Publicité
FAIL croit dans le charbon de bois
A la mi-1982, Food and Allied Limited, le groupe d?entreprises dirigé par Michel de Spéville, affiche sa foi dans les bienfaits du charbon de bois. Ces avantages tiennent, entre autres, dans la possibilité de créer un millier d?emplois productifs, le reboisement de 20 000 arpents et une économie de devises de Rs 60 millions par an. Pour cela, est requis un four modèle et mobile, conçu par un organisme anglais, le Tropical Products Institute. Il remplace avantageusement nos charbonnières classiques notamment en gain de temps au niveau des préparatifs, comme en celui de la performance.
Ce charbon de bois, produit ainsi à grande échelle et le plus économiquement possible, peut, estime-t-on à la mi-1982, remplacer avantageusement le pétrole lampant, alimentant alors les fameuses lampes vertes, sujettes à de regrettables et même mortelles explosions. Depuis, la recherche d?un confort, toujours plus grand, a incité les familles mauriciennes, même les moins aisées, à abandonner d?abord le bois pour son charbon, celui-ci pour le pétrole lampant et la dangereuse lampe verte connexe et, enfin, ceux-ci pour le gaz ménager. Celui-ci jouit toujours de l?engouement du grand public malgré les risques de fuites dangereuses et même de funestes explosions, dues soit à une bonbonne demeurant ouverte après usage, soit à un raccordement défectueux. Pendant encore combien de temps nos gouvernements successifs accepteront-ils de subventionner le prix de vente du gaz ménager à hauteur de près de Rs 200 par bonbonne de 12 kilos ? Vendue à son prix réel (Rs 500 ou davantage encore en raison des hausses continuelles du prix des produits pétroliers sur le marché mondial), conservera-t-elle toujours les faveurs du grand public ? Seul l?avenir pourra le dire.
FAIL et son fondateur charismatique, Michel de Spéville, estiment que, déjà en 1982, le charbon de bois offre à l?usager une valeur calorique supérieure et à un moindre coût que le pétrole lampant à quantité équivalente. Des expériences contrôlées et étalées sur deux ans permettent d?aboutir à cette conclusion. L?objectif est de consolider la base économique de Maurice par le développement d?énergies alternatives et renouvelables et par la production alimentaire. Pionnière en ce dernier secteur, FAIL estime de son devoir social de susciter l?intérêt des pouvoirs politiques, des chercheurs et des producteurs potentiels de charbon de bois. Elle veut par-dessus tout créer une motivation et une dynamique.
Le modèle de four, mis au point par le Tropical Products Institute anglais, est de fabrication mauricienne. Les recherches s?effectuent toujours sur divers types de bois disponibles dont on étudie, avec le plus grand soin, le rendement calorifique. Ces deux années de recherches, d?expériences, de calculs en tous genres, permettent de conclure que 1,44 kg de charbon de bois possède la même valeur calorifique qu?un litre de pétrole lampant (kérosène). Ce dernier coûte, en 1982, Rs 3.96 contre Rs 2.75 pour un kilo de charbon de bois, produit selon les procédés habituels et vendu sur le marché local. Le four à charbon expérimental permet cependant de produire du charbon de bois à seulement une roupie le kilo. De plus, le four conçu par Tropical Products Institute, est mobile. Il peut, même en l?absence de toute route carrossable, être transporté et remonté là où se trouve le bois à transformer en charbon. Le transport du charbon représente 20% de celui du bois à transporter pour être transformé en charbon. Le four coûte Rs 15 000 l?unité en 1982. Trois hommes suffisent pour opérer deux fours à la fois, ayant une capacité de production de 2,5 tonnes de charbon par semaine. Avec un investissement de seulement Rs 10 000 par emploi créé pour deux fours, l?économie de kérosène se chiffre à 20 000 gallons par an, soit environ Rs 300 000 de devises étrangères, toujours. L?on pourrait ainsi supprimer l?importation annuelle de quatre millions de kérosène par le reboisement de 20 000 arpents sur un cycle de plantation et de croissance de huit ans, avec un rendement de bois vert de huit tonnes à l?arpent. L?économie en devises serait, en 1982, de Rs 60 m. par an. Mille emplois productifs pourraient être ainsi créés. De plus, l?acacia géant, ainsi utilisé, pourrait produire une quantité intéressante de fourrage.
Un seul oubli mais de taille. FAIL et Michel de Spéville n?anticipent pas qu?en 2007 les fours mobiles, mis au point par Tropical Products Institute, auraient prodigieusement intéressé nos voleurs de ferraille. De grands artistes devant l?Eternel.
Publicité
Publicité
Les plus récents