public des atours à de l?« exposed meat ». Malgré l?inexcusable grossièreté des mots (on a bien fait de le faire taire) on ferait bien de considérer la réalité provocante. L?hypocrisie et ses visières mènent le « socialement correct » aux pires dérapages. Dans le monde d?aujourd?hui, fermer les yeux devant le harcèlement permanent, vestimentaire et cosmétique, de l?autre sexe, est aussi hypocrite que l?étaient les m?urs égyptiennes d?avant le fondamentalisme, que décrit le prix Nobel de littérature Neguib Mahfouz dans sa célèbre « Trilogie du Caire ».

Alors, interdire la prostitution ou la baliser en lui imposant, d?accord, un contrôle sanitaire ? Si c?est faire preuve de largeur d?esprit (à défaut de rigueur) en composant avec l?homosexualité au nom de « la liberté d?adultes consentants de disposer en privé de leurs corps », sans hypocrisie, admettons que les oiseaux de nuit hétérosexuels sont injustement stigmatisés.

Périscope

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