Publicité
Fêtes de fin d?année et fête des livres
Par
Partager cet article
Fêtes de fin d?année et fête des livres
Nous sommes nombreux en cette période de fêtes, en ces jours de présents à donner mais aussi à recevoir, à nous creuser les méninges, pour savoir quoi offrir pour faire divinement plaisir. On ne pense pas assez aux livres et plus particulièrement à ceux d?auteurs mauriciens ou concernant notre île alors qu?ils ont une longévité et une durée d?émerveillement, de ravissement mais aussi d?utilité, défiant toute concurrence.
Qui de nous ne s?est pas attendri, en recevant, en guise d?héritage, les livres de chevet de tel ou tel aïeul, et en découvrant qu?il possédait, sinon ces trésors que s?arrachent les bibliophiles dans des ventes aux enchères à ascenseur TGV, le Mauritius Illustrated de Mac Millan (version originale) ou encore le Port-Louis, deux siècles d?histoire du docteur Toussaint, du moins de pré-cieux livres d?auteurs mauriciens de l?entre-deux guerres ou encore d?avant l?indépendance.
Lequel d?entre nous, à moins d?être la parfaite illustration du béotien moyen, n?échangerait pas sa dernière chemise contre un Kelibé Kéliba de Marcel Cabon, illustré par Siegfried Sammer, ou encore les quelques pages de l?Ange aux pieds d?airain de Jean Erenne, ne serait-ce que pour pouvoir relire à loisir ce premier prix/qu?on m?a promis/si je devenais sentimental ou encore pour mettre un clou dans le pneu de ma pensée/je dirai que tu avais partagé/avec d?autres/la blanche nudité que tu m?avais offerte.
Pour que nos futurs héritiers puissent nous porter aux nues et non nous vouer aux gémonies, faut-il encore que nous possédions les livres disponibles aujourd?hui pour pouvoir les leur léguer après notre trépas afin qu?ils n?aient pas leurs poches/pleines de leurs mains, comme le dit si bien Jean René Noyau. Offrons donc et faites-vous offrir des livres d?auteurs mauriciens, en ces temps de fêtes de fin d?année.
Redonner vigueur à nos rares librairies
Avant qu?une voix présidentielle et républicaine ne s?élève pour nous intimer l?ordre de « cesser de rêver », fantasmons encore à propos de ce jour futur et béni quand nos principales entreprises auront assez d?intelligence et de bon sens pour remplacer les sempiternelles caisses de vins et de whisky à offrir à leurs principaux actionnaires et clients par une sélection des meilleurs livres d?auteurs mauriciens de l?année écoulée. L?alcool est d?autant plus pernicieux que le livre est souvent une nourriture spirituelle dont on ne se lasse jamais parce qu?il n?occasionne aucune indigestion.
Une attitude aussi inspirée ne pourra que redonner vigueur à nos rares librairies et plus particulièrement à leurs rayons Mauriciana, souvent relégués sous l?escalier de service, en ces temps d?achats de manuels scolaires, pour ne rien dire des arrivages du dernier Harry Potter, d?un nouveau Code da Vinci ou encore des mémoires de Bill et d?Hilary Clinton.
Place tout d?abord aux livres sur l?histoire de Maurice. À tout seigneur, tout honneur : Jean Claude de l?Estrac occupe le haut du pavé avec ses Enfants de mille combats, le deuxième tome d?une trilogie, nous promenant déjà de l?arrivée du premier Portugais au départ du dernier Anglais, exception faite des bonnes et précieuses familles de négociants britanniques ayant fait souche à Maurice.
Amédée Nagapen exhibe fièrement son dernier né, consacré à l?histoire religieuse du Vieux-Grand-Port. Un livre précieux entre tous, à l?heure où Mahébourg se prépare à célébrer, l?an prochain, le bicentenaire de sa fondation. Benjamin Moutou verse dans la nostalgie avec ses souvenirs d?enfance enracinés autour de la colline Candos, Serge Rivière nous offre filialement la possibilité de nous plonger dans les mémoires de ce Labourdonnais, ayant donné son prénom au nouveau chef-lieu du district du Grand-Port.
