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Faire fructifier le patrimoine
«Donn moi enn bol 15.» A peine quelques minutes d?attente. Les clients affamés attaquent les boulettes de viande et de poisson à belles dents. Dévorent sans respirer les textures moelleuses et «kram kram». Le silence s?établit. La conversation, qui tout à l?heure encore menait grand train, s?est éteinte abruptement. Le bouillon fumant brûle les lèvres qui enflent visiblement. Qu?importe !
On rajoute par-dessus une rasade généreuse de sauce d?ail et de pâte de piment. L?eau salée qui était arrivée transparente à table, prend une teinte rouge-marron. Les morceaux de queue d?ail finement hachés expriment à fond leur saveur. Relèvent ce repas si typiquement mauricien qui a élu domicile à une nouvelle adresse portlouisienne.
L?histoire de Heritage Court débute officiellement aujourd?hui. Ce complexe de six étages ? à la fois commercial et résidentiel ? sera inauguré dans la matinée par le président de la République, Sir Anerood Jugnauth. Sa façade orange et beige met de la joie au c?ur de Chinatown.
Si Dany Sham, directeur de la société Nam Shun Fooy Koon ? promoteur de Heritage Court ? sourit à l?évocation du feng shui, on ne peut s?empêcher d?y penser devant les deux lions en plâtre qui gardent le couloir qui traverse le complexe de part en part. «Ces statues sont des donations de l?ambassade de Chine.»
Derrière ses lunettes studieuses, il nous guide avec force clés et aller-retour dans l?ascenseur. Impassibles devant la bonne volonté du directeur de la Nam Shun Society ( contraction du nom de deux provinces chinoises, Nam Hoi et Shun Tak), les deux créatures fantastiques à la férocité figée, accompagnent visiteurs et résidents lors du « voyage » qui nous mène de la rue Emmanuel Anquetil à la rue Dr Sun Yat Sen.
Tous les produits au rabais
Une visite qui commence par donner irrémédiablement envie de manger. Les 18 000 pieds carrés de Heritage Court sont occupés par sept restaurants, «tous chinois.» Si le concept cafetéria allume le regard des passants qui arpentent le rez-de-chaussée, plus on monte les étages, plus la carte gagne en gamme.
Au premier, deux restaurants chics se font face. Dans l?ambiance feutrée, cultivée avec force miroirs circulaires et ballons rouges et or, les tables tournantes des dim sum «Hong Kong style» attendent le client. L?odeur qui filtre jusque dans le couloir nous incite à pousser la porte. Une fois le carillon métallique calmé, la patronne des lieux nous tend la carte de délices. Au menu, du calamar croustillant, du poisson mijoté au jus. Des portions à déguster sans modération pour Rs 75 à Rs 300.
Vous avez peur du trop plein de calories ? Dépensez les en parcourant les rayons de produits électroménagers. Une grande surface où tout est au rabais, ouverture oblige. Le clip d?une chanson à la mode défile en sourdine sur l?écran d?un Home Cinéma. DVD et VCD avoisinent récipients en plastique, sacs à main et ? décorations de Noël. Puisque le client est roi, autant anticiper ses désirs, semble dire le sourire avenant du propriétaire des lieux.
Après un détour par «le parking souterrain de 50 places,» retour au rez-de-chaussée et son magasin de chaussures pour dames. Talons aiguilles, boucles ajourées, fini vernis serti de paillettes, toutes les tendances sont exposées. Plus loin, du matériel électronique ? de quoi s?équiper d?un ordinateur dernier cri ? des bibelots en porcelaine délicate, une panoplie d?accessoires craquants. De quoi chipoter, tergiverser et marchander des heures.
Les trois étages commerciaux s?effacent d?un trait d?ascenseur devant l?espace résidentiel. Quarante-deux appartements, de trois chambres-à-coucher. Disposés entre le quatrième et le sixième étage, ils sont tous déjà réservés. La terrasse du sixième offre une vue imprenable, d?un côté sur la Citadelle et sa ceinture montagneuse. De l?autre : le port, ses silos, son quai grouillant d?activités. La passerelle métallique nous amène jusqu?au septième. La surface bétonnée devrait bientôt servir de terrain de basket.
Nam Shun Society :
Le sens aigu des affaires
La société qui compte «près de 150 ans d?existence» regroupe les Mauriciens d?ascendance cantonaise. «Nos ancêtres venaient des provinces de Nam Hoi et Shun Tak,» explique Dany Sham. «Cela représente entre 2 000 à 3 000 des 30 000 Mauriciens aux origines chinoises.»
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