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Faire face à la mort violente d?un proche
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Faire face à la mort violente d?un proche
Quand on voit comment les gens meurent parfois de manière atroce, on a envie de dire que c?est presque un scandale que de décéder ainsi? C?est sûr que cela laisse un sentiment de révolte, surtout chez les proches. Si on sait qu?on va être attaqué, on peut toujours se préparer et anticiper la façon de se protéger. Quand l?attaque est totalement imprévisible, les capacités à se défendre efficacement sont limitées. On n?a pas le temps nécessaire pour amortir le choc. C?est un peu ce qui arrive quand il y a une mort brutale. Elle nous prend tellement de court que les moyens de nous préserver sont paralysés par la soudaineté des événements. On a l?impression de perdre tout repère dans son quotidien. Cette mort nous apprend alors que ceux qu?on aime peuvent disparaître en un instant, sans qu?on puisse avoir le moindre contrôle ou la moindre emprise sur le cours des événements. De même, l?absence de prédictibilité rend la signification du décès difficile à appréhender, alors qu?on a besoin de sens pour baliser le chemin du deuil. Si, dans le cas d?une longue maladie, la mort est une presque « logique », la mort brutale, elle, échappe à toute explication.
Comment assumer la mort quand elle est synonyme d?inconnu, quand avec elle, tout s?arrête, tout disparaît, et que le processus est irréversible ?Assumer la mort, à mon avis, c?est comme réciter au quotidien cette prière des religieux Bénédictins :
« Souviens-toi de mourir ! » Et se souvenir qu?on est mortel, cela recentre notre regard sur la vie. On lui donne alors une valeur particulière, ainsi qu?aux relations qu?on peut établir avec les autres. On réalise qu?on peut perdre quelqu?un qu?on aime. Pas besoin d?attendre la venue d?une maladie grave ou la mort d?un proche pour découvrir à quel point on tient à lui. Si on réalise qu?on peut perdre la personne qu?on aime, on va se dire par exemple : « Au fond est-ce que je sais qui il est ? Est-ce que je suis vraiment entré en relation profonde avec lui ? »
Quelle est votre définition de la mort ? Est-ce, comme le disent certains, un épisode dans une chaîne continue ?Comme on ne meurt qu?une fois, c?est impossible d?en faire l?expérience pour son propre compte. On ne connaît de cette cessation complète et définitive de la vie, que ce que l?on perçoit au travers des autres. Et, dans ce sens, on ne peut pas savoir vraiment ce que c?est la mort, car on ne l?a pas vécue. Je crois que c?est important de savoir accepter, de ne pas comprendre complètement.
« Le travail de deuil consiste à inscrire la douleur de la perte dans quelque chose de cohérent et qui a du sens »
Comment expliquez-vous notre rapport avec la mort, qu?elle soit subite ou pas ? Est-ce que notre attitude se forge en fonction de notre âge, de notre personnalité, de la nature du décès ?Il n?y a pas de hiérarchie dans la souffrance. Peu importe comment la personne est morte, quand on perd quelqu?un qu?on aime, la douleur de son absence s?impose avec toute sa violence. Toutefois, je pense qu?il est important de souligner que la mort de la personne qu?on aime nous rappelle sans cesse la précarité de l?existence. « Dès qu?un homme est né, il est assez vieux pour mourir », nous rappelle le philosophe Martin Heidegger. Et pourtant, on a tellement tendance à l?oublier ! On assiste actuellement à un déni de la mort. Avec cette idéologie du progrès, elle est devenue taboue. On fait comme si elle ne nous concernait pas. Comme le disait le père Fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud : « Dans son inconscient, chacun est persuadé d?être immortel. »
Au fond, que signifie faire son deuil ? C?est un mot qui fait peur souvent?Le travail de deuil consiste à canaliser la douleur suite à une perte, en l?inscrivant dans quelque chose de cohérent et qui a du sens. Ce travail est la garantie qu?on ne va pas perdre à nouveau la personne qu?on aime. On va créer les conditions pour l?accueillir définitivement en nous, en ce lieu intérieur que plus rien ne pourra remettre en question, par-delà les années. Elle sera là avec nous à tout jamais.
Le mot deuil fait peur, car on l?assimile de façon erronée à l?oubli de la personne aimée. C?est faux, car c?est l?inverse qui se passe ! Le travail de deuil est le garant du non-oubli. Il n?y a pas de recette pour le résoudre. Il n?y a que son propre deuil et ce qu?on va pouvoir mobiliser pour le traverser au mieux en réapprenant à vivre sans la personne qu?on a perdu. Quoi qu?on fasse, quoi qu?on dise, quoi qu?on pense, il n?y a aucun moyen d?éviter la douleur de la perte. On peut, pour un temps, essayer de la nier, de la minimiser, de la contourner, mais cela ne changera strictement rien au fait que la mort est omniprésente. Le seul et unique moyen de s?en libérer est de s?y confronter.
Qu?avons-nous à notre disposition pour gérer notre deuil et combien de temps cela prend ?L?être humain est constitué de multiples facettes : le physique, le mental, l?émotionnel, le spirituel, etc. Chacune progresse à son rythme au cours du deuil. Par exemple, on peut avoir rapidement accepté le décès intellectuellement, alors qu?émotionnellement, l?intégration en soi de cette réalité va prendre plusieurs mois.
Par ailleurs, il est important aussi de prendre en considération les deuils du passé, qui varient en fonction de l?histoire de chacun. Par deuils du passé, on entend toutes les pertes, les séparations, les abandons, les ruptures qui ont eu lieu dans son histoire. Chacun de ces événements a généré une blessure qui, à son tour, a mis en route un processus psychique de « cicatrisation ».
Si les deuils du passé ont été harmonieusement assimilés psychologiquement, la réactivation de ces événements passés peut faciliter le cours du deuil actuel. Cela aide la personne à puiser dans les expériences et les enseignements du passé. À l?inverse, si des deuils n?ont pu trouver de résolution viable psychiquement, il est fort possible qu?ils resurgissent dans le présent en réclamant leur dû. Combien de temps cela prend ?
Quand on réalise qu?on ne lutte plus contre le fait que la personne qu?on a aimée est bel et bien morte, et qu?on ne cherche plus à se protéger de cette réalité, quand on peut passer quelques heures ou quelques jours sans y penser et sans se sentir coupable, c?est signe que le plus gros travail de deuil se trouve derrière soi.
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