L?histoire plus contemporaine peut utilement retenir notre attention avec un autre procès, intenté cette fois-ci au Roy Gaëtan Duval. Le scribe de service est le dévoué Jacques Panglose, élève d?on ne sait quel Grand Maître et à la plume si précieuse et si cultivée. Un souffle inspiré au service d?un éminent tribun, ayant osé revendiquer son droit à l?excès.
Si la biographie vous tente, il faut aller la chercher du côté de Pahlad Ramsurrun (Teeluckparsad Callychurn au parcours si exemplaire) ou encore des numéros spéciaux de sa revue trilingue Indradhanush, consacrés aussi bien à Ramgoolam père qu?à Malcolm de Chazal, aux journalistes Cabon, Beejadhur, Léoville L?Homme qu?au poète Robert Edward Hart, aux bienfaiteurs Mohith, Pandit Cashinath Kistoe, Dhookee Gungah qu?aux grandes âmes de l?Inde éternelle : Mohandass Karamchand Gandhi ou encore Sri Aurobindo Ghose.
Côté littéraire, le choix est immense
Si vous êtes amateur de belles photos et de belles illustrations, vous aurez l?embarras du choix, ce dernier allant de l?album touristique sur la destination Maurice jusqu?aux publications mettant en exergue nos fêtes religieuses, nos bâtiments historiques, nos îles lointaines, nos peintres et artistes (H. Masson-A, Vaco, Serge Constantin, Decotter, Sophie Ladame, Monique de la Vallée-Poussin, Marcel Lagesse, Prosper d?Epinay) ou encore nos jardins botaniques (Pamplemousses vu par Christian Bossu-Picat). Le choix s?étend à Maurice vue du ciel ou de plain-pied.
La preuve que le livre est, par nature, une nourriture spirituelle, nous est donnée par les innombrables livres sur la cuisine mauricienne ou encore ceux mettant en valeur les recettes des cuisines propres à nos îles lointaines.
Dans ce secteur, nous ne recommanderons jamais assez l?encyclopédie rédigée par Jean-Claude Hein : Deux siècles de cuisine mauricienne. Ce pédagogue né explique à merveille, non pas ce qu?il faut faire successivement pour émuler nos chefs hyper-toqués, mais pourquoi faut-il le faire. Cela fait toute la différence car il ne prend pas son lecteur pour un perroquet mais pour un roseau pensant, un alter ego.
Côté littéraire, le choix est immense. Il commence d?abord dans la préférence à accorder à nos meilleures plumes se faisant éditer à Maurice, à Paris ou ailleurs. Dans cette dernière catégorie, impossible de choisir pour vous entre Marie-Thérèse Humbert, Édouard Maunick, Ananda Devi, Shenaz Patel, Natacha Appanah-Mourikan, Barlen Pyamoutou, Alain Gordon-Gentil, Carlo de Souza, Lindsey Collen. Les locaux sont dignement représentés entre autres par Marcelle Lagesse, Lilian Berthelot, Régis Fanchette. Vous pouvez toujours jeter votre dévolu sur ces anthologies que sont les livres de la Collection Maurice, que dirige excellemment Rama Poonoosamy.
L?année 2005 s?achève sur la note particulièrement morose avec la réduction de 36 % des prix sucriers préférentiels que consent l?Union européenne aux pays ACP. Pour vous dérider rien ne vaut une énième lecture du Comment vivre à l?île Maurice en 25 leçons ? d?Yvan Lagesse qu?accompagnent les joyeuses illustrations de Roger Merven.
Ce chef-d??uvre d?humour et de facéties mauriciennes n?a pas pris une seule ride, en dépit de son premier quart de siècle d?existence et de présence ininterrompue sur les étagères des librairies agréées par son auteur. Impossible de trouver mieux pour chasser pessimisme et morosité.
N?oublions surtout pas que l?enfer est un lieu d?éternité où le livre n?existe pas. Il faut d?autant plus le savoir que quand on meurt c?est pour toute la vie.
Publicité
Publicité
Les plus récents