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Fabrice Tennant dépeint le mystère du corps féminin
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Fabrice Tennant dépeint le mystère du corps féminin
À contempler les ?uvres de Fabrice Tennant (exposées au Centre commercial Ruisseau Créole, Rivière- Noire, jusqu?au 22 décembre, de 11 à 16 heures), on ne peut s?empêcher de se demander qui vient en premier du paysage ambiant ou du corps féminin. La question est forcément idiote si l?on se souvient que le célébrissime Gustave Courbet a intitulé, en 1866, avec tant de justesse, « Le commencement du monde », une de ses toiles les plus audacieuses mais aussi les plus belles.
Avec Aragon qui professe, à bon escient, que la « femme est l?avenir de l?homme », nous ne sortons jamais du « tunnel éternel » que Rodin n?escamote jamais quand il sculpte la grâce et les rotondités féminines pour mieux faire comprendre que cette grotte primitive demeure l?origine du monde. Cette genèse, en forme de grotte ou de tunnel, ne manque jamais de rappeler que le mystère des origines de la vie humaine se situe autant à l?intérieur qu?à l?extérieur de notre pensée et c?est bien ce que traduit le mystère se dégageant des paysages féminins de Fabrice Tennant.
Une ambiance indéfinissable qui plaît
Cela dit, le visiteur comprendra mieux notre préférence pour les toiles les plus évanescentes d?un peintre talentueux et que ne viennent pas alourdir inutilement des plantes hésitant entre le palmier et le poinsettia ou encore des textes manuscrits ou en caractères d?imprimerie pas forcément compatibles avec un art visuel qu?on souhaite autosuffisant. Le designer doit savoir s?effacer devant le peintre. Le design ne cède en rien à la peinture mais le mélange des deux n?est pas forcément du meilleur aloi.
C?est cette atmosphère pleine de mystère, cette ambiance indéfinissable qui plaît le plus chez Tennant. La texture de ses meilleures toiles se situe à mi-chemin entre Roger Merven et Moortee Nagalingum (pour le mystère) et Pierre Argo (pour le mouvement initial). Le visiteur se perd volontiers et avec plaisir dans les innombrables perspectives engendrées par la toile-atmosphère se dégageant de l?esquisse d?un corps féminin, toujours étêté.
Les formes féminines sont, au mieux, esquissées, entrevues et jamais complétées. Quand le peintre choisit de mieux la contourner et de souligner certaines spécificités, il n?échappe pas à un exhibitionnisme trop marqué au sein duquel il devient difficile d?y déceler l?aura mystérieuse, ni encore moins la subtile conjugaison entre la source de toute vie humaine et l?univers qu?elle dégage, qu?elle maîtrise ou au sein de laquelle elle se coule avec délice. C?est parfois dommage car, dans certaines toiles (La Vénus rouge, n° 8, par exemple), qu?on pourrait taxer de trop démonstratives, le corps féminin, à genoux, tête et bras rejetés en arrière, retrouve une forme labiale particulièrement suggestive et intéressante. Sous le pinceau de Fabrice Tennant, la femme redevient la vulve qu?elle demeure par essence et qu?elle ne peut cesser d?être. Le filon paraît prometteur à condition d?être travaillé avec un graphisme plus vaporeux. Nous croyons dans son talent. Une apparition nous suffira.
Fabrice Tennant peint aussi avec bonheur la Femme-Rocher ou la Femme-Feuille de Songe. Il la saisit de dos, accroupie, en position de f?tus, à la fois mère et enfant. La vie en elle ne demande qu?à s?ouvrir et à déborder généreusement. Avant l?enfantement, la délivrance et le jaillissement, l?heure est encore au recueillement et au repli sur soi. Le graphisme prend alors heureusement des allures de Toulouse-Lautrec. Il faut surtout lui rendre grâce d?avoir si bien compris que la femme est essentiellement sacrifice offert pour que la vie découle et entreprenne son ?uvre bénéfique.
Un peintre prometteur avec beaucoup de talents
Le plaisir (n° 28) figure parmi les toiles retenant plus particulièrement l?attention. Le peintre demande au visiteur de s?identifier à la femme engendrant la vie, de se glisser en elle pour participer à l?expulsion de la vie qui bouillonne en elle. La vie, qui se détache, fait cependant corps avec la Femme-Génitrice car elle fait aussi partie de la vie qu?elle engendre.
C?est cette harmonie entre le corps féminin et la vie pleine de mystère qu?il dégage que l?on retrouve, au sommet de son art, dans les meilleures toiles de Fabrice Tennant, comme Woman in the Wind (n° 9) ou mieux encore L?attente (n° 6). On apprécie plus particulièrement l?économie des moyens : un léger fond, peut-être trop blanc, pour esquisser les contours gracieux d?une femme étendue ou offerte en sacrifice. Ce qu?il faut pour qu?on devine des jambes se perdant dans le paysage environnant. Un paysage à claire-voie pour mieux souligner sa transparence et nous faire comprendre l?importance de ce qu?on entrevoit en filigrane.
Visiblement Fabrice Tennant se cherche encore, hésitant entre le flou riche de mystère à la manière d?un Chagall et l?envie d?une peinture plus agressive à la Hossanee. Il n?y a rien qui presse. Il possède trop de talents pour ne pas trouver rapidement sa voie et surtout le moyen de se sentir à l?aise pour nous communiquer ses émotions. Ce paysagiste jette son dévolu sur le corps féminin. Ce n?est pas Serge Constantin qui lui donnera tort, lui dont les montagnes renvoient si bien au Matisse des gouaches découpées. Avons-nous le droit de lui suggérer la voie la plus suggestive ? Armons-nous plutôt de patience pour ne pas tomber dans une prétention aussi impudente et faisons confiance à ce peintre aussi prometteur.
Une initiative intelligente qui mérite d?être encouragée
Et félicitons surtout les promoteurs du Centre commercial Ruisseau Créole. Ils ont intelligemment compris que des emplacements commerciaux peuvent utilement se remplir des chefs-d??uvre de nos meilleurs artistes avant de devoir céder la place à des éventaires de produits commerciaux. Cette perspicacité les honore et nous permet d?augurer qu?avec des esprits aussi éclairés, la Rivière-Noire ne tardera pas à devenir un des hauts lieux culturels les mieux animés de l?île. L?espace ainsi dégagé se prête à merveille à des rencontres culturels, musicaux, artistiques, à ciel ouvert. Le site et la qualité des riverains le méritent amplement. Il suffit que l?imagination prenne le pouvoir pour que tout devienne possible dans le meilleur sens du mot. Au plaisir donc d?autres rendez-vous aussi culturels, aussi beaux, aussi prometteurs.
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